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Le sabotage des universités souligne la dégénérescence de leur gestion étatisée. Privatisations indispensables !

Publié le 11 mai 2009 par Objectifliberte

Le ministère qui a eu l'heur de m'employer pendant 17 ans avait beaucoup de défauts, mais, aux standards administratifs, c'était un ministère sérieusement géré (normal, un ministère d'ingénieurs, énarques not welcome), qui tentait d'appliquer quelques préceptes managériaux de bon sens: embryon de rémunérations au mérite, et non-paiement strict de jours de grève. Ainsi, l'ex délégué FO que je fus au début de ma carrière, avant de réfléchir aux contradictions du discours syndical, a bien dû se faire retenir 4 ou 5 jours de paie pour autant de jours de grève entre 1990 et 1994. Le principe n'était absolument pas négociable et à ma connaissance, n'a jamais fait l'objet du moindre embryon de tentative d'inflexion: un jour de grève en plus, un jour de paie en moins.

Aussi suis-je tombé du volant ce matin en entendant sur ma radio préférée (je sais, un type qui écoute BFM par plaisir est un névrotique obsessionnel), Valérie Pécresse menacer les professeurs qui "s'obstinaient" à participer au mouvement de sabotage, euh, pardon, de grève, de, je cite, "appliquer des retenues sur salaire". Non, je n'avais pas été l'objet d'une hallucination. Visiblement, les professeurs qui participent aux blocus des facs, encouragent leurs élèves et des éléments incontrôlés à saccager leur outil de travail, et ce depuis des semaines, sont toujours payés plein pot. A ce prix là, faire grève devient un plaisir !

Et puis en recherchant dans mes vieux emails d'il y a quelques semaines, je suis tombé sur ce témoignage de professeur d'université de mes amis, dont je respecterai l'anonymat, à moins qu'il ne se dénonce lui même, ce suppôt de l'ultra libéralisme sauvage triomphant:

Les évènements qui se passent sur mon campus me paraissent très graves. Qu'en pensent les élus de la majorité ? Il faudrait les alerter sur la réalité du terrain alors que les médias locaux, outrageusement orientés et complices, ne donnent qu'une version tronquée des faits.
Aujourd'hui, l'administration m'oblige à faire grève alors que je suis venu à l'université pour faire mes cours !
Vendredi dernier, j'ai été insulté et menacé par des "jeunes des quartiers" venus prêter renfort aux bloqueurs. Ils sont entrés sans problème sur le campus sous le nez des services de sécurité privés, qui nous coûtent pourtant une fortune...
Le président a fait voter un décret (NdVB: voter un décret... on croit rêver) pour évacuer les fameux bloqueurs, aux vu des dégradations et des incidents qui se multiplient. Mais les bloqueurs sont toujours là...ils n'ont que faire des votes de l'administration.
Mardi dernier une consultation était organisée sur le campus. Il en ressort que la majorité se prononce pour une poursuite de la grève jusqu'à jeudi...mais le taux de participation des étudiants était de 14 %...
C'est pratiquement tout le second semestre qui est saboté. Enfin, ma boite aux lettres électroniques est polluée par des menaces anonymes...charmante méthode. Mais il est clair que nombreux sont les grèvistes qui ne supportent pas que d'autres pensent et agissent autrement qu'eux.
Quand le résultat des élections va dans leur sens, ils invoquent la démocratie ; mais quand le résultat ne va pas dans leur sens, ils crient "élection, piège à cons !".
J'ai honte pour l'université française.


Question naïve de votre serviteur: "mais si ils t'obligent à faire grève alors que tu n'es pas gréviste, tu perds du pognon contre ton gré ? "

Réponse :

Ah ! mais c'est là que réside toute l'escroquerie de la grève. Dans tous les cas, je suis payé. D'ailleurs, quand les directeurs de labo ont démissionné en masse (il y a quelques années), ils ont simplement "démissionné de leurs responsabilités", mais ils ont quand même encaissé salaires et primes.
Mais voilà ce qu'il faut savoir, et personne ne me croit quand je le raconte. En sciences, il y a tellement peu d'étudiants (ils sont moins nombreux que les profs) que, même en temps normal, les profs ne font pratiquement pas cours, mais ils sont quand même payés. Il ya deux ans, j'ai créé une filière  dans laquelle je faisais intervenir des scientifiques (...). En fait, j'ai appris par mes étudiants qu'ils n'étaient pas venus faire cours. Mais ils étaient payés en heures sups. Le comble du comble est que je devais les payer en heures sups sur mes budgets alors qu'ils ne faisaient même pas leur service en fac de sciences !! Quand j'ai appris cela, j'ai refusé le paiement et les profs de sciences étaient choqués. Pour eux, j'étais la gestapo puisque je vérifiais, je contrôlais leur travail...


Dans un tel contexte, la menace de Valérie Pécresse risque de passer pour une "insoutenable provocation" !

Mais évidemment, tout ceci n'est rien devant la passivité des pouvoirs publics face à la répétition de passages à tabac et de menaces adressées aux non grévistes. Le bulletin périodique de l'excellent institut de formation politique nous apprend que plusieurs étudiants de l'UNI ont été molestés durement par des extrémistes, avec hospitalisation, et que dans le pire des cas, ce sont eux qui ont été entendus plusieurs heures (!!) au commissariat et gentiment incités à mettre en sourdine leurs actions anti-blocages, parce qu'ils "attisaient" la colère des gentils fascistes rouges, lesquels abreuvent leurs messageries téléphoniques de messages de menaces. L'état vous protège, l'état vous protège, l'état vous protège...

Vous trouverez un peu partout des témoignages de l'immense majorité des étudiants qui veulent seulement que la chienlit cesse, des vidéos de saccages. Les pouvoirs publics doivent faire cesser les blocages par l'emploi de la force la plus brute s'il le faut.

Après quoi, il n'y a qu'une seule solution pour remettre l'université française sur de bons rails: privatisation des facs, à but lucratif ou non, études payantes, enseignants sous contrat de droit privé, liberté de création de nouveaux établissements supérieurs, et solvabilisation des étudiants scolairement méritants mais peu fortunés par un système de bourses combinant initiatives privées et éventuellement soutien public, le tout géré au niveau local pour favoriser des solutions inventives au financement des cursus des étudiants d'origine modeste. Et qu'on ne me dise pas que ce système exclut les pauvres des études supérieures. Des universités telles que Harvard, la plus chère qui soit, ont réussi à mettre en place la gratuité des études pour les étudiants au cerveau brillant mais à la bourse vide. Et avant que nous ne disposions de facultés de ce niveau, il se passera bien quelques années...

Je n'ai pas le temps ce soir de détailler tous les effets vertueux que l'on peut attendre d'une telle réforme: fin de la sur-inscription dans des filières sans débouchés, professeurs obligés de faire leur métier sérieusement ou priés de chercher un autre métier, recherche par les facs d'un meilleur rapport durée des études / qualité des apports (très franchement, nombre de filières françaises pourraient être racourcies d'une année ou deux sans que la qualité des étudiants n'en souffre), possibilité pour les facs de mener à bien de véritables projets d'excellence, de s'offir des locaux enfin dignes de ce que l'on trouve dans la plupart des pays civilisés, des bibliothèques réellement efficientes, des laboratoires qui monnaient leur excellence au prix fort, etc... Ajoutons que des filières de formation professionnelle continue de haut niveau pourraient émerger comme alternatives tout à fait crédibles aux filières classiques, donnant un véritable  second souffle à "l'ascenseur social".

L'état aiderait également grandement les jeunes à entrer dans la vie active en réduisant, voire en supprimant, deux bons tiers des conditions de diplôme totalement aberrantes aujourd'hui réglementairement indispensables pour exercer nombre de métiers. Pour ne prendre qu'un seul exemple, dans les années 60, les bacheliers possédaient le niveau qui leur permettait de pouvoir devenir rapidement enseignants dans le primaire, et le taux d'analphabétisme en sortie du primaire était peu élevé. Aujourd'hui, des diplômés d'IUFM recrutés au niveau licence (Bac+3), ah pardon, mastère (Bac+5) depuis cette année, puis formés deux ans aux méthodes pédagogiques de pointe en vigueur à l'EN, pondent de l'illettré et du dyslexique à la chaîne, au bonheur des orthophonistes !

L'on me répondra que de telles réformes mettraient l'université à feu et à sang: mais c'est déjà le cas ! Et ce, pour une petite réformette absolument pas à la hauteur des enjeux qui se posent à l'enseignement supérieur français. Alors tant qu'à se lancer dans une épreuve de force contre les affidés de Besancenot et autres fistules purulentes du communisme, autant que cela en vaille la peine. Tant que ni les directions des universités, ni les professeurs, ni les étudiants, ne verront leurs choix soumis à l'étalonnage d'un véritable système de prix, donner de "l'autonomie" aux présidents de fac ne fera guère plus que donner un peu d'oxygène à un directeur de kolkhoze dans l'agriculture soviétique*. 

Les seules réformes de l'enseignement qui ont fonctionné dans le monde, quel que soit le niveau considéré (primaire, secondaire, supérieur) ont toutes obéi à ce principe de base essentiel: "money must follow students". L'argent reçu par les facultés doit résulter du nombre d'inscriptions effectives, pas de décisions bureaucratiques. Seul le risque de disparaitre faute d'étudiants souhaitant payer obligera les facultés à se maintenir à un niveau digne de leur fonction sociale.

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* Rendons à césar etc: la métaphore est d'Alain Madelin, sur BFM encore.
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