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Le blues de Moscovici

Publié le 12 avril 2009 par Lozsoc

Pierre Moscovici n’en peut plus de ne pas exister. On a la nette impression que sa transparence l’insupporte et l’étouffe. Depuis que son mentor, Dominique Strauss-Kahn, a mangé dans la main de Sarkozy pour présider le FMI, le député socialiste du Doubs est devenu orphelin. Il n’a même pas été capable de sauver les restes du courant strauss-kihste qui s’est dispersé aux quatre vents.

Lors du Congrès de Reims, on se souvient que Moscovici pensait sérieusement susciter un mouvement autour de son nom pour ravir le Premier secrétariat du PS à Royal, Delanoë, Fabius et Aubry. Or, tout ce qu’il est parvenu à obtenir, c’est la trahison de son « frère d’armes », Jean-Christophe Cambadélis, qui s’est empressé de négocier son ralliement à Aubry, sans lui demander son avis.

Moscovici pensait être un poids lourd du PS. Mais la réalité, souvent cruelle, de la vie politique s’est rappelée à son bon souvenir et a ramené ses ambitions à de plus justes proportions. Moscovici ne pèse rien. Il ne représente personne, sauf lui-même. Et il en a désormais conscience.

La solitude profonde de l’homme isolé explique donc sans doute son commentaire maladroit au sujet des excuses présentées aux Africains par Ségolène Royal au nom de la France. Moscovici a ainsi déclaré aujourd’hui au Grand Rendez-vous d’Europe 1/Le Parisien /TV5Monde :

« [Ségolène Royal a] raison sur la critique du discours de Nicolas Sarkozy [mais] je suis plus réservé sur le fait de demander pardon au nom de la France [...] Il n’y a qu’une personne qui peut s’exprimer au nom de la France, c’est Nicolas Sarkozy. Il n’y a qu’une personne qui peut demander pardon pour des propos maladroits - qui sont les siens d’ailleurs -, c’est Nicolas Sarkozy. Il n’y a pas de contre-président en France [...] Elle pouvait demander pardon en son nom personnel ou exprimer sa critique forte. Voilà. C’est déjà pas mal ! »

D’un point de vue strictement institutionnel, Moscovici a raison, mais son constat équivaut à peu près à dire que l’eau mouille ou que le feu brûle. En effet, sauf preuve contraire, Nicolas Sarkozy est Président de la République et c’est lui qui, à l’étranger, s’exprime au nom de la France. Par ses prises de position, Sarkozy engage le pays. Ségolène Royal n’a jamais remis en cause l’évidence de la situation. Elle a simplement précisé, à bon droit d’ailleurs, que de nombreux citoyens ne se sentaient pas engagés par le discours raciste du Président de la République.

En revanche, d’un point de vue strictement politique, voire humain, on ne voit pas en vertu de quel principe Ségolène Royal n’aurait pas dû présenter des excuses au nom de la France pour le discours débile prononcé par Nicolas Sarkozy.

En suivant le raisonnement de Moscovici, et en le poussant à ses extrémités, on pourrait même aller jusqu’à considérer que les préséances institutionnelles interdisent à tout homme politique de contester au nom de la France la parole présidentielle.

Bref, on voit bien que la sortie de Moscovici n’est que de l’ergotage d’énarque. Sa distinction entre le fond et la forme des propos de Ségolène Royal n’apporte absolument rien dans le débat politique. Elle relève plus d’un esprit de chicane que d’une analyse de fond, d’autant qu’on est à jeun de savoir ce que Pierre Moscovici pense sérieusement des dérives institutionnelles depuis que Sarkozy est à l’Elysée (sur la laïcité, sur la dernière réforme de la Constitution, sur son implication personnelle dans les scrutins, sur son irrespect des prérogatives du Premier ministre, sur son comportement général, etc.).


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