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La polémique sur Julien Coupat...

Publié le 25 mai 2009 par Edgar @edgarpoe

Lu l'interview de Julien Coupat dans le Monde. Ma première réaction a été de penser que le Coupat était plus libre en prison que bien des débiteurs de sornettes qui ressassent des discours pré-mâchés.

Je précise tout d'abord que je ne suis pas plus que ça fan des options de vie de Coupat et de sa bande de fermiers (je suis plutôt urbain et inséré dans la société de consommation). Il reste que, s'ils sont innocents, il y aura intérêt à ce qu'il y ait des démissions en haut lieu. Les charges qui pèsent sur Coupat (cf. cet article antérieur du Monde) sont bien minces pour le moment et le traitement reçu par lui et sa bande (dont on précise assez peu souvent que, mis sous contrôle judiciaire, ils ne peuvent pas se voir, ce qui, pour des occupants de la même ferme, doit entraîner des problèmes concrets étonnants) diffère assez singulièrement de celui des fraudeurs financiers dont le Monde nous apprend également qu'ils sont de moins en moins poursuivis

En relisant l'article je trouve certains traits lourdingues. Ne voir, comme il le fait, dans le gaullisme d'après-guerre qu'une droite qui aurait renoncé au fascisme est un poil simplificateur.

L'idée en revanche que face à une expression politique et syndicale totalement fonctionnarisée (endormie derrière l'idée que l'Europe sera la solution à tous nos problèmes), l'initiative est dans la rue, n'est qu'un constat que font nombre d'éditorialistes "bourgeois" s'interrogeant sur la possiblité d'explosions sociales.

Ses propos sur l'utilisation politique de la notion de terrorisme sont d'une grande banalité et, en même temps, d'une grande actualité, à l'heure où partout la législation voudrait prévoir des restrictions des libertés de tous au nom d'une lutte contre d'invisibles terroristes (je reprends ce passage tiré de ma lecture du Royaume enchanté de Tony Blair : "Une loi supposée antiterroriste (le serious organized crime & police act), votée en 2005, a eu comme première application la condamnation d'une jeune cuisinère de 25 ans, reconnue coupable d'avoir lu à voix haute, dans la rue, une liste de soldats britanniques morts en Irak.")

De là à conclure, comme il le fait, à partir d'une situation noire et inquiétante, que la justice est, de part en part, pourrie (la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même), il y a une limite que je ne franchirai pas. La formule est belle mais elle décrit sans doute mieux la justice cauchemardée par Kafka que la justice réelle.

Quand il s'interroge sur la révolte, il prend des accents quasi-camusiens : "La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise."

Ma sensibilité n'est pas celle de Coupat et je n'appellerais par exemple pas la présidentielle de 2007 un "plébiscite aux apparences démocratiques".

Bref, j'ai de très nombreuses divergences d'appréciation avec les propos de Coupat, mais je ne peux m'empêcher de reconnaître qu'il souligne des points importants de la politique actuelle. Et que s'il est en prison uniquement parce qu'il a été estimé, en haut lieu, qu'il y avait un potentiel de dérive terroriste dans une ferme de Corréze pourtant filmée en permanence par les caméras de surveillance de la police, il y a dans ce pays un gros problème de libertés publiques...

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On ne s'étonnera pas que Maître Eolas ne voie aucun problème de libertés publiques dans cette affaire, il croit que l'Union européenne est un truc sympa et démocratique...

La polémique sur Julien Coupat...

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En tout cas le moins qu'on puisse dire c'est que l'article ressuscite des clivages politiques et anime le débat. Lire par exemple "le blabla hystérique de Julien Coupat". (j'ai un peu commenté en fin de billet).


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