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Epluchons, chons, chons.

Publié le 11 mai 2009 par Francisbf

Entre la cuisine et moi, c'est une chose bien triste, mais l'amour est à sens unique. Il n'y a rien à faire, dès que je m'essaye de mon propre chef à mélanger des trucs avec des machins, et de faire chauffer le tout, ça fume dans la cuisine, ça sent mauvais, j'ouvre la fenêtre en grand et je me sers un grand bol de Chocapic ® pour me consoler.

Enfin bon, d'après mes souvenirs, en fait ça fait longtemps que je me suis décidé à laisser les casseroles et fourneaux à mes colocs, au premier nombre desquels ma frangine, qui elle y prend du plaisir et en plus fait ça bien. En ce qui me concerne, je fais la vaisselle de temps en temps, et j'ai mis mes rêves de maître-queux à la poubelle.

Cependant, il reste que j'aime participer à la cuisine. La cuisine se me doit d'être un grand-oeuvre collectif, et particulièrement pendant les vacances.

Heureusement, si les marmites me font la gueule, j'ai depuis longtemps trouvé ma voie : l'épluchage.

Depuis tout petit, j'épluche et j'y prends mon pied. Courgettes, carottes, oignons, patates, navets, aubergines, tomates s'il le faut, pommes, avec un économe ou le machin qu'a une lame d'économe mais fixé à 90° au truc qui sert de manche mais qui en est pas vraiment un et dont j'ai absolument aucune idée du nom ou avec les doigts (mais pas avec un couteau, trop dangereux pour ça, les couteaux). Puis netttoyage de champignons, pour faire bonne mesure, le tranchage de trucs en rondelles, en dés, en lamelles ou finfinfin, parce qu'il faut s'ouvrir des nouveaux horizons, des fois, mais quand même, en grande partie j'en reste à l'épluchage.

Le contact avec la matière première, qu'elle soit sèche ou gluante, a quelque chose d'orgasmique, et chaque légume a sa musique.

Le frchhhh râpeux de l'épluchage de la carotte n'est pas le schliiiip liquide de la courgette. Il me faut les deux. Il me les faut toutes.

Donc, j'épluche, j'équeute, j'écosse, j'écale, je pèle, je râpe, le tout en général dans la joie amélipoulienne la plus écoeurante qui soit.

Et ce, comme je disais, depuis tout pitit, blond et innocent, quand je m'éclatais à écosser les petits pois pour les tagines de ma nounou, pour le « plop » délicat de la cosse mûre qui explose entre mes doigts (sensation comparable seulement à l'explosion d'un doryphore bien gras entre le pouce et l'index) et surtout pour les petits vers blancs qu'on trouvait parfois à l'intérieur, comme une perle dans une huître, et que je collectais soigneusement dans une boîte de Maxilase ® (boîte qui disparaissait mystérieusement assez rapidement, maintenant que j'y pense). Ca marchait aussi pour les fèves, qu'il faut pousser dans la cosse jusqu'à la sortie, en faisant attention à bien viser, sinon ça part avec la force d'un coup de revolver n'importe où dans la cuisine, mais surtout sous le frigidaire.

Aujourd'hui, les épluchages familiaux sont plus encore l'occasion de transmettre : on apprend à la nouvelle génération à ne pas arracher trop du corps des haricots verts avec la queue. Et surtout, on ragote au milieu des « clac-zzzzzzip », sur les oncles, les cousins, les cousines, les copains de cousines, les copines de cousins, l'épluchage est essentiel pour se tenir au courant de la sordide actualité familiale. Puis pour conserver une saine émulation au sein du groupe, parce que même si on fait mine de rien, on vérifie du coin de l'oeil qu'on a bien un tas de queues de haricots plus gros que celui de la cousine, on sait jamais, ça peut jouer pour l'héritage.

L'épluchage, il n'y a décidément que ça de vrai.

Dommage que ce soit pas bon, les légumes.

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