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Brice de Tours, Petit guide de la corruption politique

Publié le 12 avril 2009 par Edgar @edgarpoe
Brice de Tours, Petit guide de la corruption politique Brice de Tours est le pseudonyme d'un connaisseur de la politique. Ca ressemble à du Jean-François Probst, en légèrement moins cynique : de l'humour, un peu de style, une vision totalement froide de la politique et de la nature humaine... Ca sent la droite un peu anar. Mais peu importe, ce petit livre de même pas 120 pages se lit très bien.

L'auteur y décrit la méthode pour parvenir à s'enrichir en politique. Pour le dire vite, l'homme politique avide, venalis politicus selon Brice, s'enrichit en monnayant ses interventions et ses décisions.


L'idée est très simple, tout l'art est de ne pas se faire prendre. Toutes les étapes de la réussite sont donc décrites :

- devenir ministre (la méthode s'applique certainement de la même façon au niveau local) ;

- s'entourer d'un cabinet qui gère les affaires "classiques", avoir un conseiller pour les affaires réservées qui ne soit pas du sérail parisien, un homme-lige qui vous doit tout ;

- rechercher des cibles qui ont besoin de vous ;

- approcher les cibles : discrétion, progressivité, savoir ne pas insister façe à une cible "naïve", rétive ou peu coopérative ;

- se faire payer discrètement, et dépenser de même ("personne ne dénonce cette injustice. Personne pour atténuer le drame de ces hommes politiques assis sur 20 000 ou 30 000 euros en coupures de 500 et totalement impuissants à les utiliser...") ;

- cultiver les a-côtés : créer une fondation, une revue, qui permettront d'avoir des revenus officiels, que l'on pourra détourner vers des usages plus officieux ;

- en cas de soupçon, s'être fait auparavant des amis dans la presse, un profil de saint laïc, choisir un bon avocat et protester avec excès ;

- plus c'est gros plus ça passe.

Après lecture, on repasse l'actualité récente, on se souvient de l'affaire Dray ; de la récente affaire Kouchner, où tous les contrefeux ont joué, des journalistes volant au secours de Saint Bernard, martyr, en taxant Pierre Péan d'antisémitisme, à tel point que tout semble oublié. Au chapitre plus c'est gros plus ça passe : les plus gradés de nos politiques ne rechignent pas à afficher leurs relations d'affaires. En songeant à un élu de droite en vue, aux responsabilités parlementaires importantes, on lit ceci sur les élus qui deviennent avocats : "Une fois "encabineté", l'élu n'a plus qu'à se laisser aller. Les honoraires sont libres, leur justification si aléatoire... C'est l'assurance de rentrées confortables au moindre effort."

On note qu'à gauche un député a créé un organisme de formation, peu avant la création de son courant. Je me souviens avoir lu, dans Capital, l'an dernier, le patron de Virgin, Richard Branson, expliquer qu'un ministre français lui avait demandé 1 million de francs pour une autorisation d'ouvrir un magasin aux Champs-Elysées : aucune reprise, aucun journaliste, pas même dans Capital, ne s'est occupé de suivre, ni même indiqué qui était ministre à l'époque.

Bref,
le lecteur familier du Canard enchaîné reconnaîtra sans peine bien des personnages dans les situations abstraitement décrites par l'auteur.

La corruption ne se porte pas si mal, parce qu'elle est tolérée. La loi des petits et grands services et des renvois d'ascenseurs prévaut de telle façon qu'il faut vraiment manquer de chance pour se faire pincer.

Avec une unanimité touchante, pas un des grands quotidiens nationaux n'a écrit une ligne sur ce livre : ni le Monde, ni Libé, ni le Figaro, ni l'Humanité. C'est mignon.

Non-Fiction en a fait une recension très détaillée, avec de nombreux extraits.

Une note positive pour terminer : Brice de Tours affirme connaître et avoir rencontré des politiques honnêtes. Moi aussi.





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