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Environnement : la France passe-t-elle à côté de son “sputnik moment” ?

Publié le 14 avril 2009 par Hmoreigne

 La phase de transition que nous traversons est sans précédente. L’Humanité doit faire face à une spirale infernale dans laquelle les crises écologique, économique et alimentaire s’entremêlent étroitement. Hier source de toutes les critiques lors du Grenelle de l’Environnement, le retour à une croissance débridée est aujourd’hui présentée comme l’unique solution à tous nos maux économiques. Avec cependant un bémol majeur. Une poignée de nations, de la Chine à l’Amérique d’Obama en passant par la Corée et le Japon, ont fait le choix de consacrer des investissements conséquents dans ce qu’ils espèrent constituer les fondations d’une future croissance verte. Les cancres d’hier, attachés à ne pas rater le train qui passe, se révèlent être aujourd’hui des élèves studieux. La France, elle, éternelle donneuse de leçons, peine à passer des envolées lyriques aux prises de décisions concrètes. Serions-nous en train de passer à ce que les américains ont baptisé “sputnik moment” ?

4 octobre 1957. Un vendredi noir pour la nation américaine qui découvre éberluée que sa supériorité technologique sur l’ennemi soviétique est illusoire. Pour la première fois, des humains ont réussi la mise en orbite d’un satellite artificiel. Et ce sont des Russes. Le ciel semble tomber sur la tête des américains. Il en restera une expression “Sputnik moment” (moment spoutnik) qui traduit un sentiment de doute et d’inquiétude mais aussi la réaction salutaire qui en découle à travers la remise en question des certitudes et un redoublement d’effort pour rattraper le retard accumulé. Ainsi le choc émotionnel provoqué par spoutnik se traduira quelques mois plus tard par la création de la Nasa et le lancement du programme Apollo.

Si on peut douter des bégaiements de l’histoire, les révolutions et les sauts technologiques sont une réalité. L’époque actuelle se situe entre un monde qui s’achève et un nouveau qui reste à inventer. Le paradigme qui prévalait, de l’opulence et de la croissance infinies, bât de l’aile. L’homme a tellement rétréci la planète par des modes de transport toujours plus performant qu’il a fini par en toucher du doigt les limites. De là à l’admettre il y a un pas. Le même franchi par Galilée 400 ans plus tôt lorsqu’il affirmait que la terre est ronde.

Et pourtant les réserves d’hydrocarbures et de matières premières sont, de fait, limitées. Nous vivons la fin d’un modèle de développement basé sur des ressources abondantes et peu onéreuses et extrêmement dégradant pour l’environnement. On peut s’y accrocher mais, la transition comme pour toute industrie finissante est inexorable.

Ban Ki-moon secrétaire général de l’Organisation des Nations unies et Al Gore ancien vice-président des Etats-Unis, qui n’ont rien d’éleveurs de chèvres alternatifs du Larzac, signaient dernièrement une tribune reproduite dans de nombreux quotidiens à travers le monde. Les deux hommes ont fait leurs comptes. Cumulés, les plans de relance annoncés par 34 nations s’élèvent à environ 2250 milliards de dollars. Cet effort financier considérable représente une occasion unique de “catapulter l’économie mondiale dans le XXIe siècle, au lieu de maintenir en vie des industries mourantes et de perpétuer les mauvaises habitudes d’hier.”

Les auteurs de la tribune veulent faire de la «croissance verte» le mot d’ordre planétaire et tablent sur le secteur des énergies renouvelables qui constitue un gisement potentiel de 2,3 millions d’emplois dans le monde soit, davantage que les emplois directs du secteur pétrolier et gazier. Symbole de cette transition qui s’engage, dans un laps de temps réduit, les Etats-Unis sont devenus le premier Etat du monde en termes de puissance éolienne installée.

Georges Bush était l’homme du passé, de l’industrie pétrolière toute puissante. Si celle-ci a encore de beaux restes, Obama incarne un revirement total vers la «green energy economy », appuyée par l’émergence de nouveaux lobbies notamment dans le domaine de l’éolien.

Les positions de l’ancien et du nouveau monde tendent désormais à converger. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche évoque un objectif de 25% d’électricité issus d’énergies renouvelables alors que l’Union Européenne s’est déjà fixée un objectif de 20% en 2020.

On aura vite fait de railler la vétusté du réseau électrique américain et les pannes gigantesques fruit d’un sous-investissement chronique, qui ont plongé il y a encore peu des millions d’américains dans le noir. Mais d’un mal, l’entrepreneur américain est capable de faire un bien. Sur les 838 milliards de dollars du plan de relance américain, 60 milliards seront consacrés à l’énergie dont 11 seront alloués à la modernisation des réseaux électriques. 16 autres milliards de dollars seront consacrés au soutien des énergies renouvelables et aux économies d’énergie avec pour objectif de générer jusqu’à 460 000 emplois.

Et la France alors ? Notre pays semblait bien engagé dans cette voie de la green economy avec le Grenelle de l’environnement qui, à l’issue de travaux fructueux, a arrêté quelques 273 mesures. Hélas, la mise en œuvre reste symbolique butant sur la question du financement.

Dans un contexte social tendu, l’application d’une fiscalité verte destinée à réorienter la consommation vers le moins polluant et le moins énergivore, le recyclable et le durable, et donc au final à inciter les industriels à changer leur offre, est suspendue.

Dénoncé par l’opposition par son manque d’envergure, le plan de relance français porte officiellement sur une injection de 26 milliards en investissements divers dont seulement 15 milliards d’argent frais. “Investir dans une économie verte n’est pas une option mais un investissement intelligent pour un avenir plus équitable et plus prospère” écrivent Ban Ki Moon et Al Gore en conclusion de leur tribune. Le plan français n’a pas retenu cette considération. Terra Nova, un think tank proche du parti socialiste, dans une note signée par Jule Vertin et Basile Gueorguievsky se montrent particulièrement critiques. Les auteurs estiment que le plan de relance français est insuffisant et incohérent et surtout qu’il fait rater à la France le tournant vers une économie du futur, durable et créatrice d’emploi.  “ Il semble que le plan de relance ait quelque peu oublié le Grenelle de l’environnement. En effet, il reste dans une logique productiviste, d’application de recettes traditionnelles, pertinentes au XXème siècle mais mal adaptées à un monde qui a changé“.

Les chiffres sont il est vrai cruels tant, en volume qu’en pourcentage, comparés à l’effort déployé outre-atlantique. “Avec 100 millions d’euros d’aide pour lutter contre la précarité énergétique, et 500 millions d’euros dédiés aux infrastructures du Grenelle de l’environnement, c’est seulement 2,3 % du plan de relance qui sont consacrés à l’environnement.”

Moins de moyens et pas de cohérence. Terra Nova évoque un saupoudrage sans efficacité et estime que la liste des 1000 projets retenus dans le cadre du plan de relance, est “un véritable inventaire à la Prévert contenant pêle-mêle l’entretien du réseau routier national, la rénovation de logements sur les îles Kerguelen, la « réalisation accélérée d’études préalables au montage des partenariats public-privé pour la réalisation de l’opération campus », la restauration de la flèche de Notre Dame de Paris ou le rattrapage des travaux d’entretien des casernes.”

Plus inquiétant, des mesures iraient même contre les principes du Grenelle. Au total, l’Alliance pour la planète recense sur son site internet une trentaine de projet « grenello-incompatibles », qui témoignent que dans la tête des responsable de l’Etat la prise en compte des enjeux environnementaux n’est pas encore acquise. La France, pourtant puissance spatiale, serait-elle en train de passer à coté de son “sputnik moment” ?


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