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Délit d’appartenance

Publié le 06 juin 2009 par Alain Hubler

Une de 24 heures - 5 juin 2009Il suffit qu’une Ferrari rutilante soit garée devant un palace lausannois pour que n’importe quel passant jette un œil admiratif et envieux : son conducteur ou sa conductrice a réussi, il le montre et les gens le regardent.

La même voiture garée dans un camp de Gitans à Rennaz suscite suffisamment d’interrogations et de méfiance pour que la police et le quotidien 24 heures s’y intéressent. Les premiers vérifient les papiers des véhicules et les seconds en font leur une !

Et pourtant, il n’y a rien à voir, rien à dire, rien à faire, juste à … circuler ! Les véhicules sont en règle. Pas de quoi sortir le carnet à contredanses ou les menottes. Pas de quoi écrire un article.

Pourtant 24 heures l’a fait.

Il faut dire que les Gitans, les gens du voyage, les Rroms sont largement victimes des stéréotypes et ont des rôles bien définis dans l’écosystème humain : vivre chichement dans des roulottes, dans la saleté et les ordures et avoir pour seule activité en dehors de leurs petits commerces habituels – qui, bien entendu, ne sont que couvertures – le vol !

Le jeune qui s’adresse au journaliste ne s’y trompe pas. Quand ce dernier lui demande comment ils font pour s’offrir de si belles voitures, il répond : « Mais on vole, Monsieur ! »

Les décennies passent, les clichés restent et 24 heures en fait ses choux gras. C’est décevant.

C’est d’autant plus décevant que les Gitans concernés par cet article précisent qu’ils n’ont rien à voir avec ceux qui viennent de Roumanie, car eux ne lisent pas dans les lignes de la main et sont français. Ainsi, même chez les gens du voyage, il y a des castes, il y a des classes : les bonnes et les mauvaises, les gentils et les méchants. Pas très encourageant tous ces poncifs qui transcendent les peuples.

Ce que l’on retiendra quand même de l’article, c’est que les Gitans sont des gens comme les autres : ils s’adonnent au commerce et ils investissent dans des voitures de luxe pour les revendre ensuite en profitant de l’impatience de ceux qui veulent s’offrir un véhicule de prestige et ne supportent pas les délais de livraison et en faisant, en conséquence, un petit bénéfice au passage.

Un autre point positif de ce non-article est d’avoir été l’occasion de donner la parole à May Bittel, pasteur et porte-parole des Gitans suisses, qui aura eu l’occasion de préciser une ou deux choses qui, hélas, ne calmeront pas les fantasmes de ceux qui ne veulent rien connaître du monde des gens du voyage.

Pour beaucoup, rouler en Ferrari est un signe de réussite sociale, sauf si le conducteur est un Gitan qui est alors un délinquant. C’est pourquoi on ne lira jamais en une de 24 heures « Les mystérieuses Ferrari des clients du Beau-Rivage Palace ».

Dernier détail qui en dit peut-être long, dans l’article, les Gitans n’ont pas eu droit à une majuscule comme toute population ou peuple que l’on respecte.


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