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La lutte des réseaux d'influence: les "Inglorious Basterds" de la blogosphère

Publié le 24 mai 2009 par Juan

Ce n'est pas nouveau : les Français, comme bien d'autres, fantasment sur le poids des réseaux. Et en France, peut-être plus qu'ailleurs, ces derniers ont une place particulière. Depuis son élection à la Présidence de la République, la sphère d'influence de Nicolas Sarkozy s'est considérablement agrandie. Politiquement, médiatiquement, économiquement. Mais la résistance s'est également affirmée. Les réseaux d'influence sont divers. Et les mouchards présidentiels n'y changeront rien. "La bande du Fouquet's Maire de Neuilly et avocat d'affaires, Sarkozy a tissé de solides relations avec une partie de l'élite défiscalisée du pays. Depuis son élection, il a encouragé le pantouflage de ses proches conseillers. Leur nomination a été largement commentée. Nominations par ci, promotion par là. Sarkozy récompense et renvoit les ascenseurs avec les moyens du bord, qui sont immenses. Personne ne semble à l'abri. Dernière "capture", le sego-sceptique Philippe Val, ex-patron de Charlie Hebdo. Côté médias, trois gardiens de la Doxa sarkozyenne bien placés complètent le dispositif: Alexandre Bompard à la radio (Europe 1), Etienne Mougeotte dans la presse (Le Figaro) et Laurent Solly à la Télévision (TF1). La faille ? Internet. Sur le Web 2.0, la monarchie sarkozyenne se ridiculise et ne perce pas. Ses sites rénovés sont techniquement au point, chaque ministre important a sa web-tv. Le président est constamment filmé, jusque dans les coulisses de l'Elysée par les webcam de "Femme Actuelle." L'Armée de l'Ombre Politiquement, l'opposition à Nicolas Sarkozy est majoritaire dans le pays. Tous les sondages, y compris pour les prochaines élections européennes, et tous les scrutins nationaux ou locaux sont défavorables au pouvoir en place.  Mais politiquement, l'opposition reste éparpillée, divisée et construit (trop) lentement sa crédibilité. Médiatiquement, les ilôts de résistance sont rares mais solides: un quarteron de magazines et journaux (Marianne, l'Humanité, Politis, Alter-Eco, ou Le Monde Diplo), de rares espaces de liberté en radio (France Inter avec sa la tranche du 7-10, ou Daniel Mermet), ou en télévision (je vous laisse chercher). Sur le Web, la blogosphère d'opposition a pris le relais. Les blogueurs "influents" sont majoritairement des opposants sans concession à Nicolas Sarkozy: Partageons mon avis, Sarkofrance, Marc Vasseur, Intox2007, Bah !?, Olympe, Hypos, Le coucou de Claviers, Les privilégiés parlent aux Français, Femmes engagées, Peuples.net, ou Trublyonne; Résistance Inventerre, Torreador, La Pire Racaille, Little Brother, Slovar, Donatien, donjipez, Torapamavoa, Antoine Besnehard,  Crise dans les médias, Gauche de combat, La Rage au Ventre, Le Rocrocodile kinépeuthe, Lyonnitude(s), Monputeaux.com, Olivier Bonnet, Ruminances, Sarkobasta, Sarkostique, Sauce, Vogelsong, Watching Sarko, cpolitic, Cratyle.net, De Tout et De Rien, Irène Delse, Lait d'Beu, Le blog d'Hypos, MIP,  Mrs Clooney, ou Victoire au poing; et même d'autres blogueurs plutôt classés à droite tel Autheuil, ou Hérésie restent indépendants. J'en oublie, qu'ils m'excusent. Sur le Web, l'action du Président est réelle, mais inefficace. Chaque nouvelle Web-Tv est raillée, chaque video postée par le Président ou ses proches est découpée, analysée, buzzée sur le Net; chaque gaffe présidentielle ou ministérielle circule de site en forums. Le Web 2.0 pour la présidence est un cauchemar en puissance. Il permet à tout un chacun d'entendre, d'écouter, de voir Nicolas Sarkozy sans le filtre d'un média autocensuré ou contrôlé.  Voilà tout le paradoxe. Nicolas Sarkozy se débrouille plutôt bien pour éviter les questions qui fâchent chez les médias traditionnels. Mais il ne maîtrise rien sur la Toile. D'où la loi LOPPSI 2... Il cherche à éviter que l'on filme et reporte les manifestations, les huées, les centre-villes vidées par des centaines de CRS sur son passage, mais il y a toujours une caméra qui traîne. L'Elysée aimerait montrer son président proche du terrain, on retient ses gaffes, ses mimiques.
Les médias traditionnels ont une longueur historique d'avance. Le JT de TF1 est regardé par 10 millions de fidèles qui ne cherchent pas autre chose que l'info prémachée. Les blogs citoyens, de gauche, du centre ou de droite, ont tout intérêt à devenir des "Inglorious Basterds", à l'image du groupe de soldats, majoritairement juifs, "chasseurs de nazis", brillament mis en scène par Quentin Tarantino dans son dernier Opus. Contre la brutalité, ici médiatique, d'un pouvoir sans contrôle, il faut sans doute être brutal et sans concession. Les blogueurs, influents ou pas, sont nombreux. Ils relayent leur incompréhension d'une pourriture monarchique qui gangrène la République. Faudra-t-il quitter le pays, se mettre à l'ombre, revenir quand il sera trop tard ? La Sarkoripoublique place ses proches, détruit nos libertés, casse nos protections, précarise le plus grand nombre, manipule l'information, s'achètent les opposants.
Chez Tarentino, les Inglorious Basterds gravent des croix gammées sur les Nazis qu'ils épargnent, et fracassent à coup de batte de baseball les autres. Ils collectionnent les scalps. Et l'on jubile, avec sans doute un peu de mauvaise conscience, à cette loi du Talion des faibles. Les raccourcis historiques sont toujours dangereux. La France de 2009 n'est évidemment pas l'Allemagne de 1941. Mais il faut sans cesse réfléchir aux compromissions qu'on ne peut plus faire. Les tentations "objectivistes" d'un Lang ou d'un Valls n'ont aucun avenir. L'espace médiatique et politique ne permet plus de débattre sereinement des options. Il contraint au clivage.
"A la Libération, tu seras tondu", ai-je l'habitude de répéter à certains.
Désolé, billet violent.
Mais la réalité est violente, n'est-ce pas ?


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