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L'Université, les Taurillons, la Manu et la Confédération étudiante...

Publié le 21 avril 2009 par Edgar @edgarpoe

Je suis parti d'un billet des Taurillons qui m'a entraîné plus loins que prévu,jusqu'à la Manu, en passant par la Confédération étudiante. Mais la ballade est instructive. Suivez-moi...

*

Les taurillons sont des partisans de l'Union européenne qui militent pour la poursuite de la construction de ce grand projet qui nous apporte chaque jour tant de merveilles...

En 2007, ils présentaient les résultats d'une réunion europénne sur l'enseignement supérieur, consacrée à l'édification d'un "espace européen de l’Enseignement Supérieur fort et compétitif à l’échelle mondiale, divers et convergeant." (je note que l'apprentissage de l'orthographe est visiblement en option chez les européens. Ce n'est pas Valéry qui me contredira).

Les taurillons présentent donc les objectifs du processus européen de Bologne, destiné à pasteuriser l'enseignement supérieur de tous les pays membres :

"Cet objectif politique ambitieux nécessite que l’Europe se dote de pôles d’excellence mondiaux avec pour cela 2 exigences :

Une augmentation substantielle du financement public et privé européen de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Une stratégie européanisée pour définir et construire ces pôles d’excellence européens."

Les taurillons notent déjà quelques résistances :

"A 3 ans de l’échéance de 2010 en France des réticences fortes existent encore sur les débats politiques majeurs pour l’avenir de l’université : l’évolution des missions de l’Université, l’autonomie des établissement et leur gouvernance, l’évaluation."

Je suppute que pour se doter de pôles d'excellence mondiaux (deux ou trois facs par pays, pas plus), il faudra bien faire ravaler leurs illusions de grandeur à toutes les facs de province miteuses qui s'imaginent assez bien pour tenir un rang mondial. Il est d'ailleurs important de faire le tri entre les mondialisables et les autres, puisque le privé étant appelé à financer de façon plus importante l'enseignement supérieur et la recherche, on ne va pas quand même pas faire perdre leur temps à des patrons qui ont autre chose à faire que de s'emm... avec des ploucs de chercheurs.

Les taurillons poursuivent, l'Université va devoir "entrer dans une logique de compétences" (ça va les changer ces bouseux de la fac, eux qui vivaient dans une logique de... De quoi au fait ? Si un jeune taurilon passe dans le coin, qu'il éclaire notre lanterne sur ce point.

Entre autres, cette logique de compétences va nécessiter d'"identifier les compétences nécessaires pour s’adapter dans le monde du travail de demain (la mobilité, l’aptitude à la vie en réseau, la connaissance de son profil…)"

Moi j'adore la connaissance de son profil. On voit tout de suite que le mec qui va être jugé "bon pour l'usine" à 18 ans a intérêt à y rester.

Ensuite, il faudra savoir "acquérir des compétences transversales des formations initiales"

Si, encore une fois, un taurillon passe dans le coin, je suis preneur d'un décodage de ce charabia. Je dois manquer de compétences mobiles.

Bon, la synthèse du Taurillon se finit en un sublime envol, plein d'un lyrisme européen dont on ne se lasse jamais :

« Unis dans la diversité » pour être plus fortLa prise en compte de la diversité des systèmes permet la construction d’un espace européen d’enseignement supérieur fort pour affronter la concurrence mondiale. Cette construction ne peut consister à plaquer un système national sur l’ensemble des autres, c’est aussi la diversité de l’Europe qui fait sa force.Un projet politiquer pour l’Europe de l’Education c’est poursuivre le chemin vers un espace de vie en commun dans la paix, la liberté, la démocratie et la prospérité.

 Amen.

Je note au passage, que les Taurillons mentionnent que la Confédération étudiante est présente au processus de Bologne (je suis bien content que ce ne soit pas les pouilleux de l'UNEF, SE ou pas).

Ce syndicat étudiant m'a l'air très bien. Comme l'indique le site de la Confédération étudiante (la Cé, disent-ils), "L’Europe comme horizon : La Cé est le seul syndicat étudiant qui a défendu la constitution européenne." Cela allait quasiment sans dire.

Ca tombe bien, ces étudiants charmants et si européens ont une opinion sur la grève : "Pour la Cé, l’action collective ne doit pas aller à l’encontre de la réussite individuelle." Voilà qui fera de bons européens en effet, mobiles et prospères, et conscients de leur profil (individuel, of course).

Je trouve que l'Union européenne a eu du nez d'intégrer dès 2007 dans ses réunions une association créée en 2003, à peine 4 années auparavant (mais Wikipedia nous indique que la Cé est aussi née pour défendre le processus LMD, alors que l'UNEF était contre).

Preuve s'il en était que les nouveaux clivages politiques s'ordonnent en France entre pro et anti européens. Il faut juste attendre que la gauche se rende compte que l'Europe est un projet de droite, qu'il soit né ainsi ou qu'il le soit devenu, peu importe.

Pour l'anecdote, mais en est-ce vraiment une, la première présidente de la Cé est devenue en 2008 patronne de "La Manu", institution qui veut "fabriquer le lien étudiants entreprise" (notez le étudiants au pluriel et l'entreprise au singulier, il s'agit bien de formater). Cette belle institution est financée, comme nous l'indique Wikipedia est "pour moitié par le ministère de l'emploi et le ministère de l'enseignement supérieur, et pour le reste par des entreprises et des collectivités territoriales". Comme quoi le militantisme raisonnable et européen ne nuit pas.

Sur sa page d'accueil, la Manu affiche :

L'Université, les Taurillons, la Manu et la Confédération étudiante...

 Tant de bonne volonté, d'Union européenne et de consensus entreprise/étudiants, ça doit dépoter non ?

Oui ! A la rubrique "en pratique" de la Manu, on trouve en effet des conseils excellents pour les étudiant(e)s qui, bien trop souvent, ressemblent à Cendrillon :

 Relooking de CVRégulièrement, retrouvez les CV des étudiants de LA MANU relookés par les coachs du réseau d'action de LA MANUUn bon coup de peigne, un peu de blush... le tour est joué. Grâce à la baguette magique de Claire Delepau, coach et consultante en ressources humaines, le CV de Sophie est transformé. Heureusement, l’effet perdurera au-delà des douze coups de minuit.

Voilà comment la grande idée d'Union europénne aboutit à transformer le monde en vaste océan merdique et a-critique, où les étudiants passifs et dressés doivent attendre le coach qui saura les adapter, d'un coup de baguette, au monde magique de l'entreprise. Avec les compliments des Taurillons, de la Cé, de la Manu, tous organismes plus cools, branchés et européens les uns que les autres.

Le 7 juin, surtout, ne votez pas. Il s'agit de rester humains. Et dignes.


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