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Noyés au fond du gobelet de café : "Et toi ? Comment tu crises ?"

Par Sandy458

Noyés au fond du gobelet de café :

 

Fichier d'origine, wikimedia commons, creative commons, public domaine, dedication

S'il y a un endroit stratégique dans l'entreprise, mis à part le restaurant Sodexo, l'emplacement aménagé dans la cour pour les fumeurs indécrottables ou le bureau du Comité d'Entreprise pour sauter sur les bons plans « loisirs », c'est bien le petit espace devant la machine à café.

Et ce n'est pas une série télévisée sous forme de sketchs qui démentira mon propos !

Hélas, trois fois hélas,  en ce moment, la machine à café est morose, je dirai même qu'elle est un tantinet dépressive...

Ça pleure à chaudes larmes dans l'expresso à 35 centimes, ça s'épanche dans le thé vaguement aromatisé au citron chimique et ça préfère finalement se jeter sur les barres chocolatées du distributeur mitoyen, au grand dam du Médecin du Travail.

(Mais,  mon bon Docteur, rien de mieux que la régression cacaotière pour survivre à la mauvaise passe actuelle... même à 1,50 euros le bonheur diabéto-cholestérolémique ! )

Vers 10h, devant la machine à café, disais-je, une petite conversation se déroule à touillette en plastique rompue entre Christian du marketing et Jean-Paul de la com' (Service communication à ne pas confondre avec le service commercial mais com' ça fait plus « in », plus « chébran », ça fait « djeun », quoi ! Mettez-vous à la page si vous voulez survivre chez Grenouille SA).

Christian est crispé, son teint blafard exprime le marasme dans lequel il erre actuellement. L'acteur Jean-Pierre Bacri passerait pour un gai luron en comparaison.

C'est simple, Christian est surnommé Droopy par ses collèges dans le meilleur des cas et Caliméro dans les périodes les plus critiques.

A l'opposé, Jean-Paul, d'un caractère heureux et optimiste,  joue la désinvolture.

Physiquement, vous croyez serrer la main du chanteur Antoine en plein tournage d'une publicité « Atoll, les opticiens » lorsque vous rencontrez notre larron.

Les mauvaises langues murmurent même qu'il passerait ses journées à surfer... sacrilège !

Regardez mieux, un palmier vient de surgir de son gobelet en plastique absolument non recyclable.

Paroles ouïes :

   « Tu sais quoi ? Je n'ai pas peur de la crise directement. Je crois que j'ai peur   de perdre mon pouvoir d'achat... ça me mine.


- Arrête, Droo... Christian. Tout ça c'est encore trop abstrait dans nos têtes. On ne sait même pas encore de quoi on a réellement peur.

 
- D'après Freud - c'est ma psy qui me l'a fait remarquer - perdre de l'argent c'est perdre un morceau de soi...

 
- Ah, ah, ah, t'es encore au stade anal?

 
- Très drôle...

 
- Je vais te donner le fond de ma pensée. Franchement, je crois que parler de la crise, c'est la faire exister. C'est le même fonctionnement que les pensées magiques de l'enfance. Tu donnes vie toi-même à ta peur, tu la matérialises. Le monstre sous le lit devient réel et si tu touches le sol avec le pied droit en te levant, il ne te dévorera pas. Pour plus d'efficacité, n'oublie pas de fermer les yeux et de tourner sept fois ta langue dans ta bouche.

 
- Je suis inquiet, on n'est pas préparé à ça. Et cette infection grippale qui rajoute une nouvelle menace...

 
- Grouik!

 
- Comment?

 
- Non rien, je suis un peu enrhumé, je ne sais pas ce que je couve depuis mon retour d'Amérique centrale, je suis un peu patraque. Tu disais?

 
- Le pire arrive, j'en suis sûr: le terrorisme, les guerres, la déchéance de notre société...

 
- Zen! Tu as surtout peur de perdre le contrôle. Il faut savoir s'adapter, accepter les événements comme une nouvelle tempête qu'on se prendrait en pleine face. Et se préparer à rebondir... c'est comme ça que l'humanité a toujours trouvé le moyen de se relever et d'avancer malgré les coups durs qui ont jalonné son histoire.

 
- Sacré Jean-Paul, tu m'épates avec ton optimisme et ta doctrine du «Ici et Maintenant».

 
- Je crois surtout que rien n'est absolu ni définitif. On ne perd jamais vraiment tout. On ne regagne jamais vraiment tout. Il faut accepter ce petit décalage entre ce qui est attendu et la réalité. Et puis, le mot «crise» signifie aussi «phase». Comme lors de la crise d'adolescence, notre société se cherche, elle avance, elle recule, elle cogite, elle déprime mais elle se forge une personnalité propre et elle s'arme pour prendre sa vie en main.

 
- Je trouve que la crise d'acné est trop sévère pour moi!

 
- Après si l'argent constitue un moyen d'être reconnu ou d'exister aux yeux des autres, la secousse ressentie est forcément rude. Tu ne trouves pas que le choc économique est surmédiatisé? Les journaux savent très bien qu'ils vendent d'autant plus qu'ils font peur. Ils agitent un nouveau fléau chaque année comme le vieux sorcier qui secoue son bâton mystique pour terroriser les faibles. D'ailleurs, étant donné la crise que traverse la presse, je me demande dans quelle mesure elle ne transmet pas son anxiété avec ses articles sur des sujets économiques au ton plus sombre qu'ils ne le mériteraient. Et sinon, ta nouvelle copine?

 
- Oh, c'est fini. Je passe trop d'heures au boulot pour avoir le temps de développer une vraie relation... je ne sais pas lever le pied.

 
- ...

 
- (long soupir).

 
- Tu veux un autre café? Il est pas mal ce petit jus issu du commerce équitable...

 
- Oui, merci, au point où j'en suis...»

Comme dirait le psychologue du travail « choisis ton camp, camarade, mais ne viens pas pleurer dans mon giron après ! ».

Pleurer sur son sort et se laisser enterrer vivant ou retrousser ses manches malgré les difficultés, quel est votre choix ? A moins que vous n'ayez une troisième voie à proposer ?

Enfin, pour nourrir notre réflexion, je vous livre des idées développées par Alain Minc qui pense que le « modèle français » permet à notre pays de traverser plus sereinement la crise que ces collègues européens.

La conjugaison de l'importance de l'épargne, le maintien de la consommation, le poids des dépenses publique, l'ampleur des effectifs « sous statut » dans notre pays et la particularité de l'Etat Providence constitueraient des « stabilisateurs automatiques » pratiques en situation de crise mais qui ralentiront quelque peu la reprise...

 
Allez, il me reste juste assez de monnaie, c'est ma tournée !

Thé, café, chocolat ?

(Merci à la revue « Psychologies » de décembre 2008 pour son article sur la crise qui m'a fait sourire et réfléchir aussi !)


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