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OTAN : Discours du Secrétaire Général Jaap de Hoop Scheffer au Nato Defense College de Rome (28 mai)

Publié le 05 juin 2009 par Theatrum Belli @TheatrumBelli

Commandant,

Excellences,

Chers officiers,

Mesdames, Messieurs,

Depuis hier, j'effectue ce qui, dans la pratique, constitue ma visite d'adieu à l'Italie en tant que secrétaire général de l'OTAN. Je suis très heureux que nous ayons pu inclure dans mon programme un bref arrêt au Collège de défense de l'OTAN, ce qui me donne l'occasion d'adresser mes sincères remerciements au Collège et à son personnel.

Dès sa création, en 1951, le Collège de défense de l'OTAN a été le principal établissement d'enseignement de l'Organisation. Le rôle du Collège a considérablement évolué ces dernières années, parallèlement à celui de l'OTAN elle‑même. Et tandis que l'Alliance continue de rechercher de nouvelles approches face aux défis d'aujourd'hui et de demain, je suis convaincu que le Collège a un rôle important à jouer à l'appui de ces efforts.

Cela concerne en particulier l'élaboration d'un nouveau concept stratégique pour l'OTAN, processus lancé le mois dernier par nos chefs d'État et de gouvernement au sommet du 60e anniversaire de l'Alliance. Et c'est sur ce défi - définir le rôle et les responsabilités de l'OTAN à plus long terme, dans un environnement stratégique qui évolue rapidement - que porteront principalement mes observations d'aujourd'hui.


Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles nous avons besoin d'un nouveau concept stratégique. La première est que le concept actuel a été approuvé en 1999, lorsque l'Alliance comptait 16 pays membres, alors qu'elle en compte désormais 28. De nombreux aspects du concept actuel restent bien entendu pertinents.  Mais ce concept ne tient pas compte d'événements politiques et de sécurité majeurs survenus au début du 21e siècle, tels que le 11 septembre et l'engagement de l'OTAN en Afghanistan.  En conséquence, le concept actuel ne reflète pas l'immense transformation subie par l'Alliance, qui est passée d'une Alliance « eurocentrique » à une Alliance traitant de questions de sécurité qui dépassent largement les frontières de l'Europe.

La deuxième raison d'élaborer un nouveau concept stratégique est le besoin de faire comprendre à un plus large public ce que représente cette OTAN en transformation. Beaucoup ne comprennent pas bien les changements immenses que l'OTAN a connus depuis la fin de la guerre froide, ou n'en sont tout simplement pas conscients. Un nouveau document de base actualisé permettrait d'expliquer plus facilement ce qu'est l'Alliance et de renforcer le soutien du public, essentiel à la poursuite de son succès. Et j'ajouterai que cela n'intéressera pas uniquement l'opinion publique dans les pays alliés. Étant donné que les intérêts stratégiques de l'OTAN coïncident avec ceux d'un nombre de plus en plus grand de pays non membres de l'Alliance, je ne doute pas qu'un nouveau concept stratégique ferait l'objet d'un examen attentif dans ces pays‑là également.

La troisième raison, très importante, est que nous avons besoin d'un nouveau concept stratégique à des fins conceptuelles.  Les exigences vis‑à‑vis de l'OTAN sont aujourd'hui plus grandes que jamais. Une vision claire du rôle et des tâches fondamentales de l'Alliance, mais aussi de ses limites, doit donc être définie d'urgence. Il ne sera pas facile de parvenir à une telle perception commune. Cela nécessitera un débat de fond, long et, sans aucun doute, parfois difficile, entre les Alliés.  Mais nous devons nous soumettre à cet exercice, de manière à pouvoir prendre les décisions politiques nécessaires pour définir des priorités entre les nombreuses exigences qui sont posées - et qui continueront sans aucun doute d'être posées ‑ à notre Alliance, et pour identifier les ressources nécessaires en vue d'y répondre.

Telles sont les raisons pour lesquelles il nous faut établir un nouveau concept stratégique. Voyons à présent quel devrait être le contenu de ce document. Pour que le nouveau concept stratégique présente un véritable intérêt, il faut pour moi que les sept points clés que je vais exposer y soient traités.

Premièrement, le nouveau concept stratégique doit décrire clairement le nouvel environnement stratégique, y compris toutes les nouvelles tendances qui s'y rapportent, et offrir ainsi une base solide pour les réflexions qui devraient suivre. Cette description devrait donc porter non seulement sur le terrorisme, les États faillis et la prolifération des armes de destruction massive, mais aussi sur les incidences des cyberattaques en matière de sécurité, les interdépendances dans le domaine énergétique, la piraterie et les changements climatiques. En effet, il s'agit d'autant d'éléments du contexte volatile d'« insécurité globalisée » dans lequel l'OTAN doit trouver sa place et définir son rôle.

Deuxièmement, le nouveau concept stratégique doit définir clairement la notion de défense collective dans ce nouvel environnement de sécurité. Les défis du 21e siècle tels que les cyberattaques et les interruptions des approvisionnements énergétiques peuvent déstabiliser profondément un pays, sans recours aux armes. Ces défis n'appellent pas nécessairement des réponses militaires, ils exigent toutefois des réponses collectives de la part de tous les Alliés. Il me paraît donc essentiel de renforcer le concept de solidarité entre Alliés dans cet environnement de sécurité qui évolue rapidement, y compris dans un nouveau concept stratégique, et de donner à tous nos pays membres l'assurance qu'ils ne devront pas faire face seuls à ces défis.

Troisièmement, la transformation militaire. La défense territoriale collective restera bien sûr le principe tout à fait fondamental sur lequel repose l'Alliance. Mais aujourd'hui, la nécessité de déployer des forces vers des zones de crise éloignées, souvent à bref délai, est aussi importante que la nécessité de disposer des forces capables de défendre les frontières nationales. C'est pour cette raison que nous avons besoin de forces et de moyens capables de mener toute la gamme des opérations militaires, depuis le maintien de la paix jusqu'aux opérations de combat. Le nouveau concept stratégique devra poser cette exigence de manière parfaitement claire, mais il devra aussi indiquer comment il faudra y répondre. Et permettez-moi d'ajouter qu'avec la crise financière actuelle, le partage des charges et la répartition des coûts entre pays alliés pour que nous puissions atteindre nos objectifs en matière de transformation n'en seront que plus importants encore.

Quatrièmement, le nouveau concept stratégique doit mettre l'accent sur la notion d'«approche globale» et exposer l'engagement et la contribution de l'OTAN à l'égard de celle-ci. Notre expérience en Afghanistan montre clairement que les défis de sécurité d'aujourd'hui exigent l'application cohérente de mesures politiques, militaires, économiques ou autres, ainsi qu'un nouveau degré de coopération entre institutions internationales. La signature d'une déclaration commune OTAN-ONU l'année dernière constitue un grand pas en avant. Je suis également satisfait que nous ayons pu resserrer les liens avec l'OSCE et l'Union africaine, et entamer des discussions de travail avec la Ligue Arabe. À mon grand regret, des progrès moindres ont été accomplis dans l'établissement d'un partenariat OTAN-UE plus approfondi, et j'espère sincèrement qu'il sera possible de réaliser prochainement des avancées dans cette direction. Il faudra que cette question soit examinée sérieusement dans notre nouveau concept stratégique.


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