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Vilnius, 9 mai 2009, la Fête de l’Europe

Publié le 10 mai 2009 par Memoiredeurope @echternach

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Comme chacun le sait, Vilnius est l’une des deux capitales européennes de la Culture avec Linz, cette année. J’ai vu progressivement s’approcher ce rendez-vous lituanien durant toutes ces années où les parcs historiques, le patrimoine juif, d’autres célébrations baltes et de nombreuses demandes de coopération ont constitué le premier ou l’arrière plan de visites plus ou moins longues dans la capitale et sur le territoire de ce pays passionnant.

Aujourd’hui, nous préparons la fin d’un cycle, celui qui a vu la Lituanie ouvrir un chantier de collaboration européenne en ce qui concerne les Parcs et Jardins. La remise d’un rapport approche à l’horizon de septembre. Mais il y a aura certainement d’autres occasions d’en parler.

Me voilà donc revenu à Vilnius le « Jour de l’Europe », comme l’on dit. J’y étais présent l’an passé le jour de la « Fête de la musique ». Une manière de vivre concrètement des célébrations qui se sont généralisées sur le continent et d’en comprendre les applications variées en fonction des cultures locales. 

J’entre aujourd’hui en Lituanie sans pratiquement m’en apercevoir, comme je traverse la frontière allemande de mon village en empruntant un simple pont pour aller me promener sur la rive gauche de la Sûre. Une jeune douanière regarde nonchalamment ma valise passer, avec encore moins de vigilance qu’à l’aéroport de Palerme où les chiens ont reniflé mon passage. Je suis bien dans la même Europe, sans frontières contraignantes, ce qui n’était pas le cas lors de ma première visite, il y a huit ans. 

Cette Lituanie dont j’ai suivi les changements frappants depuis 2001 est en crise, ou pour mieux dire, elle subit la crise, au moment où ses habitants avaient compris qu’ils pouvaient envahir les centres commerciaux pléthoriques, comme leurs nouveaux amis de l’Ouest. Une récompense ? La fin des souffrances ? La revanche de la consommation ? Que puis-je leur dire ? Ils ne me demandent même plus si la crise va passer, mais si l’Europe va résister !

La pluie balaye la ville une partie de la journée et sur Gediminas Prospekt les petites baraques des pays européens se serrent les unes contre les autres et mélangent sur le feu le contenu des plats typiques : des saucisses, des harengs, des patates, encore des saucisses et des choux, quelques gâteaux et du pain noir. Typiques de quoi en fait ? Devant un marché unique qui atteint ses limites et faute d’autres motifs de réjouissances, c’est un marché commun des grillades et des « frichtis » - comme aurait dit ma grand-mère qui nous est proposé. Autrement dit le service minimum ! De la Grèce à l’Ukraine, les fumées du charbon de bois montent avec la même régularité.

Et tout en haut de l’avenue, un stand fait la publicité du Parlement européen. Ici également les élections ont lieu dans un mois et on attend seize nouveaux délégués pour Bruxelles et Strasbourg. Mais dans moins de temps encore, le 17 mai prochain c’est un nouveau président de la République qui sera élu. Ou sans doute une Présidente, Dalia Grybauskaité, actuellement commissaire à Bruxelles. 

Si je suis bien incapable de mesurer, dans les galeries marchandes plutôt désertées et dans les rues maussades, la réalité de l’effet de crise, je ressens pourtant une sorte de désolation, d’attente vaine.Un effet de la crise dont on me dit qu’il est amplifié par un gouvernement conservateur nommé à la fin de l’année passée et qui s’est donné pour mission de ralentir la machine de la consommation en coupant les salaires et en laissant les prix filer. 

Je mesure bien par contre que le 9 mai, qui cette année succède à un 5 mai autrement symbolique en 2009, le 60e anniversaire du Conseil de l’Europe, est moins vivant que la fête des musiciens amateurs et professionnels qui avait envahi les rues l’an passé.

On peut aimer l’Europe si elle apporte une alternative positive mais la musique, c’est bien autre chose !  Elle a toujours constitué une alternative, même dans les instants les plus difficiles.

Il faut dire au passage qu’en matière d’anniversaire le Conseil de l’Europe a fait fort ! Comment subir sans réagir le fait qu’un message institutionnel lancé le 5 mai de Strasbourg et de Londres, après soixante années de travail inlassable, soit aussitôt étouffé, sans relais politiques et sans relais médiatiques, quelques semaines après le tapage que l’OTAN est venu soulever non loin du Palais de l’Europe ? Comme on dit, il faut le faire ! Que cette extraordinaire institution ait soixante ou six cents ans, je crois qu’elle est devenue pour les Etats du monde une Belle au Bois dormant. Et une endormie, comme chacun sait, n’a point d’âge.

Mais pour que cette Europe, que des Européens qui l’avaient attendue dans un enclos infamant des dizaines d’années, se soit résignée, en vingt ans à peine, à manger un plat unique de choux et de saucisses, me laisse, il est vrai, tout autant pantois.  Le symbole est parfois trop fort !

Le 1er janvier 2004, le centre de Vilnius explosait de feux d’artifice.

Le 1er janvier 2009, le centre de Vilnius s’ouvrait à une année culturelle. Mais le Palais Royal, recréé à grands frais pour un 1000eme anniversaire n’est pas ouvert. Sa silhouette de carton pâte, paraît comme éventrée, cadavérique avant de naître.Mais le programme longuement préparé a été bouleversé au dernier moment par un nouveau ministre. Cela arrive.

Il reste des rencontres, des expositions, des circonstances pour se réjouir. L’accueil d’un artiste géorgien, Pirosmani, décédé en 1918 à Tbilissi que tout le monde aimerait bien assimiler à Chagall et une exposition de peintres paysagistes mineurs venus de toute l’Europe, mais surtout des collections conjointes de Lituanie et du sud autrichien, en constituent les deux attractions présentes.

J’attends par contre avec impatience l’exposition consacrée à « Mikalojus K. Čiurlonis et ses contemporains ». Grand peintre et grand musicien impressionniste. Comme si Claude Monet et Claude Debussy n’avaient constitué qu’une seule personne !  

« May 2009 is Lithuania in blossom, dandelions and emerald grass. Love is floating in the air – it’s in the city and on the benches.” précise le livret Vilnius 2009. Il est vrai que les pissenlits couvriront encore longtemps les champs abandonnés faute de moyens financiers et humains pour reprendre en compte individuellement des terres longtemps collectives !

Il est temps, je crois, de réactiver les mots et de leur redonner du sens, même si très curieusement c’est à Vytautas V. Landsbergis, écrivain pour enfants et metteur en scène de théâtre, un homme qui a appris le cinéma à Tbilissi, que l’on a demandé d’écrire les banalités de la préface. Il termine son pensum en écrivant : « Here comes the last reason, which is very personal. I was born and brought up in Vilnius. It is here that many friends of mine, birds, sounds and smells were born and nurtured. We simply find it good to be here together and create things…create thoughts, poems and own existence.”

Face à cet appel au bonheur quotidien, un autre Lituanien célèbre, musicien, membre de Fluxus et portant le même nom que le poète, un des initiateurs de l’indépendance de son pays, Vytautas Landsbergis apportait en 2004 au Parlement Européen, avec son ami Bronislaw Geremek, un tout petit texte de résolution, à l’occasion de l’anniversaire du 17 septembre 1939, lorsque l’armée soviétique envahissait la Pologne, avec les conséquences en cascade qui ont suivi le pacte germano-soviétique : 

« Considérant que le complot honteux des deux grandes puissances a abouti à des actes de violence contre les faibles et acoûté des millions de vies, emportées dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale…déclare qu’un lien européen permanent fondé sur la réconciliation des nations et le respect de la liberté ne peut se nourrir que de la vérité de ce qui s’est passé dans l’histoire de l’Europe au XXe siècle… »

Deux sages ? Deux faces d’une même médaille ? 

A la sidération des Lituaniens devant une société de consommation temporairement avortée, est-ce que, entre les deux pôles de la mémoire politique et de la mémoire poétique, une nouvelle présidente saura apporter à ses concitoyens une pédagogie suffisamment attractive pour qu’ils puissent vivre pleinement une conscience européenne ?


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LES COMMENTAIRES (1)

Par Mille Feuilles
posté le 19 mai à 11:49
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Bonjour. Croyez-vous qu'il y a une communauté tunisienne à Vilnius? Merci!

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