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Cécilia en Libye ou la diplomatie-spectacle

Publié le 25 juillet 2007 par Roman Bernard
Assiste-t-on, comme l'estimait Alain-Gérard Slama dans les colonnes du Figaro le 2 avril dernier, à une "reféodalisation du monde" ? De manière inattendue, c'est le rôle -effectif ou non- de Cécilia Sarkozy
dans la libération des infirmières bulgares, otages depuis huit ans du dictateur tripolitain, qui m'a opportunément rappelé la réflexion de cet intellectuel anticommunautariste que d'aucuns qualifient -à tort- de réactionnaire.
En réalité, c'est bien la personnalisation croissante du pouvoir, initiée de longue date par les gouvernants et entretenue par les médias, qui constitue une réaction. Alors que les principes républicains veulent que la fonction prime sur la personne qui l'incarne, l'envoi de l'épouse du chef de l'Etat en Libye témoigne d'une appropriation du pouvoir, qui est donc délégué, pour certaines missions, à une personne de l'entourage du président.
Est-il utile de rappeler que les Français n'ont pas élu Cécilia Sarkozy ? Même si l'Elysée, par la voix de son secrétaire général Claude Guéant, a tenu a rappeler que la femme du président de la République n'avait reçu aucun mandat diplomatique mais rempli une mission humanitaire, l'attention médiatique dont elle a été l'objet l'a amenée à représenter la France et les Français.
Je ne conteste pas, pour autant, le rôle de Sarkozy lui-même dans ce dossier. Bien que l'heureux dénouement ait été préparé en amont par le travail de l'Union européenne, le président français a fait ici office de "buteur".
Pour filer la métaphore footballistique, je prendrai l'exemple du but décisif de Michel Platini contre le Portugal, lors de la demi-finale gagnée (3-2 a.p.) de l'Euro 1984, grâce à une passe magistrale de Jean Tigana.
L'ancien capitaine des Bleus avait estimé que le plus important était le but, puisque sans celui-ci, tout le monde aurait oublié l'exploit préalable de Jean Tigana. Et ce, même si le but était moins difficile à réaliser que la passe.
L'analogie avec la libération des infirmières bulgares me semble très pertinente.
Cela dit, Cécilia Sarkozy était-elle nécessaire? Son "charme" aurait-il fléchi le vieux tyran libyen? Je n'en crois rien. Je pense que Mme Sarkozy a joué un rôle négligeable, et que le but du président était, une fois de plus, de frapper l'opinion avec un procédé propre à faire les couvertures de la presse people.
C'est chose faite. On ne peut bien sûr que féliciter tous les acteurs qui ont réellement contribué au succès de l'opération, dont Nicolas Sarkozy. Mais l'accaparement clanique que la "mission" de Cécilia Sarkozy a fait apparaître n'est pas de nature à réjouir le républicain rationnaliste que je suis.
Roman B.

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