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Contre Grenelle 2

Publié le 02 mai 2009 par Chezfab
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Pour résumer cette journée :
Ouverture des tribunes par Paul Ariès qui rappelle (avec brio, disons le) qu'il ne faudrait pas prendre les capitalistes pour des canards sauvages. En gros, cesser de croire que la logique capitaliste ne serait pas réfléchie. Ensuite, rappel de fait que seul l'antiproductivisme offre une voie de sortie non pas de la crise mais d'un système mortifère pour plus de 90 % des gens de cette planète à l'heure actuelle. Il rappelle aussi au passage les "trois piliers du capitalisme vert : le retour de la foi techno-scientiste (voiture propre, cache spatiaux pour le soleil, faiseur de nuages...); la destruction de la démocratie ("il n'y a pas d'autre alternatives, soyons réalistes, cela dépasse les clivages"); la main mise des élites.
Intervention de Yannis Youlountas (philosophe, ex porte parole de la campagne de Bové) : bon dieu que c'était beau. Dans un texte calibré, ciselé, il dénonce les productivismes, de gauche comme de droite, les espoirs déçus (tout en reconnaissant ses propres erreurs) et ceux à reconstruire. Magistralement, il commence son intervention par cette phrase "Qui parle de la gauche a souvent les yeux tristes" et le termine par "Tout est à réinventer, maintenant, pour que l'écologie politique s'impose, dans les années à venir, comme l'un des mouvements les plus importants  et cruciaux de notre époque".
Intervention suivante : Sophie Divry. Rappel du livre de Cohn Bendit de 1998 (+ parallèle avec celui de 2009) et des divers interviews données depuis (sur les bienfaits de la privatisation de l'école, le fait que les telecoms, l'électricité et l'eau n'ont pas à être gérés par les états, la logique du travail du dimanche du fait que la machine tourne 7/7, etc...). Rien de neuf sous le soleil pour qui suit l'olibrius depuis quelques années ou a lu ses livres (ce qui est, au passage, mon cas. Celui de 1998 n'est plus réédité, mais on le trouve dans les bibliothèques municipales de Lyon ou sur les revendeurs d'occasion internet, surement dans les boutiques d'occasions aussi). Le hic, c'est que Sophie Divry n'a pas à se forcer des masses pour souligner les contradictions du personnage, mêmes les actuelles (la "voiture propre" par exemple). Franchement, je vous le dis, elle a été plus gentille que ce que j'aurais pu l'être à sa place (et elle n'a pas dit grand chose de plus que ce qui était dans son article de "La décroissance".)
Ensuite, vous allez être déçus (je parle à mes amis Verts), mais ils n'ont plus parlé de nous de la matinée, enfin presque, parce qu'il y a un sujet sur les tours à Lyon ! Trop occupés qu'ils étaient à faire de la politique sur la tribune... Les fous ! (ironie quand tu nous tiens...)
Intervention du Réseau "Sortir du Nucléaire" avec un texte intitulé "Grenelle de l'environnement : la punition par le Tricastin". Très documenté (mais orateur plutôt mauvais dont le nom m'échappe / Edit : gràce aux commentaires : le nom est Céric Lucas). Ceci dit, la mise en perspective du temps homme par rapport au temps pollution, et bien entendu la notion de "dette aux enfants" est fort bien présentée. La phrase la plus drôle : "Areva fait du développement durable... Développement de ses profits, déchets durables". L'intervention est aussi un appel à la sobriété énergétique. Rappel aussi de l'impact de la vague de froid sur le taux de CO2.
Intervention de Aurélien Bernier (dont je vous recommande, au passage, la lecture de l'excellent livre qu'il vient de publier). Il dresse un tableau de ce qu'est une "gestion économique de l'environnement" et un "marché carbone" en rappelant que, à l'heure actuelle et du fait des bases libérales de l'Europe, il est adossé à une "action boursière et de boursicotage". Il rappelle les dangers de ségrégation économique qu'entrainerait une application d'un tel système à tous, avec le principe d'une carte de "points carbone". Là aussi intervention intense et détaillée. Surtout sur l'aspect qu'un "droit à polluer" mis en "bourse" n'est pas plus fiable pour faire quelque chose que les "subprimes" pour l'immobilier (parallèle intéressant).
Intervention de Catherine Levraud (médecin) sur la pollution et ses impacts sur la santé. Son concept d'élargir la pollution non seulement aux toxiques mais aussi à nos modes de vie (sédentaire, etc...) est intéressant. Elle démontre comment le fait de croiser tout cela entraine une surmortalité. Par exemple : les produit bioaccumulateurs s'accumulent plus dans les graisses. Donc une personne grasse est deux fois plus impactée : par les bioaccumulateurs et les risques de diabète et de problèmes cardiaques. Vraiment très intéressant. Elle rappelle habilement qu'au lieu de traiter les symptômes nous devrions chercher les causes et traiter le mal à la racine.
Véronique Gallais intervient pour Action Consommation. Elle explique le lien entre marchandises et marchandisation de la société. Comment en acceptant un système du tout à l'étalage et d'hypermarchés nous dénaturons l'humain. Elle dresse un parallèle avec le capitalisme vert des produits bio en grande surface, tous importés ou presque, qui ne répondent qu'à une mode. Elle explique que le consommateur à un rôle à jouer mais que les politiques se cachent trop derrière ce rôle pour ne pas légiférer. Ce qui entraine une perte de contrôle au niveau du consommateur qui n'a plus le choix (mort du petit commerce et des marchés).
Gilbert Dumas (AUDACES) vient parler de la ville de Lyon et de ses aménagements. Ils soulignent les craintes trop présentent de déplaire à l'électeur, ce qui fait que par exemple il est préféré l'idée de faire des parking au lieu de faire des transports en communs plus denses et moins chers. Un peu de tout pour ne mécontenter personne. D'autre part, il parle des tours. Là il ressort les déclarations de l'élu "Verts" Gilles Bunat (désolé pour l'orthographe si je fais une erreur) et je dois avouer qu'il n'a pas à se forcer des masses pour démontrer que la vision est loin d'être écologique, mais plus de l'ordre du phantasme d'une "mégapole européenne". Il s'interroge sur la notion de dispersion du travail (pourquoi concentrer le tertiaire sur un lieu, qui sera mort la nuit, à l'heure d'internet qui permet d'essaimer un peu de tout partout ?). Intervention très vivante.
Pause repas (je crois que je n'oublie rien). Repas (super bon) à 7.90 € , 100 % bio,  par la Confédération Paysanne (comme quoi c'est réalisable à moins de 10 €...)
J'oubliais de dire qu'il y a eu plusieurs poses musicales, par Fabrice Gaillard, accordéoniste et jongleur des mots (et lyonnais), et que c'était tout bonnement magique et drôlisime !
Reprise : sur les alternatives et autres voies. (Donc là interventions de mouvements ou partis politiques mais pas seulement, et là y'a eu quelque fois le mot Verts).
Phillipe Godard intervient sur les Humains génétiquement modifiés dont rêvent les dirigeants des firmes et pays. Mais sous un autre angle, celui de l'interrogation de nos combats, et la fin de la radicalité qui ne peut qu'entrainer une forme d'accompagnement parfois. Un vrai moment de réflexion sur l'emploi du conditionnel plutôt que du futur (ne pas dire "ce sera comme cela" mais "ce pourrait être comme cela, si on ne fait rien") mais pas seulement. Une intervention amusante aussi, car l'homme ne manque pas d'humour noir. Bel exposé sur le risque brevet...
Laure Pascarel et Denis Vicherat interviennent pour Utopia. Laure présente le "manifeste" et les bases de ce qu'Utopia appelle l'alterdéveloppement. Un peu didactique mais pas mal fait. Denis, lui, intervient sue la "revenu garanti" seul moyen de sortir du productivisme et du salariat (pour passer du travail subi au travail choisi). Intervention intéressante, surtout quand il fixe de revenu à 750 € pour la France, en donnant des chiffres pour y parvenir. Un peu court en fait l'exposé, manque de temps.
Philippe Corcuff (Ex vert, nouveau NPA) intervient lui sur la sortie du capitalisme mais en parlant du livre de Hervé Kempf (et aussi de pas mal d'auteurs, Gorz par exemple). Il dit partager le constat de Kempf mais pas la suite donnée (l'économie de marché verte n'est pas la solution). Intervention solide, détaillée et travaillée. Un vrai plaidoyer pour la sortie du capitalisme. Mais il n'hésite pas à dire que les anticapitaliste ont à apprendre des antiproductivistes, et vis et versa. Mais que l'aggiornamento est en cours, et ne s'arrêtera pas, dans le camps anticapitalistes, ce qu'il voit comme une bonne nouvelle (moi aussi d'ailleurs).
Vincent Cheynet intervient pour le journal "La décroissance". Intervention pour rappeler que les tenants du capitalisme, vert ou pas, sont toujours là quand il s'agit de déformer les thèses de la décroissance, ou de montrer "des gens en yourte qui vivent reclus" comme le seul exemple de ce que serait une société décroissante choisie. Il insiste aussi sur le côté perdant d'avance d'une démarche qui se séparerait du politique. Beaucoup d'humour dans l'intervention, et un phrasé clair qui fait mouche.
Maurice Charrier intervient en tant qu'ex Maire apparenté PCF de Vaulx en Velin. Il se dit étonné d'avoir été accepté à la tribune, mais pense que le débat est bon. Il précise qu'il ne partage pas toutes les thèses avancées mais qu'il trouve que la dynamique est intéressante et tonifiante. Il parle ensuite de ses difficultés de gestionnaire face à une logique libérale et capitaliste encrée dans la moindre prise de décision. Il reconnait ses erreurs, mais précise que cela ne change rien qu'il faut maintenant avancer. Il parle de la rénovation du Mas du Taureau qui voit les loyers potentiellement augmenter, et donc les populations être chassées des lieux qu'elles connaissent depuis des années. Il souligne aussi qu'il faut se méfier des "écoquartiers" 100% bobo. Pour preuve, entre 1990 et 2000 le salaire moyen de l'ouest lyonnais augmentait de 17% quand il diminuait de 1% dans l'est. Pour lui il faut se méfier de la tentation ségrégationniste qui se dessine chez certains.
Intervention de Corinne Morel Darleux pour le PG. Bon pas mal sur le fond (crise écologique, etc...) mais alors la forme est très vieillotte (style oratoire, etc...). De plus le public présent n'a pas vraiment accroché car le discours était trop campagne électorale et pas assez "propositions". Je l'ai ressenti ainsi.
Synthèse des questions et remarques de la "boite à questions et remarques" (quelle logique !). Il est noté le manque de mixité de la salle (en population d'origines sociales diverses, etc...) et c'est un défi pour l'avenir. Il est noté l'envie d'avoir des débats (ce qui sera proposé dans l'année à venir).
Cloture par Paul Ariès qui appelle à porter l'antiproductivisme partout où c'est possible (ou pas d'ailleurs!) et à désobéir en comprenant (car aujourd'hui c'est déjà désobéir que de chercher à comprendre).
Mini concert de Fabrice Gaillard.
Bref, une journée intéressante et intense, sur l'antiproductivisme et la vision politique qui se doit de l'accompagner.
Pour ceux que cela intéresse, un livre "Non au capitalisme vert" est édité (à partir du 15 mai) aux éditions Paragon / Vs qui reprend l'ensemble des textes des interventions. Il fait 8€ et permet de se faire une idée et d'approfondir.
Voilà pour le résumé, qui, je l'espère, vous apporte quelque chose.


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LES COMMENTAIRES (1)

Par Mimou
posté le 04 mai à 22:37
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Mouai... ce 2ème contre grenelle trop politisé n'a finalement pas été apprécié... personellement j'ai apprécié l'intervention du Réseau sortir du nucléaire et j'ai trouvé l'orateur interessant car proche des gens , de la situation lyonnaise et ce avec un peu d'humour..... et ça a fait du bien...

un CGE 3 .... viendrai pas j'pense

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