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Ruée sur les armes dans l'Amérique en crise

Publié le 21 avril 2009 par Theatrum Belli @TheatrumBelli

La crainte de contrôles renforcés et d'une hausse de la criminalité liée au chômage fait exploser les ventes d'armes à travers tout le pays.

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Peu de pays au monde manifestent un attachement aussi fort aux armes. Ce droit américain, inscrit dans le deuxième amendement de la Constitution et réaffirmé par la Cour suprême l'an dernier, est de ceux qui peuvent faire basculer une élection - Al Gore en a fait l'expérience en 2000. Il provoque aussi depuis quelques mois des comportements tendant à l'irrationnel. Les magasins et les foires aux armes sont pris d'assaut et les commerçants rapportent des pénuries de balles et de munitions dans de nombreux États.


Après une progression de "seulement" 14% pour toute l'année 2008 des procédures de vérification des casiers judiciaires, la mesure des ventes d'armes aux États-Unis, le FBI a enregistré une hausse de 27% au premier trimestre 2009. En novembre 2008, juste après la victoire de Barack Obama, elles ont même fait un bond spectaculaire de 42%.

Le doute sur les intentions du président, connu pour son aversion des armes à feu, explique en partie le phénomène, d'après les observateurs et les professionnels du secteur. Depuis plusieurs mois, les blogs sur Internet abondent de rumeurs sur l'intention de Barack Obama de fermer les magasins d'armes à feu. En 2000, il avait proposé une hausse de 500% des taxes sur les ventes d'armes. Sénateur, il s'était exprimé contre le droit à la dissimulation d'armes de défense sur soi et, pendant la campagne, contre la vente au public de fusils d'assaut comme l'AK-47. Pendant les primaires démocrates, sa tirade malheureuse sur les Américains les plus démunis qui "se raccrochent aux armes et à la religion" avait ajouté à la profonde méfiance qu'il suscite chez les gun lovers.

Le candidat Obama leur avait pourtant donné des gages. "Je ne vous prendrai pas votre revolver. Je ne vous prendrai pas votre fusil", avait-il promis. Mais la puissante National Rifle Association (NRA), le lobby des propriétaires d'armes à feu, a investi des millions de dollars en publicité visant à le discréditer. Les détracteurs de la NRA accusent celle-ci d'avoir largement contribué à alimenter la paranoïa ambiante.

D'un bout à l'autre du pays, les vendeurs d'armes et de munitions rapportent aussi la crainte croissante des Américains d'assister à une hausse de la criminalité, en baisse en 2008. La crise économique est perçue comme un facteur criminogène. Plusieurs des tueurs "fous" qui ont massacré au moins 57 personnes depuis le début de l'année avaient perdu leur travail, un parallèle vite établi par les médias américains. Parmi les acquéreurs d'armes, beaucoup sont d'ailleurs des premiers acheteurs, qui revendiquent un droit à l'autodéfense dans un climat d'insécurité perçu comme s'aggravant.

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Le débat sur les armes n'en est que plus passionné. Tandis que les défenseurs du deuxième amendement crient à la tyrannie d'un président qui voudrait les priver d'un droit aussi important que celui de la liberté d'expression, les critiques accusent Obama de faire marche arrière sur sa position pendant la campagne. Dans un éditorial intitulé "Qui tiendra tête au lobby des armes", le Washington Post s'indignait lundi, jour du dixième anniversaire du massacre de Colombine, contre une législation américaine "follement permissive" et un aveu d''"impuissance","exaspérant" du président. Barack Obama avait en effet concédé au Mexique, la semaine dernière, que le rétablissement par le Congrès de l'interdiction des fusils d'assaut (importés illégalement par les cartels de la drogue) ne serait pas aisé.

Pour preuve, après l'annonce faite en ce sens en février par le ministre de la Justice, Eric Holder, la NRA avait lancé une campagne de lobbying intense, et 65 démocrates à la Chambre, pas moins, avaient signé un engagement à s'opposer à toute mesure de contrôle des armes.

Depuis, la Maison-Blanche évite à tout prix la question. D'après son porte-parole, Barack Obama a "d'autres priorités" que le contrôle des armes.

Source du texte : FIGARO.FR


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