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"Nous avons eu le gouvernement le plus imprévoyant sur la crise"

Publié le 07 avril 2009 par Letombe
Vincent Peillon était hier l'invité de "Dimanche soir politique" (Le Monde, I-télé, France Inter). Voici un résumé des propos qu'il a tenus, ainsi qu'un court extrait vidéo de l'interview.

La manifestation des anti-OTAN, samedi, à Strasbourg, a fait près de cinquante blessés. Comment réagissez-vous ?

En condamnant évidemment ces mouvements de violence, qui sont très habituels dans ces réunions internationales, mais qui sont inacceptables. Partout, la radicalité monte.

Le PS n'y contribue-t-il pas lorsque Ségolène Royal se montre compréhensive à l'égard des salariés en colère qui ont retenu des cadres de Caterpillar ?

Je n'ai jamais appelé à la crise sociale. Je ne crois pas qu'il puisse en sortir quelque chose de positif. En général, elle engendre la réaction, le conservatisme, la peur, l'ordre. Mais il faut comprendre ce qui se passe chez Caterpillar.

Cette société fait des bénéfices et annonce 25 000 licenciements à travers le monde, dont 3 000 en France. A part les élus locaux, ça n'intéresse personne. Il faut que quatre dirigeants de l'entreprise se retrouvent enfermés une nuit pour que, dès le lendemain, non seulement les médias s'intéressent enfin à ces 733 disparitions d'emplois, mais que le président de la République réponde.

La faute aux médias ?

Un vent mauvais souffle sur l'action publique. Le gouvernement n'intervient que sous la pression de la rue et après avoir moqué ceux qui préconisaient les mesures qu'il finit par prendre. Il fait des annonces, mais l'intendance ne suit pas. Les gens attendent le chèque qu'on leur a promis, et ils découvrent que le fonds destiné à le financer n'est toujours pas mis en place. C'est de la très mauvaise gouvernance.

Pourquoi le PS a-t-il autant de difficultés à se faire entendre dans cette crise ?

Il n'a toujours pas surmonté l'échec du 21 avril 2002. Il vit une crise existentielle, mais qui n'est pas de sa seule responsabilité. D'une certaine façon, les Français ont manqué au PS. Quand, aujourd'hui, ils se disent : "Ah, les paradis fiscaux, ce n'est pas bien, les fonds spéculatifs, c'est nuisible, il faudrait de l'harmonisation fiscale", je me souviens qu'autour de Lionel Jospin un certain nombre de dirigeants, dont Dominique Strauss-Kahn, se battaient pour ça. Et c'est ce même gouvernement Jospin qui a été sèchement battu à la présidentielle de 2002 sur la question de la sécurité, dont je n'ai pas le sentiment qu'elle ait été aujourd'hui résolue, si l'on se réfère aux violences urbaines.

Quel bilan tirez-vous du G20 ?

La grande affaire du XXIe siècle sera la construction d'un ordre public international pour accompagner la mondialisation économique. De ce point de vue, des choses positives se sont produites au sommet de Londres. On s'est réunis à vingt, et non à sept ou huit ; on a intégré la montée en puissance de la Chine et de l'Inde ; on a fait une place à l'Amérique latine. Et on n'a pas complètement oublié les pays les plus pauvres, grâce notamment aux efforts de Dominique Strauss-Kahn et de Pascal Lamy.

Cela vous irrite-t-il de voir ces deux hommes de gauche travailler aux côtés de Nicolas Sarkozy ?

Ce sont des hommes de convictions, et ils font oeuvre utile.

Vous avez jadis conduit une mission parlementaire sur les paradis fiscaux. La publication d'une liste va-t-elle dans le bon sens ?

Cette liste ne vaut rien. D'ailleurs, elle est déjà contestée. Si l'on veut vraiment changer les choses, il faut quitter le système de l'autorégulation, qui consiste à demander aux banquiers et aux assureurs de s'autocontrôler, et bâtir un ordre public international. Le combat n'est pas de moraliser le capitalisme, mais d'édicter des règles, assorties de sanctions.

Barack Obama souhaite que l'Europe intègre à terme la Turquie, Nicolas Sarkozy ne veut pas. Et vous ?

La Turquie a joué un rôle dans les relations avec Israël et les Palestiniens. Elle est en positon de négociation à la fois avec l'Irak et l'Iran. Elle intervient dans la question de l'Afghanistan et du Pakistan. Dire : "A priori, je ne veux pas qu'elle entre", c'est prendre une très lourde responsabilité historique,

Ce propos de Nicolas Sarkozy est irresponsable.

Propos recueillis par Jean -François Achilli, Michel Dumoret et Françoise Fressoz


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