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Correspondance troublante

Publié le 07 avril 2009 par Feuilly
Suite au poème « Comparaison » (axé sur la répétition à l’infini des « comme si »), qui avait fait l’objet de la note précédente, je vous invite à aller lire un texte similaire proposé par Bertrand Redonnet sur son site l’Exil des mots.
Ce qui est fascinant, c’est que je ne connaissais absolument pas sa « Ballade pour un pendu » et que pourtant on retrouve des ressemblances avec mon texte, non seulement dans la forme (la répétition des « comme si »), mais aussi dans les thèmes traités, preuve que le « souffle poétique » est universel et l’esprit humain constant dans ses démarches. C’est ce que disait déjà Lévi-Strauss pour expliquer les similitudes entre tous les mythes des peuples primitifs, alors qu’aucune rencontre géographique n’avait pu avoir lieu. Il semble qu’il en aille de même dans la création littéraire, les sujets traités n’étant finalement pas infinis. Il est certain, en effet, que nous parlons tous de la même chose depuis que l’humanité existe (amour, mort, sens de la vie, souffrance, solitude, etc.) et que pour exprimer cette pensée nous avons recourt à une série d’images, de métaphores, qui elles aussi semblent constantes.
Ainsi, dans les deux poèmes évoqués ici, on commence par le thème de l’oiseau : Comme l’oiseau qui prend son envol / Comme ce passereau minuscule soudain surgi des nues. La différence, c’est que le mien est majestueux et part à la conquête du ciel, tandis que le sien est minuscule et vient du ciel se réfugier sur un toit (image inversée, donc).
Bertrand parle d’équinoxe et moi de solstice (même fascination pour les moments charnières des saisons)
Il évoque les « vagues toutes blanches, qui viennent et qui reviennent sur le sable des plages et qui grondent » et moi je parle de la marée qui détruit les châteaux de sable de l’enfant. Enfant que l’on retrouve dans son poème en train de jeter des pierres dans une rivière, cette fois.
La « brume lascive des frais matins de mars » devient chez moi « la rosée dans l’herbe fraîche du matin ».
On retrouve le thème du « cœur qui s'égare sur une erreur sublime » dans « cette jeune fille aimée autrefois et qui a disparu dans les tourments de la vie. »
Notons que des deux côtés on a le thème
- de la neige abondante qui vient tout recouvrir
- de la fuite du temps (ténèbres promises / notre vie s’écoule)
- de la guerre (comme ces soldats tombés, pitoyables, dans les flaques toutes rouges / comme ces guerres qui par le monde massacrent de parfaits innocents)
- de la souffrance animale (l'animal blessé dans une cour obscure et qui pleure et gémit / la biche atteinte par une balle)
- des saisons (l'automne invitant le poète à écrire / l’été dans les collines andalouses)
- des étoiles (cette voie lactée sur ma tête allumée / un poème écrit sous la voûte étoilée de nos rêves)
Que conclure de tout cela ? Qu’il nous faut rester très modestes, car finalement nous n’inventons absolument rien et nous ne faisons que répéter sempiternellement les mêmes thèmes et cela depuis des générations. La seule variable, dans ce phénomène, c’est la « griffe » personnelle de chacun, la manière de dire et d’écrire, en un mot le style, lequel reflète le caractère et les préoccupations intimes de celui qui tient la plume. En dehors de cela, nous sommes tous hommes (et femmes) et donc hanté(e)s par une même réalité. A la limite et même si cela ne saute pas aux yeux, c’est le même discours que l’humanité véhicule depuis l’âge préhistorique et les dessins rupestres des grottes de Lascaux ne sont pas aussi éloignés qu’on ne pourrait le croire des poèmes de Rimbaud. Déjà à cette époque il s’agissait de créer un monde imaginaire (voir la dimension des animaux, qui varie selon la conception qu’on en a et non selon leur taille réelle), calqué sur la réalité et dans lequel l’artiste exprimait toute son admiration ou toute sa peur. Un monde parallèle en quelque sorte, fait de dessins sur un rocher, pour dire qu’on est homme et qu’on se demande bien ce que l’on fait sur cette terre. Rimbaud affirma-t-il autre chose quand il s’écria : « Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir » ?

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