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Signifiant ? Signifié ?

Publié le 09 mars 2009 par Kasparov
Signifiant ? Signifié ?


En finir avec Derrida
(((((ou la parenthèse indéfinie.)))))
Le postmodernisme, sa figure géniale est celle de Derrida.
Il en est l'accomplissement
Le cul-de-sac, tout aussi bien.
Derrida est ce moine zen qui rend (im)pensable, etc, le ni-ni, le et-et, le ou bien-ou bien, etc, etc.
Son génie n'a servi qu'à rendre impuissante la pensée.
Tout juste tirerons-nous du rapport entre le textuel et sa marge, voire son ailleurs, quelque méditation indéfinie sur le rapport entre le texte et le réel.
Mais le réel est là.
Quoique sa profondeur pensante soit aux vertiges, son évidence est surface immédiate. La différance n'est pas mondaine mais textuelle. Il nous faut donc, en conséquence, des lumières immédiates. De manière plus générale, échappant aux rets textuellement différentiels (et indifférentiels) de Derrida, nous devons dépasser le postmodernisme en général.
Derrida est la (non-oui) signature d'un et coetera qui n'en finirait pas de méditer sur sa possibilité d'être néanmoins un point virgule ; rien de plus sur le fond, beaucoup plus sur la forme et la capacité écrivaine ; mais rien de plus, au demeurant, pour autant qu'on soit à même de distinguer la puissance quasi sophistique de la philosophie de ses charmes proprement immédiats et directs.
Que dit le postmodernisme ? En quoi luttons-nous contre lui ? Il dit qu'on ne peut pas plus croire aux récits métaphysiques qu'à ceux qui prétendent s'en libérer. Il dit qu'il faut se tenir à distance des dualités et au sein, problématique, de quelque arc-en-ciel improbable, déjà déconstruit.
En quoi il est une circonférence sans centre. Citadelle imprenable, par là même ; mais de fantômes tenaces.
Certes, et puis ?
Bien sûr que tout philosophe d'aujourd'hui sait la multiplicité avérée. Bien sûr qu'il doit savoir que l'on ne peut penser qu'à partir d'une telle multiplicité, triomphante et réelle, ontologique. Mais ensuite, justement ?
Nous en avons assez des délices mitoyennes.
L'axiome veut mieux que la différance, que l'indéfini, que la trace, que la patte de dahut, qu'un yéti ou chat de Schrödinger. L'axiome s'impose. Particulièrement, en politique.
Le postmodernisme fut cette époque critique de la pensée. Il appartient, en général, à la manie (néanmoins consubstantielle à la philosophie) de la réflexivité. Une telle réflexivité est à la fois la nature même de l'activité nommée ''philosophie'', sa plus fidèle quintessence, et son poison le plus constant. Pharmakon, oui, si l'on veut. Mais la philosophie ne pense une pensée que pour autant qu'elle affirme quelque chose, et ne se médiatise pas à l'infini. La tentation est constante ; le remède simple et directif : la politique est pensable. La politique est axiomatisable.
L'axiome est ce qui manque le plus à cette époque, effectivement en proie aux doutes, aux hésitations, aux mieux aux conciliations syndicales. En ce sens, Derrida, qui croyait un peu vite être dépositaire d'une puissance ineffable, et cependant dicible, etc, etc – tout son génie se tenant là, dans la poursuite insensée et cependant sans fin, le furet sophistique de ce temps - fut un symptôme plus qu'un maître. Il faut le dire : une parenthèse géniale... Une forme. Non un fond. Symptôme de cette fatigue a-politique qui n'avait plus qu'à contempler la faïence de ses chiens dans quelque beauté à demi stylistique, à demi scolastique.
Preuve
Qu'il
N'est
Pas Di-
fficile
A la Philosophie, orante,
De se livrer
A de tels JEUX.
Etc.
Et puis ?
Le philosophe peut singer indéfiniment ce qu'il y a de poétique dans la langue.
OK.
L'axiome doit venir. Et avec lui la force d'avoir à tenir quelque chose du réel.

*
Aussi bien est-ce là la considération de notre temps, de ce temps. Assez de la ratiocination égalée à l'infini.
ASSEZ.
Parce qu'il faut bien qu'elle pose à nouveau quelque chose, la philosophie.
Or, au regard d'une philosophie comme celle de Derrida, l'embrouilleuse, la sans fin, ce qu'elle peut poser se tient dans le spéculaire d'une symétrie.
Êtes-vous, sur la page, à la gauche ou à la droite ?
Il y a du CLAIR et du DISTINCT
Pas au début, mais à la fin.
Eût-il dit merde, Mallarmé ?
Saoulé par de tant de réserves...
(La stylistique de Derrida. Qui croit-il donc prendre dans son filet ?
Les papillons, sûrement.)
*
La question des rapports entre la philosophie et la politique a évidemment, depuis toujours, innervé la pensée. Il y a de ces petits penseurs qui, avec constance, croient que la philosophie est à jamais vierge de la question politique. Ils croient pouvoir disserter sur ceci ou cela inconsciemment (ce qui reconduit toujours en dernier lieu à l'ontologie) sans avoir à la considérer, et à l'admettre, la politique. De politique, il fut toujours déjà question au moment même où vous écriviez la première ligne, où vous énonciez le premier mot.
« Je » dis donc : Derrida eut cette diabolique naïveté d'être un génie du signifiant s'effeuillant en signifiés. Il n'oublia rien de moins que la politique, s'extasiant sur la sociale-démocratie, ce tombeau de partout, cette vivacité de nulle part.
Sa vérité
Ha !
Ha !
Un courage (il est vrai pervers) lacanien, dont Badiou a d'ailleurs hérité, qu'on ne retrouve point dans la guise dérridéenne, trop occupée qu'elle est de sa petite personne, dans le glissé in(dé)fini des signifiés... lui rendant hommage de n'être point ce qu'ils sont, étant ce qu'ils ne sont pas, etc.
La petite personne ne se tient pas, en effet, nécessairement, dans le tonitruant d'un moi je à chaque stance ou hémistiche scandé ; non pas, s'il peut se tenir dans le déroulant d'un maniérisme féminin (mais oui) qui se joue des mots comme d'autres des mascaras. Ce dont ce texte même, pastiche ou psyché du défaut, ne sera pas exempt, mais pas plus dupe...
On ne pouvait combattre Hegel qu'en longuement combattant, justement, contre l'idée même du négatif – bon courage, sans les mathématiques immédiatement posées comme structures d'une ontologie. Mais on ne peut combattre le caractère sophistique de Derrida qu'en cette mimésis qui pourrait bien se prolonger à l'infini (à la force corporelle et psychique près d'écrire).
Voilà pour lui.
La différence entre lui et vous n'est que de style et d'endurance, ce qu'il faut bien avoir dans le crâne si l'on veut, après lui, philosopher.
En quoi les lames sont plus considérables ailleurs.
Avec Derrida, on discute ; avec Hegel, on plie, ou l'on rompt.
C'est la différence entre le génie d'apparence et le génie – tout court.
La philosophie n'est pas plus dans le langage que le philosophe dans sa barbe – à la tentation poétique près.
Le penseur peut sur-moïser à chaque instant. Ou au contraire laisser couler le ça.
Laisser couler...
Preuve, s'il en est...

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