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Revenu des Dunes

Publié le 06 avril 2009 par Pascal Boutreau

Teamequipemag (18) Hello tout le monde. La valise est récupérée (arrivée deux heures en retard avec le vol suivant comme d'hab depuis le début de l'hiver), la machine à laver tourne à fond, pas de doute, le Marathon des Sables est bien terminé. Même la super ampoule derrière le talon commence à cicatriser...

Quelle semaine ! Pour commencer, merci à toutes celles et tous ceux qui m'ont témoigné leur soutien durant ce périple, les petites étoiles dans le ciel qui veillaient sur moi. Très sincèrement, alors que tout le monde attendait ses mails avec impatience, je ne m'attendais pas du tout à en recevoir. Vraiment. La surprise fut donc d'autant plus belle et appréciée. Merci beaucoup beaucoup.

Beaucoup d'images s'entrechoquent au moment de débriefer ce périple. Premier point : le sport. Les pluies s'étant abattues sur le Maroc au moment de notre arrivée ont contraint l'organisation à revoir tout son parcours, improvisant de nouvelles étapes au jour le jour. Au lieu des 240km prévus, nous nous sommes contentés de 202km. Suffisant. 33km pour commencer, 39 ensuite, la longue étape de 91km, plus longue étape de l'histoire du MDS et enfin un marathon de 42,2km vendredi en conclusion.

Très sincèrement, on est très loin de l'image de "course la plus dure du monde" qui est souvent attribuée au MDS. C'est dur bien évidemment mais pas non plus inhumain. Très loin de là même. Avec un peu de mental et une bonne condition physique, c'est largement accessible à "presque" tout le monde (avec aussi un peu de sousous car c'est pas donné - 2750 euros l'inscription plus le matos). Si si je vous assure (il suffit de voir quelques finishers très très très loin de l'image du super sportifs pour vous en persuadez). Les limites horaires étant très très larges et le fait de pouvoir marcher rendent le MDS beaucoup plus "abordable". Evidemment, on a mal au pied mais on ne va pas non plus se plaindre (spécial dédicace à Benjamin Landier : oui j'ai un NDM et j'en suis fier ;))). La bouffe lyophilisée, c'est pas le top non plus (surtout qu'on on se goure dans les doses de flotte ou qu'on se dispense de faire chauffer l'eau par fainéantise) ou dormir par terre dans les cailloux, ce n'est évidemment pas la literie idéale, mais ce serait indécent de pleurnicher pour une semaine d'inconfort quand certains vivent dans des conditions bien plus difficiles toute leur existence...

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La première étape nous a permis de traverser les 13km de dunes de Merzougha, les plus hautes dunes du Maroc. Un paysage magnifique et émouvant. J'avais envie de m'arrêter prendre des photos tous les 10m. L'avantage de ne pas être dans les premiers, c'est que la trace est faite et que le sable a déjà été bien tassé. La deuxième étape fut un circuit de 39km qui nous ramena au bivouac. L'étape de 91 bornes fut donc le gros morceau de la semaine. Un moment de vérité (photo ci-contre à quelques mètres de l'arrivée). Pour être honnête, j'ai eu envie d'arrêter très tôt dans la journée. Très vite, je me suis senti incapable d'aller au terme de l'étape. Je n'avais pas encore parcouru 30km que déjà j'échafaudais les plans de retraite. Le corps humain est une drôle de machine. Alors que l'on se sent quasi incapable de relier le point de contrôle suivant situé à à peine 2km, que l'on a l'impression que les deux bornes à venir équivalent au bout du monde, on trouve on ne sait où les ressources pour finalement parcourir 60 kilomètres de plus. Ce marathon des sables m'a sans doute appris un peu plus la patience. Comme disaient quelques Marocains: "vous avez les montres, nous avons le temps". J'ai décidé de laisser tomber la montre pour prendre moi aussi mon temps.

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D'une façon générale, j'ai eu beaucoup de mal avec les interminables lignes droites, préférant de loin les passages de montagne ou de dunes certes plus difficiles mais surtout moins monotones. Le terrain caillouteux a aussi été très difficile à avaler.

Comme je l'avais écrit dans la news avant mon départ, je me savais très fatigué tant physiquement que mentalement. Jamais je ne m'étais sans doute senti aussi vidé mentalement et je craignais vraiment de ne pouvoir aller puiser cette force mentale indispensable pour terminer. Finir est donc une grande satisfaction. Alors évidemment, quand on regarde la moyenne (4,02km/h) et le rang (701e), il n'y a pas de quoi faire le malin. Mais franchement je m'en fous royalement. J'ai vite pris l'option de me faire plaisir en fin de course, là où les participants ne sont pas obnubilés par le chrono, là où l'on se fout de passer de la 543e place à 567e place au soir de l'étape. Parce que c'est là, en fin de peloton, que les rencontres sont les plus belles. C'est là que l'on prend le temps de discuter avec les autres concurrents, d'aller vers eux pour partager un peu notre passion avec tous ces gens venus de 40 pays et pour certains aux parcours assez sidérants. Beaucoup trop de concurrents à mon goût étaient obsédés par la compétition pure et dure. Certains j'en suis sûr n'ont jamais pris le temps de lever les yeux, de s'arrêter quelques instants en haut d'une dune ou d'une montagne ou de se retourner pour apprécier la majesté du décor. Je ne juge pas (après tout à chacun sa conception de l'aventure), mais je trouve juste dommage de passer à côté de ces instants. Quelle importance d'être 250e ou 300e ! J'allais au MDS pour rencontrer des gens et mon but a été de côté-là totalement atteint.

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Car des rencontres il y en eut. Je vais en oublier mais en voici quelques-unes. Ceux qui ont suivi mes chroniques sur www.lequipemag.fr  (les news, photos et vidéos sont toujours en ligne) connaissent déjà David. David, c'est un Italien installé au Luxembourg. Il a surgi au milieu des dunes entre le CP 2 et le CP3 de l'étape de 91km. Alors que je marchais péniblement, il m'a abordé en allemand pour me demander combien il restait de kilomètres  avant le prochain point de contrôle. Il n'était pas bien le garçon. J'ai répondu et nous avons commencer à avancer ensemble. Dix minutes à parler allemand avant de me rendre compte qu'il parlait aussi français (vu l'énergie que ça me demande de parler allemand, j'aurais pu m'en passer...). Nous devions être au km 25 et nous avons décidé de finir ensemble. 65km plus tard nous savions tout de la vie de l'autre : ses enfants, sa femme, ses affaires avec ses deux agences immobilières etc... Il m'a même promis de me présenter ma "future femme", Sabrina, une avocate luxembourgeoise... Des kilomètres et des kilomètres à parler pour moins sentir la fatigue et la douleur et surtout pour étirer le temps. Nous avons décidé de dormir 4 ou 5 heures au CP4 avant de repartir pour un tronçon en pleine nuit, en pleine montagne. Un moment incroyable, perdus 25 minutes dans la montagne avant de retrouver notre chemin en compagnie d'un Japonais lui aussi sans repère avant de retrouver l'entrée de la gorge supposée nous faire franchir le col. Puis, un peu plus tard, la tête basse dans une petite tempête de sable au milieu des dunes, seulement guidés par les petites lumières laissées par les pisteurs aux sommets des dunes, telles des phares pour les marins perdus. Et des visions insolites comme celle d'un âne attaché là en pleine nuit au coeur du désert (on a hésité entre le chevaucher ou le manger... bon on l'a laissé en paix vu qu'on avait pas assez de petite pastilles pour le faire rôtir...).Au passage, nous avons récupéré Dietrich, un garagiste suisse de près de 70 ans avec un sac à dos bien trop lourd malgré ses 6 participations. Nous l'avons accompagné quelques kilomètres lui aussi avant de devoir filer car le rythme était vraiment trop faible (Dietrich arrivera dernier de l'étape). Avec David, véritable Ipod humain tant il parle, nous avons ensuite fait ensemble la dernière étape de 42 bornes comme je lui avait promis. Très sincèrement, j'aurais pu boucler ce dernier tronçon en deux heures de moins minimum, mais pas question de ne pas respecter ma promesse. J'ai donc attendu.  

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Parmi les belles rencontres effectuées sur le parcours, il y eut aussi Joanne, Felicity et Alexandra (en photo avec mon pote David ci-dessus), trois adorables Anglaises rencontrées également sur la longue étape lors du CP6, le dernier point de contrôle. Sacrées phénomènes que ces nanas ! Felicity repart d'ailleurs prochainement pour une expédition en Antarctique avec sept autres demoiselles du Commonwealth. Et puis il y eut Benji, le Canadien toujours de bonne humeur, Antoine, commerçant lyonnais dans sa 22e édition récupéré sur les derniers kilomètres et qui fantasmait sur un Perrier, Laurent, ancien membre de l'organisation avec qui j'ai franchi la dernière ligne d'arrivée finale, Florence, les pieds en vrac sur la longue étape et contrainte de finir en... tongues, etc etc.

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Il y eut la course donc mais aussi le bivouac. Là aussi des merveilleuses rencontres. Ian, l'Ecossais, formidable camarade de tente. Ian travaille pour l'ONU à Genève. Il dégage un calme et une sérénité permanente mais derrière son côté très calme, se cache pourtant un ancien membre des sections d'élites de l'armée britannique. Dans la tente d'à côté justement se trouvaient Nassim, Philippe et Gilles, trois membres du RAID. Trois mecs super. Et que dire de Hugues, médecin urgentiste à Bordeaux, un mec d'une gentillesse infinie, auteur de très belles formules (sur le MDS, si tu ne sens plus aucune douleur, prends vite ton pouls car c'est peut-être que tu es mort..."). Hugues a fini les pieds en vrac mais nous a fait pisser de rire avec son histoire du 4x4 ensablé! Coucou aussi à Valérie, Brahim et Daniel de Lyon. J'ai fini la première étape avec Brahim contraint de renoncer en raison d'une fracture de fatigue insuffisamment remise. Bravo à Valérie pour sa superbe perf et sa grande gentillesse, tout comme Daniel, ancien Châlonnais! Dans la série "le monde est petit", il y eut aussi Valentine, 67 ans, venue de Nouvelle-Calédonie et très bonne connaissance d'Isabelle, ma tenniswoman préférée d'autrefois avec qui j'ai échangé beaucoup beaucoup de balles il y a longtemps à Reims et aujourd'hui installée à Nouméa.

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Mention spéciale aussi à Gaël, mon camarade du Meudon triathlon, de service comme moi après chaque étape pour écrire des chroniques pour le site du magazine Runners World (http://runners-world.fr). Nous avons beau être du même club de tri on ne se connaissait pas vraiment. La rencontre fut belle elle aussi. Tout comme celle avec son collègue suédois Fredrik, lui aussi sous ma tente, super coureur qui ne s'est pratiquement nourri que de graines et qui m'a fait saliver avec plein d'idées de courses un peu dingues à travers le monde... Et enfin, un grand coucou à la charmante Agnès, ingénieur à Grenoble, grande habituée des raids (Boliviana...), triathlète émérite (Roth, Embrun Nice déjà à son tableau de chasse) et grande admiratrice de Pink (Agnès, rendez-vous en octobre à Barcelone pour l'Ironman ou à un concert de Pink... tu m'as bien dit en janvier à Genève???). La liste pourrait être encore bien plus longue avec notamment tous les membres de l'organisation, Marie-Jeanne au bivouac et tous ses commissaires, les docteurs très nombreux et toujours dispos etc.

C'est dans cette énumération de rencontres que je situe la principale richesse de cette course, un peu trop "compète" à mon goût et très "business". Dans cette vie au bivouac, dans ces discussions au moment de faire le feu juste devant la tente, dans tous ces instants de partage. La médaille de finisher, c'est l'aboutissement de toutes ces rencontres.

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Dans la prochaine news, je détaillerai les enseignements purement techniques de la course (alimentation, matos, etc) et les perspectives pour les prochains mois... C'est que ce Marathon des Sables m'a donné une très grande envie de m'y remettre très très sérieusement et de partir bourlinguer dans le monde avec mes baskets. Il faut aussi que je fasse le tri dans les photos pour vous faire un album-photo... Un peu de patience...


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