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Le procès à charge de l’Occident, par Loïck, de Riposte laïque

Publié le 19 mai 2009 par Roman Bernard
Cet article m'a été proposé par Loick, de Riposte laïque.
Éléments de réponse à Dieudonné et aux racistes anti-occidentaux.
La civilisation occidentale est l’objet d’un procès à charge, principalement depuis la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation, repris par des mouvements récents. Ce procès est un élément-clef de la crise morale que connaît notre civilisation.
Celle-ci refuse d’affirmer ses propres valeurs à l’ONU (comme on l’a vu lors de Durban I et II), tête haute, et même de les faire respecter dans les pays européens. En réalité, les Occidentaux d’aujourd’hui ont honte de leur civilisation, et cette culpabilité les conduit à faire profil bas, à accepter des comportements inacceptables, à ne pas être clairs sur des points non-négociables.
Ainsi, on n'ose pas dire aux citoyens européens que la laïcité est non-négociable, tout comme la liberté d’expression. On voit mille atermoiements en Europe, par exemple lors de l’affaire des caricatures de Mahomet : qu’a fait le Président Chirac, alors en exercice ? Il a attaqué les caricaturistes et Charlie Hebdo qui les avait publiées, au lieu de défendre les valeurs de la civilisation occidentale.
Dans le même registre, on accepte que des expositions « religiophobes » soient interdites par peur de troubles à l’ordre public. On donne le droit à certains de faire interdire la représentation de la pièce de Voltaire Mahomet. Sur d’autres plans, on n'ose pas dire que des phénomènes d’une sous-culture urbaine, comme le rap et les tags, sont inférieurs à la musique classique et à la peinture académique. On a peur qu’affirmer la supériorité des valeurs occidentales puisse apparaître comme du racisme. Même les Droits de l’Homme sont soumis à ce malaise, accusés d’être occidentaux, ethnocentristes, donc mauvais.
C’est ce lien entre l’Occident et « le mal absolu » qu’il faudrait interroger. Est-il bien certain que l’Occident soit une civilisation essentiellement criminelle, ou en tout cas infiniment plus que les autres civilisations ? N’est-on pas passé d’un extrême à l’autre ? Au début du XXe siècle, l’extrême était d’affirmer la supériorité tout azimut de l’Occident, et de vouloir imposer ses valeurs au monde entier.
Aujourd’hui, on affirme implicitement son infériorité, on n'ose plus jamais dire que l’on est fier d’être français ou européen, et que certaines réalisations et valeurs de l’Occident sont supérieures à celles d’autres civilisations (tout comme chacune des autres civilisations a aussi des réalisations éminentes à son actif, et parfois supérieures aux réalisations de l’Occident). Ce fait d’affirmer que certaines valeurs et réalisations du monde occidental - réalisations concernant certains points précis et circonscrits - comme supérieures semble un racisme.
Dans ce cas, au nom de quoi pourra-t-on défendre les Droits de l’Homme, la liberté d’expression, l’égalité des sexes ? Si tout se vaut, pourquoi pas la Charia plutôt que les Droits de l’Homme ? Le procès fait à l’Occident a de nombreux fondements. L’Occident a été jugé responsable de l’esclavage, de la colonisation, des deux guerres mondiales, et enfin de la Shoah. Sans oublier le désastre écologique et, en partie, la misère actuelle du Tiers-Monde.
Les critiques de l’Occident considèrent que ces drames découlent presque directement des structures mentales et des croyances de l’Occident chrétien, que ce soit le catholicisme romain (ayant produit l’Inquisition, les massacres des Indiens en Amérique du Sud, etc.), le protestantisme (génocide des Indiens, apartheid). Poursuivant une telle logique, des courants non-religieux sont à leur tour accusés. Napoléon a été considéré comme l'« ancêtre d’Hitler » ; l’esclavage est un crime supplémentaire que l’Occident a rendu possible malgré ses valeurs humanistes. Pis, les Lumières sont accusées d’avoir provoqué la colonisation en tentant d’imposer leurs valeurs supérieures, en voulant lutter contre l’obscurantisme, et éduquer le monde entier. Aujourd’hui, l’interdiction du voile à l’école et la laïcité ne seraient que des relents du même esprit colonialiste. Avec un tel palmarès, l’Occident semble difficile à défendre. Il devrait plutôt se retirer de l’histoire, voire se suicider.
La seule chose que les Occidentaux devraient faire, c’est se repentir et chercher à réparer leurs fautes passées. L’idéal de notre humanisme moderne se tient là : accueillir les « sans-papiers » pour se faire pardonner ; supporter une délinquance parfois violente de quelques « enfants et petits enfants de la colonisation » parce qu’on sait bien qu’au fond, nos arrière-grands-parents ont eu des comportements bien pires à l’égard de leurs arrière-grands-parents, et que leur ressentiment, leur haine, sont tout à fait compréhensibles... Bien sûr, découlant encore de cette culpabilité, il y a la difficulté à affirmer la supériorité de certaines valeurs occidentales et leur universalité. De telles affirmations rappelleraient l’esprit colonialiste, elles sont donc impossibles - et devraient être sanctionnées par de nouvelles lois antiracistes, si on pousse à l’extrême cette logique. Que répondre à ce procès ? Comment défendre un peu l’Occident, et, d’ailleurs, le mérite-t-il ? Pour cela, il faudrait discuter les points suivants, et montrer que :
- les Lumières ont permis de lutter contre les excès de l’Occident (abolition de l’esclavage, Droits de l’Homme) ;
- C. Delacampagne note dans son Histoire de l’esclavage des remarques qui pourraient susciter la controverse : « En plus de ses buts politiques et économiques, l’entreprise colonisatrice possèd[ait] un objectif humanitaire qu’on ne saurait réduire à un simple prétexte : la lutte contre les formes résiduelles de traite et d’esclavage [...] De fait [...] les puissances coloniales s’employ[èrent] à arrêter la traite dans les territoires qu’elles contrôl[aient], ainsi qu’à poursuivre les "négriers" qui persist[aient] à dévaster l’Afrique (tel le fameux Rabah, finalement vaincu en 1900 à Kousseri, près de l’actuelle capitale du Tchad, par trois colonnes françaises) » (p. 234, Histoire de l’esclavage, de l’Antiquité à nos jours, Le Livre de Poche, coll. Références). D’autres sources parlent du Grand Marché aux esclaves d’Alger supprimé par les colonisateurs français. Évidemment, l’entreprise coloniale est particulièrement néfaste et indigne, néanmoins de tels éléments ne doivent pas être tus même s’ils ne changent pas la condamnation sans appel et globale que mérite la colonisation.
- certains disent que le nazisme révèle l’essence profonde de l’Occident, qu’il en est l’aboutissement logique et normal. L’Occident serait alors foncièrement destructeur, sa logique perverse aboutissant au pire génocide que l’humanité ait connu. Il faut quand même se rappeler que le nazisme était un mouvement explicitement anti-occidental, puisque Hitler haïssait le christianisme, les Lumières, le libéralisme ; rendre l’Occident responsable du nazisme, et réduire la civilisation occidentale au nazisme, devenu comme son « essence », est étrange. Cela équivaut à réduire le vaste monde islamique au mouvement Jeunes-Turcs et au génocide des Arméniens.
- il y a eu des crimes contre l’Humanité dans toutes les contrées, par exemple le génocide arménien, mais aussi le génocide qu’auraient subi les Hindous lors de la conquête musulmane. Ce sujet peu connu est bien sûr controversé, il suscite un débat en Inde et a donné lieu à quelques articles en français, voir sur le site de F. Gautier un article intitulé Le révisionnisme et le négationnisme en Inde montrant que peut-être 80 millions d’Hindous auraient été massacrés directement ou victimes indirectement de leurs conquérants musulmans lors de divers crimes collectifs.
- quant à l’esclavage, il perdure encore dans quelques pays musulmans, et l’esclavagisme n’a guère été combattu en-dehors de l’Occident. Le monde musulman n’a pas connu un courant abolitionniste et anti-esclavagiste puissant, de même qu’il n’a pas non plus mis à l’honneur la lutte contre les discriminations - tout en étant plus tolérant, durant des siècles, que le monde occidental.
Alors que les terres d’Islam étaient en avance morale sur le monde occidental sur de nombreux points, aujourd’hui hélas ce n’est plus autant le cas, il suffit de voir le sort des minorités religieuses, des chrétiens notamment, dans les pays d’Islam, souvent maltraités, parfois massacrés ou obligés à l’exil. On pourrait aussi songer à la condition des Juifs, considérés comme dhimmis, c’est-à-dire « protégés » et tolérés en terre d’Islam, mais sporadiquement massacrés, exilés, et dans une situation inférieure juridiquement durant des siècles. La tolérance islamique, si elle était bien supérieure à celle des chrétiens au Moyen-Âge, n’a pas suffisamment évolué et reste bien limitée selon les standards contemporains. Ne parlons même pas du sort des homosexuels dans les pays musulmans.
Même si l’Occident a commis des crimes impardonnables, souvent pires que ceux d'autres civilisations, doit-on oublier ses meilleures réalisations ? Car c’est aussi cette civilisation qui a proposé nombre de valeurs encore valables, et qu’on peut légitimement considérer comme bénéfiques et universalisables : je songe ici à la liberté individuelle, à l’égalité des sexes, au droit de changer de religion ou d’être athée, à la liberté d’expression et de débat, à la défense des minorités religieuses et sexuelles, à la démocratie.
Ces valeurs sont supérieures aux valeurs contraires : autoritarisme, inégalité des sexes, racisme et discriminations, interdiction de changer de religion, interdiction de critiquer les religions et de « blasphémer », refus du débat et de la remise en cause. Sur ces points précis, les autres civilisations devraient, dans l'idéal, adopter les normes occidentales, simplement parce qu’elles sont plus avancées que les normes pratiquées dans des sociétés dites traditionnelles. Ces dernières sociétés sont bien sûr plus avancées que les sociétés occidentales sur d’autres plans, la solidarité inter-générationnelle par exemple, le sens du partage, etc. En tout cas, les valeurs positives du débat, du libre examen critique, ont permis à l’Occident de développer la science.
C’est parce qu’il avait acquis cette supériorité technologique qu’il a pu - en en faisant un usage souvent criminel et impérialiste - dominer le monde. Ce n’est pas parce que l’Occident est intrinsèquement « impérialiste » qu’il a dominé les autres civilisations ; toutes ou presque sont impérialistes ou se croient supérieures aux autres. L’Occident a été conquérant parce qu’il était le plus fort. D’autres civilisations, si elles avaient été plus fortes, auraient conquis l’Occident.
Ainsi on pourrait se poser des questions qui resteront sans réponse, mais donnent à réfléchir : le monde musulman, s'il avait développé une science supérieure à celle de l’Occident, n’aurait-il pas poursuivi sa conquête et soumis Rome, puis Vienne et Paris ? Ou bien, peut-on supposer que cette civilisation n’avait pas de tentation « impérialiste », et n’aurait pas cherché à conquérir les autres ?
Difficile de répondre, mais il est vraisemblable que chaque civilisation puissante tend à conquérir et s’avère alors « impérialiste ».
Il n’y a donc pas de jugement moral à avoir sur ce point, ni à accuser l’Occident d’un impérialisme exclusif, qui serait miraculeusement absent dans d’autres contrées, « innocentes » par essence. L’impérialisme européen a battu l’impérialisme des empires moyen-orientaux, certes, mais cela relève d’un rapport de forces et non d’une méchanceté spécifique, d’une appétence de conquête tout à fait particulière à l’Occident.
On peut donc dresser un bilan mitigé de l’Occident comme de toutes les autres civilisations. Mais n’attaquer que l’Occident (ou l’Europe ou les États-Unis pris séparément) comme responsable de tous les maux du monde, ne serait-ce pas une forme de racisme élargi ?
Il faut appliquer l’attitude du soupçon à tous ces procureurs et tribunaux anti-occidentaux, démasquer leur volonté de puissance, ce qui les motive et à quelles fins ils instrumentalisent cette haine anti-occidentale. Il est temps de dire haut et fort que si l’Occident a commis de nombreux crimes (c’est indéniable), d’autres civilisations - sinon toutes - ont été criminelles, esclavagistes et impérialistes. La repentance ne peut pas être à sens unique.
Loick, de Riposte laïque.
Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

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