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Le blues de mai

Publié le 01 mai 2009 par Lozsoc

Vu sur Facebook cette réaction à un message d’Anne Hidalgo, première adjointe de Bertrand Delanoë, Maire de Paris, qui confiait sa satisfaction d’avoir participé à la manifestation du 1er mai dans les rues de la Capitale :

Le blues de mai

« Oui, je suis très heureux pour toi. Ce matin à Rouen,c’était franchement le désastre, pas d’élus de 1er rang, mobilisation syndicale passable, nous autres du Ps représentions presqu’un quart du cortège,j’en ai honte ! Mais qu’attendent les français? Que veulent-t-ils? Plus d’insécurité pour leurs emplois,pour l’avenir de leurs enfants, le leur? Je suis franchement découragé de voir ce maigre résultat,mon seul espoir,est que la mobilisation soit plus dense dans les grandes villes où le SARKOLEON du n°1 du faubourg st Honoré ,va bien rire! »

La « honte » éprouvée et exprimée par ce camarade de Seine Maritime (fief du très gauchiste Laurent Fabius), aussi légitime soit-elle, mérite néanmoins d’être fortement nuancée et relativisée, dans la mesure où, depuis 2002 (année de la branlée  électorale essuyée par Jospin)  le PS n’avait plus participé officiellement à la manifestation du 1er mai à Paris.

Sans contester l’ardeur militante de nos camarades normands, il est sans doute arrivé maintes fois que PS rouennais ne compose pas le quart des participants aux manifestations locales.

On a en outre le sentiment que les questions de ce camarade devraient se poser d’abord au PS. En effet, il est trop facile de fustiger « l’absence des élus de premier rang », « la mobilisation syndicale passable » et, plus largement l’attentisme des Français, pour expliquer « le désastre ».

La probable sincérité de cette réaction illustre en tout cas le profond désarroi du « peuple de gauche », conscient à la fois de sa force potentielle et de ses antagonismes presque irréductibles.

Ce désarroi fait immédiatement songer à celui de ce militant de la CFDT rencontré ce matin dans le cortège de Nîmes. Dès le début de la conversation, un brin provocateur, il s’interroge :

« Et dans le défilé, là, combien y en a-t-il qui, au second tour, ont voté Sarkozy en 2007 ou qui ont préféré s’abstenir plutôt que de voter pour Ségolène Royal ? ».

Et de poursuivre :

« Quand je vois nos camarades de la CGT en tête du défilé, en train de jouer les super résistants au sarkozisme… C’est pas croyable. En 2007, dans les réunions intersyndicales, qu’est-ce que j’ai pris dans la gueule de leur part, parce que je soutenais Royal. Si seulement j’avais pu enregistrer ce que j’avais entendu à l’époque : « Royal, elle est à droite », « Royal ou Sarkozy, c’est pareil », « Royal, c’est une salope », « Royal, c’est une incompétente », « Royal, elle est conne et ne sait pas parler français », etc. Il y avait de quoi être assommé par tant de haine. C’était à peu de choses près la même haine que celle qui s’était déchaînée contre Mitterrand après les législatives de 1978, quand Marchais avait trouvé un prétexte foireux pour faire exploser le programme commun. »

Et d’ajouter encore tout en cherchant du regard l’assentiment de celles et ceux qui l’écoutaient :

« Au premier tour, il est normal que chacun vote au plus près de sa sensibilité. Mais au second tour, il faut se rassembler. Et en 2007, quoi qu’on dise, il n’y avait pas de rassemblement. Remarque, je parle de la CGT, mais quand j’ai vu ce que ce qu’ils ont fait au PS.  C’est bien simple, ils ont massacré leur candidate. Ils ont tout fait pour la faire perdre et pour la discréditer. Et maintenant, tu les vois en train de jouer à celui qui sera le plus antisarkoziste. Moi, j’ai déchiré ma carte du PS. »

Le jeune trostkiste et le cédétiste

Le jeune trotskiste et le cédétiste

Soudain, un jeune homme vient à notre hauteur. Il tend des tracts du NPA au « Cédétiste ». La conversation s’engage sur le même sujet, sur les possibilités d’alliances.

« Eh, dis-moi un peu, le facteur, hein, acceptera-t-il un jour de prendre des responsabilités au lieu de se cantonner à un discours protestataire ? »

Le jeune homme, nullement démonté, oppose alors un purisme doctrinal (sur lequel s’interrogeait l’inénarrable Clémentine Autain en juin de l’année dernière) :

« Je ne peux pas répondre à la place de Monsieur Besancenot. De toute façon, tout irait mieux si on appliquait Marx. On ne peut pas s’allier avec les socialistes qui ont préconisé les privatisations. »

Le syndicaliste lui demande alors :

« Bon d’accord, tu soutiens Besancenot et tu défends tes idées. C’est ton choix. Mais au second tour, en 2007, tu as quand même voté pour Ségolène ? »

Déjà à quelques mètres devant nous, le jeune du NPA se retourne et dit :

« Je ne sais pas. En 2007, je n’étais pas en âge de voter. »


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