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La journée de la jupe (Jean-Paul Lilienfeld)

Publié le 03 avril 2009 par Interstella_fr

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C’est un peu beaucoup dire que j’ai réellement vu ce film, étant donné que j’ai profité de son passage sur Arte il y a quelque temps pour y jeter un œil ; mais j’avoue avoir décroché de temps à autre pour, au choix, boire, regarder un truc sur internet, manger, etc.

Ma curiosité avait été attisée par le sujet ; après le falot Entre les murs et sa vision quasi-disneyienne du collège ZEP et des cours de français, je voulais voir si le cinéma français était capable de faire quelque chose de juste sur le système scolaire du pays et sur la condition des enseignants. Je n’ai pas moi-même été confrontée à des zones dites “sensibles”, mais j’ai pu, à travers ma propre expérience et à travers le récit de jeunes collègues, avoir un aperçu assez précis de ce qu’est ce métier dans ces établissements-là, ce sacerdoce, ce sacrifice. D’ailleurs, c’est en fait, je crois, complètement crétin de se limiter aux ZEP. Stigmatisation inutile, car à mon sens, le fond du problème est le même partout. Même à Neuilly-sur-Seine. Mais je m’égare…

Alors, commençons par le positif. Le film a le mérite de ne pas sanctifier les petites terreurs, les élèves violents-parce-que-malheureux, comme on peut en voir des paquets ailleurs. Ici, pas de scène artificielle de l’éveil d’une classe médiocre qui, soudainement, se prendrait d’amour pour Molière suite à une révélation. Non, ici on est plus proche de la réalité, avec des élèves qui ont lâché prise depuis longtemps et que rien n’intéresse, à part leurs petites vies.
Du coup, le problème est que, sous couvert de ce ton “franc”, ça va parfois trop loin, et ces élèves se transforment en clichés ambulants, on a finalement l’impression qu’aucun travers ne leur sera épargné, ce qui forcément, réduit la portée du discours…

Autre point positif, c’est montrer l’hypocrisie de l’encadrement administratif du collège, ainsi que la fausse tolérance prônée par quelques professeurs, qui, de peur de se mouiller, restent dans une acceptation un peu trop large de toute l’horreur qui est leur quotidien.
Mais du coup, encore une fois, ça va trop loin dans l’autre sens, et ça devient un peu problématique. Parce que oui, comment peut-on survivre en tant que professeur sans faire ce genre de compromis ? Et oui, n’a-t-on pas le droit de trouver des excuses à ces comportements, d’essayer de les comprendre, plutôt que de choisir l’opposition et le mépris systématiques ?

Et c’est comme ça, sur de probables bonnes intentions, que le film se transforme, sous les yeux des spectateurs, en un objet assez abject qui se retourne contre lui-même.

Isabelle Adjani offre une performance assez étrange. Au début, sa voix perchée et mal assurée, trop aiguë, est assez bien vue, symptomatique de ces professeurs dépressives qui ne savent, tout simplement, plus placer leur voix (ou qui ne l’ont jamais su). Mais là encore, on tombe, très vite, dans la caricature… Surtout que, quelques minutes plus tard, après le retournement de la situation, elle sort, de nulle part, une voix grave, presque rauque, posée et ancrée dans le sol. D’un point de vue de la technique dramatique, c’est habilement mené ; d’un point de vue vraisemblance et surtout finesse, ça laisse largement à désirer.

Ce moment où elle commence, enfin en position de supériorité, un cours (complètement nul, ceci dit au passage) sur Molière, est assez affligeant. On se demande un peu quel est le propos… Le rapport de force en faveur du professeur excuserait-il la pauvreté du contenu ?

Enfin, sur le point du racisme, le film est perpétuellement sur le fil. Mais penche quand même dangereusement d’un côté.

Pour conclure, j’ai trouvé que certains parti-pris étaient plutôt courageux, c’est d’autant plus dommage que tout, très vite, verse dans un excès qui transforme le propos en quelque chose de très, très douteux.

Quant à la réflexion sur l’éducation ? Elle est tout simplement stérile (puisque fonctionnant sur des clichés), et seuls les spectateurs qui connaissent le problème y seront réellement sensibilises.

A mes yeux, un échec quasi-total.
A part, comme toujours, le fait que je me félicite, comme chaque jour qui passe, d’avoir quitté ce métier. Lâche mais salvateur.


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