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États-Unis : Les "rats de laboratoire" de l'armée américaine réclament justice

Publié le 29 mars 2009 par Theatrum Belli @TheatrumBelli

40 ans ont passé mais Frank Rochelle n'a pas oublié le lapin albinos de 2m de haut qui le poursuivait dans ses hallucinations. Cet ancien soldat de l'armée américaine, contraint d'absorber des substances expérimentales durant la guerre froide, réclame aujourd'hui justice.

"Ils ont instillé dans nos veines des produits dont les laboratoires pharmaceutiques ne voulaient pas. Ils se sont servis de nos corps. Nous étions comme des cochons d'Inde", explique M. Rochelle depuis son domicile de Caroline du Nord (sud-est).

Ce sexagénaire est l'un des milliers de soldats soumis à des tests chimiques, biologiques et pharmaceutiques pendant la guerre froide. En son nom et en celui de cinq autres vétérans, une association d'anciens combattants du Vietnam a porté plainte contre l'armée et la CIA devant un tribunal fédéral à Oakland (Californie, ouest).


"Le pays doit prendre ses responsabilités et s'occuper de nous", ajoute-t-il.

Dans sa plainte, l'association dénonce "une histoire effrayante d'expériences sur l'homme, d'activités militaires secrètes et d'abus de pouvoir sans limite de la part de notre propre administration". Les soldats concernés ont été utilisés "comme des rats de laboratoire", accusent des avocats de San Francisco dans ce document.

Ces expériences ont été effectuées entre 1950 et 1975 le plus souvent à l'arsenal d'Edgewood, dans le Maryland (est), afin d'évaluer leur effet sur les troupes en cas d'utilisation éventuelle par une armée ennemie.

L'administration a reconnu les avoir menées lors d'auditions au Congrès dans les années 1970. En 2003, le ministère des Anciens combattants a recommandé qu'une aide médicale soit apportée aux personnes concernées, précisant que 6.720 soldats avaient été soumis à 254 types de substances, dont du LSD, du gaz moutarde ou lacrymogène.

Dans les années 1980, une étude officielle a assuré que ces expériences ne présentaient qu'un risque "minimal" d'effets à long terme. Mais cette conclusion a été contestée ultérieurement par une autre étude.

A la CIA, la porte-parole Marie Harf assure que l'agence de renseignement ne conduit plus ce genre d'expériences et a dit tout ce qu'elle avait à dire sur le sujet lors des auditions au Sénat.

Frank Rochelle n'était qu'une jeune recrue de 20 ans en 1968 lorsque il s'est porté volontaire pour participer à un programme d'essais "d'équipements militaires", avant de découvrir qu'il s'agissait en fait de tests pharmaceutiques.

Il a signé après avoir reçu l'assurance que "cela n'était pas nocif".

"Je n'étais qu'un petit paysan débarquant de sa campagne", raconte-t-il. "Le seul médicament que je connaissais c'était le sirop pour la toux".

Le jeune soldat a dû inhaler une fumée qui lui a donné des hallucinations pendant trois jours. Il a tenté d'arracher ses taches de rousseur avec une lame de rasoir en pensant qu'il s'agissait de cafards courant sur sa peau. Après deux mois d'un tel traitement, l'armée l'a expédié au Vietnam.

M. Rochelle assure que les volontaires ne savaient pas à quelles substances ils seraient soumis. L'administration ayant refusé pendant des années de reconnaître l'existence même du programme, les victimes n'ont pu être soignées dans les hôpitaux militaires.

Aujourd'hui retraité, M. Rochelle souffre de cauchemars, de troubles du sommeil, de problèmes respiratoires, d'anxiété et de pertes de mémoire. Sa démarche devant la justice vise à obtenir une aide médicale et psychologique pour toutes les victimes.

"Ce n'est pas une question d'argent. Nous voulons les médailles qu'on nous a promises pour aider notre pays. Et que cela ne se reproduise plus jamais".


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