Magazine France

Excellent Manuel Valls

Publié le 13 avril 2009 par Argoul

« Le Parti socialiste doit être incarné par une nouvelle génération », déclare dans un entretien au Monde du 12 avril le député PS de l’Essonne du haut de ses 46 ans. Moi qui suis de la génération Royal, de dix ans plus vieux, j’applaudis des deux mains au renouvellement ! En effet, les « vieux » sont restés englués dans le marxisme obligé des années 70, jamais digéré, toujours nostalgiques des barricades et du mouvement social, soi-disant naturel car historique, donc bien car révolutionnaire. « Conception binaire de la société, vision violente de l’Histoire… D’où ce goût commun des grandes fresques avec l’extrême gauche », analyse Manuel Valls. Sceptique de nature et par philosophie, comme mon maître Montaigne en ses ‘Essais’ écrits durant les guerres de religions, ma thèse de science politique a porté sur l’analyse de l’URSS par la presse française. J’ai ainsi pu approfondir cette ‘croyance’ politique qui tordait les faits réels pour la faire coller à son idéal romantico-politique. Je n’ai donc jamais été « croyant » en socialisme, mais j’avais dix ans d’avance. Ma génération, trop nombreuse, est tombée dans le panneau marxiste quand elle était petite, suivant Sartre et sa mauvaise foi, suivant les maos dans leur snobisme parisien, se vautrant dans le caviar comme une certaine gauche une fois au pouvoir. La même qui a viré Jospin en 2002 d’un dédaigneux « pas assez à gôôch’, ma chèèère ! ». Nous l’avons vu lors du choix de candidature à la Présidentielle : Ségolène Royal, moins rassise que les éléphants, ne l’avait emporté que de justesse. Les élus ont largement la cinquantaine et en sont pas prêts à changer de fromage. Valls l’a soutenue pour ce renouveau.

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Mais Ségolène Royal se pose trop en miroir de Nicolas Sarkozy pour l’emporter. Elle n’a pas son talent, trop féministe années 70 peut-être, pensant qu’il suffit de culot pour se poser en égale des hommes. Alors que la politique réclame moins du culot que du talent. Demander pardon aux Africains pour un discours présidentiel était du dernier grotesque. Aussi stupide que de se présenter en tailleur blanc en Chine où cette couleur est celle du deuil. Après les deux vieillards qui ont régenté la France depuis 1981, il n’était pas difficile d’incarner le renouveau ; il était en revanche beaucoup plus dur de faire prendre conscience de la nécessaire modernité. Manuel Valls l’a bien vu : la gauche « a provisoirement perdu une partie de son hégémonie culturelle faute d’avoir bien appréhendé les grands bouleversements du monde depuis trente ans : effondrement du bloc soviétique, globalisation économique, critique de l’Etat-providence… » Malgré les Védrine, Attali, Pisani-Ferry et bien d’autres talents, les plus anciens succombant à la stratégie d’ouverture (Kouchner, Attali, Lang, Rocard, Besson) et les plus jeunes piaffant d’impatience devant les querelles d’ego entre le toujours nuisible Fabius, le lointain Strauss-Kahn et les deux coquettes figées en éléphantes de faïence. Aussi autoritaires l’une que l’autre, aussi rigides en public, aussi peu charismatiques au niveau national malgré chacune des débuts prometteurs, elles ont peu de chance de susciter l’adhésion des électeurs – surtout si la reprise économique pointe son nez vers 2011… « N’oubliez jamais l’économie, stupides ! » comme aurait dit Clinton.

Nous l’avions bien senti durant la campagne présidentielle, et Manuel Valls en confirme l’analyse : « l’antisarkozysme forcené voudrait masquer ce déficit idéologique, mais il provoque en réalité un double effet pervers. Il grandit le personnage en le mettant au centre de chaque débat : Sarkozy devient celui qui ose tout, conformément à ce qu’il recherche. Et, surtout, il affaiblit la crédibilité de la gauche en l’obligeant à l’outrance : elle devient celle qui craint tout. » Nous n’aurions pas dit mieux, pour l’avoir suggéré et répété autrement. Nous le sentons sur ce blog dans les commentaires, à chaque fois que nous évoquons Sarkozy : le discours de Toulon, son style face à celui d’Obama. La tentation socialiste est de considérer le président comme illégitime ; a contrario de se poser en seul détenteur de la Vérité et du Bien – ce qui reste à prouver. Or la preuve positive socialiste ne vient jamais, toujours dans la posture « contre », au Parlement, dans les polémiques sur tout et n’importe quoi, dans les déplacements à l’étranger…

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Les « authentiques lignes de clivage » entre droite et gauche existent, Manuel Valls les a rencontrées : « la politique économique et fiscale », « en matière de sécurité » où Sarkozy vise à susciter des conflits pour se poser en sauveur. « S’il veut avoir une chance de remporter l’élection présidentielle, il [le PS] doit garder l’idée de mouvement que Nicolas Sarkozy a réussi à capter en 2007 avec la rupture. » Ecole (lieu où les inégalités se propagent), classes moyennes (craignant le déclassement et la future pression fiscale), syndicats (qu’il faut faire évoluer sur certains corporatismes) – voilà selon lui les terrains de chasse que la gauche doit prospecter. Mais pas la décentralisation, ni les pouvoirs du Parlement, ni le plan de relance de l’économie – à mettre en balance avec l’endettement public. A être toujours contre tout, le PS n’est pas crédible, il ne bâtit aucune image claire et responsable de futur gouvernant.

Mais ce recentrage que Manuel Valls appelle de ses vœux doit se faire vite : il reste trois ans jusqu’aux prochaines échéances, c’est-à-dire deux seulement avant la campagne. En politique, trois ans, c’est très court ! Or non seulement les élus sont vieux, mais les militants le sont aussi, lassant les plus jeunes par les interminables coupages de cheveux en quatre et de pose social-révolutionnaire. Osons un pronostic : si le Parti socialiste ne choisit pas son(sa) prochain(e) candidat(e) par des primaires ouvertes aux sympathisants, forcément plus vifs et plus pragmatiques que les membres, nous retomberont dans les vieilles icônes usées d’avoir déjà trop servies. Cela pour gouverner dans un monde neuf d’après crise. Comment le PS pourrait-il gagner en freinant ainsi des quatre fers ?

Aller plus loin :

Manuel Valls, Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche, entretiens avec Claude Askolovitch, Robert Laffont, 2008

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