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Interview de Olivier Bornecque (Président de l’Association Française des Trésoriers d’Entreprise)

Publié le 21 avril 2009 par Sia Conseil

Interview de Olivier Bornecque (Président de l’Association Française des Trésoriers d’Entreprise) Pouvez-vous nous prĂŠsenter l’Association française des trĂŠsoriers d’entreprise (AFTE) et ses principales missions ?          

L’AFTE existe depuis 32 ans et s’est progressivement dÊveloppÊe. L’association compte aujourd’hui 1 300 adhÊrents.

Parmi eux on compte 1 000 professionnels issus de 900 entreprises, ainsi que des reprÊsentants du secteur bancaire et des prestataires. L’association est aussi prÊsente en province sous forme de dÊlÊgations rÊgionales.Nos activitÊs s’articulent essentiellement autour de trois axes : publication d’expertises sous forme de cahiers techniques, animation de groupes de discussions et d’Êchanges entre membres et organisation de journÊes d’Êtudes thÊmatiques en fonction de l’actualitÊ et des prioritÊs du moment (SEPA, systèmes d’information‌) L’AFTE se veut Êgalement être l’interlocuteur des grandes institutions de place afin d’y reprÊsenter les intÊrêt des trÊsoriers et de participer aux dÊbats et grandes innovations. Parmi elles, on compte notamment la FÊdÊration bancaire française (FBF), le Ministère des finances, la Commission europÊenne, le Conseil europÊen de paiements (EPC) ou les autres associations de trÊsoriers europÊennes. En tant que prÊsident, mon rôle consiste à reprÊsenter et à faire vivre l’association. Par exemple j’ai rÊcemment ouvert l’accès aux Êtudiants, afin de les sensibiliser les futurs trÊsoriers à nos travaux.

La fonction trĂŠsorerie a beaucoup souffert de la crise actuelle de liquiditĂŠ. Quels ont ĂŠtĂŠ les entreprises les plus touchĂŠes ? Comment les trĂŠsoriers vivent-ils cette pĂŠriode ?

MalgrÊ les actions du gouvernement et les nombreux recours au MÊdiateur du crÊdit, force est de constater que les petites entreprises restent les plus durement affectÊes. Outre la dÊgradation des conditions de crÊdit, on constate notamment un allongement de la durÊe de traitement des dossiers, pouvant atteindre 6 mois, ce qui leur est difficilement supportable. Les grandes entreprises quant à elles ont moins souffert en ce qui concerne l’accès au crÊdit, même s’il est moins facile. Elles peuvent en effet mettre en balance d’autres ÊlÊments et prÊserver ainsi le dialogue avec les acteurs bancaires. En revanche, elles sont confrontÊes à l’augmentation spectaculaire du coÝt de l’assurance crÊdit. A ce sujet une Êtude rÊcente sur les entreprises membres montre que 90% des utilisateurs d’assurance crÊdit Êprouvent actuellement des difficultÊs liÊes à ces couvertures. 

La baisse des indices interbancaires s’est-elle rÊpercutÊe sur les taux pratiquÊs par les banques aux entreprises ?

Concernant les marges des banques, elles semblent en augmentation sensible alors que les indices interbancaires (Euribor) sont à la baisse. Il faudra rester attentif à ce point, car si une nette dÊcorrÊlation apparaÎt entre l’Êvolution des conditions de crÊdit et celle de ces indices, il faudra en conclure que les marges deviennent trop ÊlevÊes ou bien que ces indices ne reflètent plus la rÊalitÊ du marchÊ. 

Quelles seront les consĂŠquences de la crise sur les outils et les pratiques de gestion de trĂŠsorerie dans les prochaines annĂŠes ?

Il est à prÊvoir que les trÊsoriers conservent dans un premier temps des lignes de sÊcuritÊ ÊlevÊes, peut-être dans les deux ou trois annÊes à venir. Mais ces instruments ont un coÝt et un assouplissement sera vraisemblablement observÊ par la suite. Cela dÊpendra surtout du moment oÚ s’amorcera une vÊritable sortie de crise. Dans ce mÊcanisme, les banques auront un rôle à jouer, en rÊpercutant la baisse du coÝt de la liquiditÊ sur les conditions de crÊdit. Nous seront particulièrement attentifs sur ce point.

Le virement SEPA est opÊrationnel depuis janvier 2008 et proposÊ par un grand nombre de banques europÊennes. Mais un an après le nombre d’ordres passÊs reste faible. Cela est-il dÝ à un retard des projets en entreprise, à manque de mobilisation sur le SEPA, ou à l’offre bancaire sur ces produits ?

En tant que PrÊsident de l’AFTE, je suis membre du ComitÊ National SEPA en France. Les trÊsoriers sont concernÊs au premier plan par l’Êvolution des moyens de paiement, car cela implique une mise à niveau technique et organisationnelle qui n’est pas neutre. Les gros consommateurs de prÊlèvement seront notamment très impactÊs (ÊnergÊticiens, opÊrateurs tÊlÊcoms, assureurs‌) Il s’agit d’un sujet sensible car des investissements non nÊgligeables sont à prÊvoir, pour des gains peu visibles à court terme. Il faut bien avoir en tête que moins de 1% des opÊrations de paiement ont un caractère transfrontalier. Mais c’est, d’une autre manière, ce qu’on disait aussi du passage à l’euro pendant sa mise en place, et qui le regrette aujourd’hui ! Plus globalement, on regrette l’absence de vÊritable campagne de communication à grande Êchelle. Cela se ressent avec le niveau d’utilisation encore faible par les entreprises du virement europÊen (SCT), lancÊ en janvier 2008. Ce phÊnomène est Êgalement à prÊvoir pour le lancement du futur prÊlèvement europÊen (SDD).

A ce propos, la mise en place du prÊlèvement SEPA se heurte à des difficultÊs et la date de lancement de novembre 2009 semble remise en question. Quelle est votre analyse sur ce point ?

Effectivement, un lancement en novembre 2009 semble très difficile. Plusieurs points d’organisation restent encore en suspens à ce jour, notamment sur la gestion des mandats ou sur les commissions interbancaires.

Concernant la gestion des mandats (anciennement autorisation de prÊlèvement), les Rulesbook SEPA prÊvoient qu’elle incombe à l’entreprise à l’origine du prÊlèvement et non à sa banque. La dernière mouture du texte prÊcise que cette dernière ne sera pas tenue d’examiner le mandat en cas de contestation du client prÊlevÊ. La valeur ajoutÊe d’un système de gestion ÊvoluÊ des mandats dans les entreprises (contrôle, archivage, numÊrisation‌) est donc remis en question. Par ailleurs, en cas de prÊlèvement à tort du client final, les textes prÊvoient une simple  remise en l’Êtat  de son compte bancaire. Mais imaginez qu’en attendant cette rÊgularisation, celui-ci se retrouve interdit de chÊquier ou ne puisse pas rÊgler ses impôts à temps ! Qui assumera les consÊquences financières de cette erreur ? Cette question est encore en cours d’instruction à Bercy.

Quant aux commissions interbancaires (commission payÊe par la banque du donneur d’ordre à la banque du payeur), leur disparition semble programmÊe. Mais les banques des quatre pays europÊens qui ont recours à ce mode de tarification, dont la France, s’opposent à cette suppression et cela bloque l’avancÊe des travaux. Ce point fait l’objet d’un vif dÊbat : l’AFTE milite en faveur de leur suppression, la FBF souhaiterait la voir Êtendue à toute l’Europe et la Commission europÊenne affiche des positions parfois divergentes.

Quels ĂŠlĂŠments pourraient contribuer Ă  dĂŠbloquer cette situation ?

Sur certains points, l’auto-rÊgulation du SEPA par la communautÊ bancaire montre ses limites. Une autoritÊ capable d’imposer des choix communs et des jalons fermes aux 31 pays engagÊs dans le dispositif permettrait de dÊnouer certains points de blocages.

Pour conclure, quels sont les principaux enjeux pour les trĂŠsoriers dans les annĂŠes Ă  venir ?

Pour bon nombre d’entreprises, la mise en place du SEPA sera une opportunitÊ sans prÊcÊdent pour remettre à plat les dispositifs de gestion de trÊsorerie, qui sont traditionnellement peu Êvolutifs. Il ne sera pas forcÊment plus coÝteux de repenser les systèmes que de chercher à faire Êvoluer chacun des maillons individuellement, avec les effets en cascade que cela peut supposer. Par ailleurs, l’Êvolution de la rÊglementation financière sera un de nos grands points d’attention, notamment sur les aspects liÊs au contrôle interne. L’enjeu sera d’Êviter une  sur-rÊglementation  qui pourrait rapidement Êtouffer les moyennes et petites entreprises. Pour cela il faudra trouver un compromis entre un juste niveau de contrôle et la libertÊ d’entreprendre.

PARCOURS

DiplômÊ de l’Ecole SupÊrieure de Commerce de Paris (promotion 1970), Olivier Bornecque dispose d’une longue expÊrience en gestion de trÊsorerie, avec la connaissance de nombreuses facettes de la fonction et de son Êvolution.

Après avoir occupÊ des postes de TrÊsorier dans plusieurs groupes (SCREG travaux publics, Parfums Yves Saint Laurent, SociÊtÊ Navale et Commerciale Delmas Vieljeux), il rejoint Aviva Gestion d’actifs en 1986 oÚ il occupe aujourd’hui le poste de Directeur de la Gestion de trÊsorerie.

Acteur engagÊ dans les institutions de place, il devient Administrateur de l’AFTE en 1993 et PrÊsident en 2004. Olivier Bornecque est Êgalement membre supplÊant du CCSF (ComitÊ Consultatif du Secteur Financier), membre du ComitÊ National SEPA et enseignant au CNAM.

Sia Conseil


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