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Zuma au zénith

Publié le 27 avril 2009 par Sylvainrakotoarison

Malgré la scission de l’ANC, le parti de Jacob Zuma a gagné son pari et confirme sa victoire politique sur Thabo Mbek esquissée dès le 18 décembre 2007 : Zuma s’apprête à devenir le successeur historique de Nelson Mandela, Frederic De Klerc et Pieter Botha dans une Afrique du Sud en proie à des difficultés majeures.


Zuma au zénith C’est à ce type de scrutin que l’on s’aperçoit que la France est dotée de solides institutions électorales, que ce soit dans les procédures de vote ou dans ses instituts de sondages qui égrainent les estimations le jour du vote, comme l’a montré encore la dernière élection présidentielle.
    Attente des résultats électoraux définitifs   Alors qu’en France, il suffit d’attendre quelques heures après la fin du vote la publication des résultats définitifs (généralement communiqués par le Ministère de l’Intérieur dans la nuit du dimanche au lundi), dans certaines autres grandes démocraties, il faut encore plusieurs jours de dépouillement.   Ce fut le cas des États-Unis qui donnèrent le nom du vainqueur dès la nuit du 4 au 5 novembre 2008, mais qui devaient attendre plusieurs jours avant de rendre définitifs les résultats dans certains États (sans même parler des élections américaines de novembre 2000).     Nouvelle victoire électorale en Afrique du Sud   Ce fut aussi le cas de la République d’Afrique du Sud dont les électeurs ont voté le 22 avril 2009 et ont dû attendre trois jours avant de connaître les résultats définitifs d’une journée électorale à la fois sans surprise mais avec une réelle concurrence depuis la fin de l’apartheid et les premières élections libres en 1994.   Je ne rappelle pas ici le contexte politique de ce 22 avril 2009 et l’on pourra se référer à mon précédent article sur le sujet le cas échéant.   La victoire de l’ANC (Congrès national africain) ne faisait aucun doute mais avec deux inconnues : quelle serait la part électorale du parti sécessionniste issu des partisans de l’ancien Président Thabo Mbeki (le Cope, Congrès du peuple) ? et quelle serait la hauteur de la victoire de l’ANC ?     Les paris du Cope   Le Cope avait la trop grande ambition d’empêcher une majorité absolue de l’ANC au sein de l’Assemblée Nationale, un objectif très irréaliste quand on prenait connaissance des sondages des semaines précédant le scrutin.   En revanche, il avait un second objectif, moins ambitieux, celui d’empêcher l’ANC d’avoir les deux tiers des députés (élus à la proportionnelle, donc d’avoir moins de 66,7% des voix). Pourquoi un tel seuil ? Parce que c’est le seuil nécessaire pour pouvoir réviser la Constitution (rappelons qu’en France, c’est le seuil de trois cinquièmes qui est nécessaire, soit 60,0% donc moins contraignant qu’en Afrique du Sud).   Or, ce second objectif a finalement été atteint in extremis : l’ANC n’obtient en effet que 65,90% et 264 sièges sur 400, c’est-à-dire qu’il lui manque un siège s’il veut avoir cette majorité. L’ANC perd 33 sièges par rapport à l’Assemblée sortante (entre 2004 et 2009, beaucoup de députés avaient rejoint l’ANC en cours de mandat).     Près de 66% pour l’ANC toujours ultra-majoritaire   Un léger recul de 4% donc pour la formation hégémonique issue du combat anti-apartheid de Nelson Mandela si l’on rappelle les scores des précédentes élections : en avril 2004, l’ANC avait obtenu 69,7% (279 sièges) ; en juin 1999, 66,4% (266 sièges) et en avril 1994, 62,7% (252 sièges).   Un score toujours très élevé mais qui ne remet pas en cause la nature honnête, « transparente, loyale, libre et crédible » de ces élections (selon la mission d’observateurs de l’Union africaine) au contraire d’autres États africains.   Concrètement, l’ANC reste confirmé au pouvoir pour la quatrième fois consécutive par une population pourtant de plus en plus réticente à la politique gouvernementale menée par ce parti (qui laisse au bord de la route près de la moitié de la population dans un état de grande pauvreté et d’insécurité) mais qui ne voit aucune autre solution de rechange.   D’ailleurs, l’abstention a été assez élevée puisque seulement 77,3% des inscrits sont allés voter. Cela reste malgré tout des scores très honorables si l’on les regarde avec des yeux français ou américains.   De plus, l’absence très relative de la majorité des deux tiers n’a pas beaucoup de signification politique puisque les dirigeants de l’ANC avaient réaffirmé qu’ils n’avaient aucune intention de modifier la Constitution de 1996 qu’ils avaient eux-mêmes contribué à mettre en place.     Résultats des autres formations politiques   Au-delà de l’hégémonique ANC, vingt-cinq autres formations ont participé à ces nouvelles élections générales, parfois uniquement d’origine provinciale.   Le Cope de Mosiuoa Lekota (59 ans) n’obtient que 7,4% alors qu’il tablait sur une quinzaine de pourcents, laissant la place de leade de l’opposition à l’Alliance démocratique (DA), parti d’opposition déjà d’avant la fin de l’apartheid, qui récolte 16,7%, soit plus de 4% supérieur à son score de 2004. Un autre parti, l’IFP, dirigé par Mangosuthu Buthelezi (80 ans), termine avec 4,6% en perdant un tiers de ses voix de 2004 et en constant déclin depuis 1994 où il représentait 10,5% de l’électorat. Tous les autres partis ont obtenu moins de 1% des voix.     Le détail des quatre principales formations politiques   ANC : 65,9% (11 650 748 voix) et 264 sièges. Alliance démocratique : 16,7% (2 945 829 voix) et 67 sièges. Cope : 7,4% (1 311 027 voix) et 30 sièges. IFP : 4,6% (804 260) et 18 sièges. Autres sièges : 21 répartis dans 9 autres partis.   Total suffrages exprimés : 17 680 729.     Dans les neuf provinces sud-africaines   Si l’ANC est majoritaire dans huit provinces sur neuf (avec une très bonne performance au Kwazulu-Natal, province natale de Jacob Zuma face à l’alliance AD-IFP), la véritable surprise est la victoire de l’Alliance démocratique dans la province du Cap Ouest où il obtient 51,2%.     Un vote utile ?   La dirigeante de l’Alliance démocratique, Helen Zille (58 ans), a donc proposé la constitution d’un front d’opposition réunissant notamment le Cope et l’IFP.   Ces élections ont donc surtout favorisé les trois grandes formations nationales au détriment des petits partis en focalisant l’attention sur l’Alliance démocratique et sur le Cope qui, à eux deux, gagnent presque 12% (le Cope ne partant de rien) par rapport à 2004 alors que l’ANC ne perd qu’un peu moins de 4%.     Zuma bientôt couronné   Après l’obstacle judiciaire levé le 12 avril 2009 pour clore les poursuites judiciaires, les élections du 22 avril 2009 ouvrent donc la voie "royale" de la Présidence de la République d’Afrique du Sud au président de l’ANC, Jacob Zuma (67 ans), autodidacte et résistant dès son plus jeune âge à l’apartheid.   Malgré les déclarations très violentes de l’archevêque Desmond Tutu (77 ans), Prix Nobel de la Paix (1984), qui considère que « Zuma n’est pas du tout un modèle à suivre pour notre jeunesse. Il n’a pas les qualités qu’il faut pour diriger notre nation. » mais soutenu par un autre Prix Nobel de la Paix (1993), Nelson Mandela (90 ans), Jacob Zuma ne semble plus inquiéter les puissances financières du pays.   Sa personnalité est très contrastée et reste diversement ressentie par la population : quand certains n’hésitent pas à évoquer sa polygamie, ses affaires de corruption, ses abus sexuels, son inculture, son biographe Jeremy Gordin souligne que « l’homme a du charisme, il est chaleureux, proche du peuple et les gens d’en bas se reconnaissent en lui. » ainsi que ses talents de médiateur dans plusieurs conflits du continent africain (notamment au Burundi).     Une Présidence bien difficile pour Zuma   Jacob Zuma, qui va être élu au plus haut niveau de l’Afrique du Sud le 6 mai prochain, aura fort à faire : redresser une situation intérieure très enlisée par la criminalité, le chômage, la pauvreté et le sida, tout en préservant tant la confiance de la population que celle de la communauté internationale et plus particulièrement des investisseurs occidentaux.   Après bien des péripéties, bien des controverses, Jacob Zuma arrive au pouvoir au même âge que De Gaulle en 1958 et pour rassurer, il pourrait reprendre à son compte cette question si gaullienne : « Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? »   Il va maintenant avoir la capacité de montrer à sa juste mesure ses qualités d’homme d’État. Ou pas.   Souhaitons-lui bonne chance.     Aussi sur le blog.   Sylvain Rakotoarison (27 avril 2009)     Pour aller plus loin :   Turbulences pour le parti majoritaire ? (1)   Turbulences pour le parti majoritaire ? (2)   Résultats définitifs (25 avril 2009).   Zoom sur Zuma (22 avril 2009).  
Tableau officiel des résultats par la Commission électorale (25 avril 2009).  
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