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Quand on n’a pas ce que l’on aime, on aime ce que l’on a : le Sarkozysme par défaut

Publié le 15 mai 2009 par Vogelsong @Vogelsong

Dans Le Figaro, mais aussi dans l’opinion, il est une idée largement partagée. J.d’Ormesson, le ravi sénile de l’Académie française l’énonce ainsiIl est pourtant permis de se demander – à gauche et à droite – où le pays en serait aujourd’hui si S.Royal avait été élue, il y a deux ans à la place de N.Sarkozy“. F.Lefevbre n’aurait pas dit mieux, le sourire niais en moins. Les thuriféraires du résultat et de la politique du chiffre sont incapables de présenter un bilan acceptable après deux années de débâcle et de mensonges. La communication de l’UMP  s’en remet alors à la logique du pire : N.Sarkozy est notoirement incompétent, S.Royal l’aurait été bien plus. C’est avec ça que la vie politique prospère dans l’hexagone en 2009.

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Au petit jeu des pronostics, les réactionnaires du Figaro jouent sur du velours. Ce petit monde ventru qui bénéficie des largesses du palais délivre une sentence impitoyable à l’encontre de S.Royale sur des présupposés et des conjectures.
Le pire n’est jamais sûr, et N.Sarkozy garde encore une petite marge pour toucher le fond, définitivement. Quels éléments raisonnables, factuels (et non rhétoriques) démontrent que S.Royal aurait été la risée comme l’est aujourd’hui le psychotique de l’Élysée ? La “bravitude” et quelques approximations ont fait les gorges chaudes des journaux de toutes tendances. S.Royal s’est taillé une réputation de bécasse par ces quelques bévues. C’est oublier commodément que depuis deux ans, le résident de l’Élysée utilise un exécrable sabir pour s’exprimer publiquement. Qu’il l’agrémente d’insultes envers les Français et les chefs d’État étrangers. Qu’il fait croire à son pays, pas l’entremise de journalistes serpillières qu’il sauve le monde du capitalisme sauvage.
Sur le plan institutionnel, les commentateurs font une erreur récurrente. Si S.Royal avait été élue, il y a fort à parier que F.Bayrou aurait été chef du gouvernement tel que le prévoit la cinquième république. F.Fillon est une ombre fugace, N.Sarkozy a transformé le premier ministre en une figure protocolaire momifiée. Et le “chef” du gouvernement tient ce rôle à merveille. Le président, en médiocre assumé, a organisé une équipe de collaborateurs incompétents* qui le valorisent. A-t-on la certitude qu’une équipe composée par F.Bayrou et S.Royal aurait été faite dans le même esprit égotique ?
Faire un catalogue des inepties de deux années de sarkozysme est une gageure. Des sources très informées le font talentueusement au fil de l’eau. Mais il faut rappeler que certaines mesures n’auraient jamais été mise en œuvre.
Aurait-on supprimé l’ISF, dans un pays où le 10e décile des revenus voit ses subsides baisser de 10% alors que l’on observe l’inverse pour le 1er décile ? C’est une certitude : non.
Aurait-on privatisé l’université et la recherche, appliqué des critères de sélection à l’école primaire, supprimé la carte scolaire pour de simples raisons idéologiques ? C’est aussi une certitude.
Aurait-on intégré l’OTAN parce que le président, par choix personnel et unilatéral, veut avoir des liens forts (de subordination) avec les USA ? Certainement pas.
Aurait-on donné des objectifs chiffrés d’expulsion d’étrangers, enfermé des nourrissons, prononcé les paroles de Dakar ? La gauche s’est sévèrement droitisée sous prétexte de modernité (le zélé converti E.Besson est issu de la technocratie du parti socialiste), mais n’aurait jamais été aussi loin dans l’aberration. Le sombre ministère de l’Immigration et de l’identité nationale ne serait resté qu’une cynique stratégie de l’UMP pour charmer les électeurs frontistes.
Aurait-on vu l’immixtion de l’Exécutif dans les médias publics, l’enfermement sur la base de délit de conscience, le bourrage des prisons et de nouvelles lois sécuritaires ponctuelles pour remplacer des précédentes jamais appliquées ? Probablement pas.
Aurait-on donné l’assurance aux salariés de Gandrange de la pérennisation de leur site industriel ? Un mensonge assumé et clinique de celui qui veut survivre au prix de n’importe quelle immoralité.

Le candidat N.Sarkozy a bâti son discours sur le réarmement de la politique. Par son volontarisme affiché, il a séduit les Français. Notamment avec une fausse évidence “lepeniste” (dans sa construction), “travailler plus pour gagner plus”.
Deux ans de règne, deux ans d’annonces, deux ans de storytelling. Cela fait deux années qu’il s’agite, qu’il mouline avec son sabre en bois. Plus que deux années perdues, deux années régressives.
À court d’argument, on s’en remet à des artifices de communication et finalement, à ce que l’on peut : une prétendue incompétence de la candidate de 2007, un manque d’idées de l’opposition de gauche. Les médias complaisants relaient. L’idée fait son chemin. Dans sa grande expérience de dissonance cognitive politique, la France, deux années après les faits, se persuade qu’elle n’a pas encore fait le plus mauvais choix possible de son histoire.

* B.Hortefeux, R.Dati, M.Alliot-Marie, C.Lagarde, H.Morin, C.Albanel, F.Amarra… La brochette de “bras cassés” la plus télégénique de la cinquième république

Vogelsong – 11 mai 2009 – Port-de-Bouc


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