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Villiers ou le désir de s’encanailler

Publié le 14 avril 2009 par Lozsoc
Laristo qui se prend pour une canaille

L'aristo qui se prend pour une canaille

Décidément, les excuses de Ségolène Royal au continent africain n’en finissent pas d’agiter les claviers de la blogosphère et la classe politique de notre pays. C’est ainsi que le blog « Partageons mon avis » signale que le Vicomte de Villiers, conducatore du fascistoïde et groupusculaire MPF, a :

« envie de demander pardon à l’Afrique et à la France pour les bêtises de Ségolène Royal ».

De prime abord, la déclaration de l’agité du bocage peut paraître anecdotique, voire prêter à sourire. Pourtant, elle est riche de significations car elle exprime toute la spontanéité inconsciente d’une certaine droite française qui, depuis la fin du Régime de Vichy, ne désespère pas de revenir sur le devant de la scène avec ses thèmes de prédilection : grandeur et expansion de la France, nostalgie de son empire colonial, désir de restaurer un « ordre naturel » dans la société où chacun est à sa place et ne doit pas en bouger, croyance dans une certaine homogéneïté culturelle, voire ethnique de la France, etc.

Par conséquent, l’envie exprimée par Villiers opère clairement un renversement des valeurs de la République. Elle suggère donc implicitement que l’africain est incapable de s’inventer un destin, parce que prisonnier des rythmes éternels de la nature dont il n’essaie pas d’ailleurs de s’extraire. Pour Villiers, l’africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Y a bon Banania. Circulez, y a plus rien à voir !

Linconscient

L'inconscient

La réaction de Villiers n’a rien à voir avec une théorie. Elle n’est même pas l’ombre d’une réflexion. Elle est une jouissance féroce, une dégoulinade de mots en vrac, une diarrhée verbale, d’où s’échappent les effluves nauséabondes des fantasmes les plus éculés de l’extrême droite. Elle est ce par quoi le président du MPF tente d’exister.

N’allons pas croire que les propos de Villiers ont été proférés dans une intention polémique. La polémique exige en effet une argumentation, une réflexion plus ou moins étoffée. Or, il ne s’agit là que d’une courte jouissance procurée par le désir irrépressible de provoquer.

Comme le soulignait le psychanalyste Jacques Lacan, la jouissance est d’abord ce qui ne sert à rien, ce qui tire sa cause principale dans la transgression de l’interdit tout en se parant des oripeaux du défi. Elle n’a rien à voir avec le plaisir, car elle s’inscrit dans une logique de perversion et d’angoisse profonde.

On sent bien que Villiers amerait faire comme Le Pen sans à avoir à pâtir des inconvénients de ce mimétisme. Il aimerait à la fois capter l’attention des Français et des médias par des provocations et conserver la portion de plus en plus infime de respectabilité dont il bénéficie encore dans la classe politique française (on se demande pourquoi).

Villiers fait donc songer à ces aristocrates, corsetés par leurs belles manières et engoncés dans leurs pseudos valeurs, qui rêvent de s’encanailler sans s’y résoudre tout à fait.


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