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Petit, le communisme c'est comme le nazisme

Publié le 12 avril 2009 par Kasparov
Petit, le communisme c'est comme le nazisme
La petite philosophie du Chien aboutissait à un constat simple : d'être traversé par le langage infini et symbolique faisait toute la différence entre l'humanité et l'animalité. Une différence à la fois minimale, mais abyssale et sublime, évidemment, puisque, dès lors, le sujet pensant pouvait indéfiniment errer dans le réseau sans fin des significations libérées par les mots, ou, au contraire, pouvait supposer qu'il était au paradis du sens, d'avoir à disposition une telle infinité.
Se décider pour le paradis du sens, le Verbe, c'est là l'attitude religieuse. En ce Week-End de Pâques chrétien, elle donne à sourire... On ne voit pas que l'Occident puisse trouver son avenir dans un tel méli-mélo de magie, de superstition, de hasard historique, de pouvoir férocement institutionnalisé et de morale à deux balles cristallisée dans les interdits sexuels.
Mais le nihilisme, de l'autre côté, nous guette. Car si l'homme est seulement cet animal parlant, le Monkey dévidé de toute substantifique âme, que nous restera-t-il ? Sinon le relativisme des discours, et l'animal que nous sommes, qui sera choyé, jusqu'à la mort insensée, par la consommation - au prix, bien entendu, de ses efforts productifs. Belle finalité, en effet.
C'est là qu'il faut tenir le cap. N'être ni religieux ni nihiliste. Que le nihilisme soit le coeur sous-jacent du capitalisme est évident. Qui pourra en effet énoncer l'Idée du capitalisme ? Puisqu'il s'agit du tourniquet des richesses distribuées et des pauvretés résiduelles ou sur-exploitées ... Quelle est sa finalité ? S'enrichir, donner à l'existence humaine un bien-être matériel puis spirituel supérieur disent les libéralistes ? Admettons, mais puisque cela ne peut se faire, naturellement, que par la répartition inégalitaire, on ne voit pas qu'il y ait là autre chose que finalité rapace et projet irrationnel.
Lorsque Badiou, dans l'interview avec Taddeï, dit qu'on ne doit pas sous-estimer la barbarie capitaliste, la chose a du mal à être entendue par la plupart d'entre nous. La seule leçon qu'on nous demande de retenir depuis l'asphyxie post-68 est plus simple : « Le communisme, c'est comme le nazisme, petit, c'est monstrueux, chiffres à l'appui. » Et certes, si l'on place le débat sur ce plan, et que l'on confond les avatars du XX°, le communisme historique, avec ce que Badiou appelle « L'hypothèse communiste ». Hypothèse neuve, fait remarquer Badiou, au regard du temps de l'Histoire, et qu'il serait donc absurde de confondre totalement avec son désastre factuel – que nul ne remet en cause. Nous ne sommes pas des révisionnistes du communisme.
Pourquoi notre époque néglige les désastres capitalistes, et se contente de ruminer Le livre noir du Communisme ? C'est que le nihilisme dont se nourrit le citoyen des pays riches est inconscient du mal, de ce que j'ai appelé, dans Démocratie Virtuelle , la barbarie par indifférence :
Barbarie par l’indifférence
Désigne la manière dont la barbarie prend forme dans les démocraties virtuelles, en toute bonne conscience. Ce n’est pas la barbarie active des dictatures, mais les 6 à 9 millions d’êtres humains qui meurent de faim ou de maladies dans le monde, chaque année, tandis qu’il suffirait de peu, au regard des flux financiers privés et publics, pour empêcher l’horreur. La barbarie par l’indifférence est la honte même de notre temps. Son refus actif est sans doute la prescription première du corps politique.
Le nihilisme provient de ce que le citoyen occidental, plus ou moins gâté, ignore à la fois la réalité de la barbarie mondiale et ne saurait trouver un sens suffisant à l'existence dans la seule pulsion de la production (travaille !) et de la consommation (jouis !).
Il faut donc affirmer qu'un animal parlant peut vivre pour des Idées, et non seulement pour le nihilisme des langages qui se valent tous, et du corps à choyer. Qu'il peut espérer, progressivement, faire corps politique avec d'autres, assez radicaux pour se sentir libres à l'égard des idéologies dominantes et opiacées, et assez responsables pour organiser une discipline militante qui ne devienne pas une Religion.

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