Magazine Internet

Fluxtuat nec mergitur

Publié le 20 mai 2009 par Veroniquer

fluctuat Oui, bon, une petite variante de la locution latine "Il est battu par les flots, mais ne sombre pas", les flots étant ici le flux et l'inspiration provenant directement de cette réflexion bien intéressante de Jean-Luc Raymond: La vie en ligne et en flux.

Je vous en recommande la lecture. Il y aurait à chaque paragraphe beaucoup de choses sur lesquelles rebondir et développer. J'en retiens une pour aujourd'hui, qui est aussi la conclusion (à situer dans le contexte global du billet). Extrait :

Dans ces agglomérats organisés en flux, chaque personnalité joue d’une stratégie habile, malhabile ou d’une naïveté (socio-cognitive) pour attraper ce temps si précieusement disponible. La présence vaut acte de constance, d’installation d’un pouvoir qui occupe le terrain des mots, des échanges dans les espaces médiatiques. L’absence est aussi pouvoir sur Internet ; on l’oublie trop souvent. Occuper le terrain de l’expressivité, c’est proposer du contenu de flux, du contenu redistribuable… Le devoir de présence devient une obsession communicationnelle de notre temps ("à la demande"), bien plus que la problématisation du contenu produit… Drôle d’invariance sublimée et évaporée, un oubli...

Sur le plan de la "problématisation du contenu produit", il faudrait à l'évidence s'arrêter. Mais je vais développer dans un autre sens: je pense à "l'acte de présence" et aux échanges. Je pense aux relations qui se tissent dans ce monde dit virtuel, soumises elles aussi aux flux, à la vitesse, au "j'apparais, je disparais", à la simultanéité, réactivité, décalage, concision (sur Twitter et souvent en commentaires).

On a beau dire que ces échanges se font au détriment de la vie "réelle", je n'en suis pas si sûre. D'abord, parce que là aussi - encore une fois - il s'agit d'une question d'investissement: à vous de penser à votre voisin de palier - et pas pour détester le bruit qu'il fait tous les matins! -, où à la vieille dame qui habite au-dessus, ou tout simplement à vos amis et cercle de connaissances "hors" Web.

A vous de vous poser des questions si tous les membres de la famille sont sur leur ordinateur en même temps (si tant est qu'il y aient plusieurs ordinateurs chez vous!). Affaire de mesure, sans doute.

Ensuite, parce que ces échanges via l'outil Internet sont d'une grande richesse: cognitive (si l'on veut bien chercher un peu), mais pas uniquement. Pourquoi? Tout simplement parce qu'il s'agit de personnes qui sont derrières leurs écrans!!

Quand vous répondez à quelqu'un sur Twitter, vous ne "retwittez" pas (il y aurait un mot à inventer là!) pour faire "acte de présence" (enfin, j'espère!) mais parce que cette personne a délivré une ressource (et parfois, une information), ou un sentiment, un état d'esprit qui vous a plu, vous a intéressé, vous a fait rire, vous a touché...

Lorsque vous prenez la peine de laisser un commentaire, même bref, vous vous adressez à quelqu'un (avec son état d'esprit, ses sentiments, son ressenti, etc).

Lorsque vous êtes agressif ou réactif (j'en croise), ému, encourageant, accompagnant, trop bavard, trop silencieux, vous vous adressez aussi à quelqu'un. Ce sont des relations interpersonnelles. Et une grande partie en est exposée - et archivée par des machines, des flux, des canaux, conçus ou appartenant à des entreprises, in fine, elle-mêmes composées de personnes.

Lorsque vous insérez un lien dans un billet (sauf complément d'information, et encore), vous pointez, vous soulignez, vous indiquez, vous remerciez, quelqu'un (à ce que je sache, les robots ne publient pas encore, enfin, quoique...).

Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, je pense souvent le matin à ceux que je lis un peu plus que les autres, ou dont j'essaie de suivre l'activité. Je n'utilise aucun flux RSS (justement) pour eux. Eh! oui. Ça peut paraître "vieillot", mais je fais cela volontairement. Pourquoi? D'abord, parce que je ne tiens pas à multiplier à l'infini des "followers" ou des lectures que je n'aurais plus le temps de faire (déjà là...) et surtout, pour m'obliger à penser à eux.

Si je n'ai pas "vu/lu" quelqu'un depuis un moment, je me dis "Tiens, mais où est untel, où en est son activité, que fait-il?" et je vais le chercher. Occasion aussi de lui dire quelque chose à ce moment là, si ça s'y prête (parce que dire tous les jours quelque chose à quelqu'un avec grande attention ça s'appelle vivre en couple par exemple, ou travailler avec lui !!).

Alors, bien sûr, je "loupe" surement des choses (mais, pour ce qui est de l'information, ce sont pour moi d'autres créneaux), et même des évènements importants pour ces personnes, mais je préfère conserver - essayer de conserver - l'attention, y compris avec ses oublis et ses retrouvailles.

J'admire ceux qui - de part leur métier - sont obligés d'être omniprésents sur le Web et savent le faire (ils sont peu nombreux, mais il y en a) en préservant cette attention. Les sur-sollicités qui ne prennent pas "la grosse tête", restent aimables, attentifs et conservent les échanges, voir, prennent le temps de vous aider, de vous répondre, de vous orienter.

Hommage et réflexion matinale pour marquer un petit temps d'arrêt dans le grand flux, et souligner - pour ceux qui en sont moins familiers - que Internet peut être aussi un facteur de lien social.

Il pourrait l'être également de façon formidable pour les personnes âgées par exemple, ou ceux qui sont obligés de rester chez eux pour raison de santé. J'ai lu récemment que les initiatives visant à encourager ces démarches devraient être renforcées et mieux accompagnées. Tant mieux. C'est un secteur dans lequel je travaillerais bien: celui qui vise à favoriser l'accès au numérique au plus grand nombre en accompagnant cet accès.

Crédit Illustration Déco d'Oeil - peintre/décorateur.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Veroniquer 247 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog

Magazines