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Sécurité ferroviaire en danger

Publié le 21 juin 2009 par Poussemanette


Ce conducteur est moniteur. Cette conductrice est monitrice. Appelons-le (la) d'un prénom épicène : Claude.
Claude, donc, est appelé à signer un dépassement de TIV. Un gros dépassement de 6 km/h. Ce jour-là, il avait en charge un stagiaire. Il se rappelle parfaitement ce dépassement qui s'est produit dans une ligne droite en descente car il est intervenu auprès du stagiaire et l'a marqué sur le bulletin de conduite. C'est son rôle, de prévenir ou d'intervenir. Les "bêtises" des stagiaires étant aussi source d'apprentissage, pourvu que le moniteur veille au grain.
N'ayant jamais eu de TIV stagiaire à signer depuis dix ou quinze ans qu'il est moniteur, il tombe des nues, forcément; il pense à une méprise. Il défend sa position auprès du cadre transport et du cadre terminus; il explique que les moniteurs vont se décourager, ne plus apprendre à leurs élèves à maîtriser un train, à maîtriser la conduite et seuls resteront en lice les moniteurs appâtés par les primes ou la promotion maîtrise protocole. En deux mots comme en cent, les moniteurs qui n'en auront rien à faire du stagiaire, qu'il se débrouille une fois seul sur son train. Et s'il est source de danger, ce ne sera pas leur problème, n'est-ce pas? Le problème viendra forcément du stagiaire qui est trop quiche. Qu'il existe de tels moniteurs et qu'ils deviendront de plus en plus nombreux est un sujet tabou. Claude le sait mais il en parle tout de même, ayant foi en la perspicacité de gens issus de grandes écoles et habitués à une gymnastique intellectuelle qui leur fera compendre un problème dans son ensemble sous l'éclairage de plusieurs points de vue.
C'est peine perdue. Aux arguments de Claude sont opposés les termes d'une une charte vague et générale qui peut être interprétée selon qu'on veut sanctionner ou responsabiliser. Les cadres choisissent la sanction et Claude signe en pensant à la commission de classement qui ne fait pas la différence, il signe et assume, le coeur gros, malgré la promesse d'une évolution du monitorat garantissant une formation pédagogique. Claude ne voit pas bien ce qu'une formation pédagogique apportera au savoir-faire professionnel d'un moniteur dans le cas d'une erreur du stagiaire si ce n'est d'éviter à tout prix l'erreur et donc ne pas leur apprendre les pièges de la conduite.
Claude pense aux stagiaires, ses futurs collègues, qui se feront avoir et n'apprendront le métier qu'à force d'erreurs sanctionnées, au mieux, ou prendront la porte de n'avoir pas eu de formation de qualité, au pire. Il croise les doigts pour qu'un de ces stagiaire ne soit pas source d'accident ferroviaire.


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