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Un discours, un emprunt, et au dodo

Publié le 22 juin 2009 par H16

Dans quelques minutes, le président va parler. Moyennant un modeste investissement - rassurez-vous, il est certainement inférieur à 400.000€, non ? - l'Elysée va donc distribuer sa parole directement aux parlementaires à Versailles, Guaino va distiller ses profondes réflexions à la France en attente d'une direction. Le moment est grave, voire solennel.

Le discours n'a pas encore eu lieu et toute spéculation sur son contenu sera donc vaine. On ne peut en effet pas deviner quelle formule choc, quelle rupture tranquille nous ont réservé les petits scribouilleurs qui travaillent en coulisse du patron élyséen. On peut cependant flairer les grands sujets qui seront abordés, actualité palpitante dont le président s'empressera de délimiter le contour :

«Mon rôle de président, c’est d’essayer de mettre les réponses dans un contexte général, d’essayer d’expliquer les tendances lourdes et non pas de réagir à l’émotion du moment»

Pas d'émotion du moment, alors, hein, attention ! On va faire dans le général, dans les tendances lourdes (voire pâteuses, peut-être). On n'évoquera donc pas (?), par exemple, l'épineuse question de la burqa pour laquelle les ministres se sont déjà passablement exprimés. Morano a ainsi décrété que ce vêtement portait atteinte à la dignité de la femme, a contrario probablement du string qui, en revanche, la rend plus appétissante. Comme quoi, le féminisme se niche dans des endroits insoupçonnés [1].
Et voilà donc Nicolas à Versailles, qui prend la parole devant tous les parlementaires. Tous ?
Presque. Il n'y aura pas les Verts et les Rouges, qui, dans un ensemble synchronisé du plus bel effet, ont décidé de critiquer le président, son futur discours, les orientations, impulsions et autres directions qu'il donnera sans l'avoir entendu.
Et les Roses seront présents, mais simplement pour toucher les jetons de présence marquer leur existence. Le PS n'a en effet plus trop le choix de passer inaperçu ; le risque d'une dissolution complète, totale, incolore et insonore n'est pas à écarter et pour lutter contre une si triste échéance, rien de tel qu'un petit journaliste, une petite caméra et quelques petits papiers dans de petits journaux pour pouvoir dire, la voix chevrotante, "J'y étais".
Bilan : notre frétillant président va donc parler devant les élus de sa majorité, qui sont, on peut l'imaginer, tout acquis à sa cause. Ou, au moins, qui auront l'entregent politique de fermer leur bouche pendant son discours ce qui évitera des bruits de ronflements. Le reste de la représentation n'étant pas là ou placé en mode Rétention d'Intelligence, il n'y aura donc, en gros, qu'un silence compassé aux gesticulations oratoires du chef de l'exécutif.
Comme discours devant la Nation toute entière, on a vu plus crédible.
Et si l'on met un mouchoir pudique sur les niaiseries convenues du commentaire d'actualité auquel il va en partie se livrer - même s'il s'en défend comme un beau diable -, il restera essentiellement une question vraiment prégnante : la criiiiise, bien sûr.
Or, c'est justement sur ce sujet qu'il y aurait tant à dire et qu'on n'entendra pas, à coup sûr, de choses vraiment pertinentes de la part de Guaino Sarkozy. Pourtant, un petit ministre s'agite et prévient, dans son petit coin, que les finances publiques sont en train de partir en sucette. Ou plutôt, si elles partaient en schweppes il y a déjà quelques mois de cela, elles sont maintenant en trajectoire extra-solaire à l'heure qu'il est. La France, selon les petits calculs de Woerth, devrait voyager dans les confins intersidérants du 7.5% du PIB de déficits publics, soit 140 miyards. Pour rappel, en mars, on frisait les 100 milliards aux petits fers, et le "collectif budgétaire" tablait sur une récession croissance négative de 1.5% ; se la faire collectif, dans ce cadre, aura donc consisté à ventiler l'argent du contribuable par les fenêtres, les vitraux, les écluses, les portes et les soupiraux.
Pour mesurer la puissance de la soufflerie budgétaire qui aura permis de répartir du billet de 100€ comme le lisier sur un champ fraîchement labouré, rien de tel qu'un retour aux fondamentaux : 140 milliards d'euros, ça fait du 919 milliards de Francs (sans tenir compte de l'inflation, hein). En monnaie franchouille, nous aussi, on fait dans le trillion, les enfants, comme les ricains ! Trop fort.
Un discours, un emprunt, et au dodo
Des sous ! Vite !
Mais ce qu'il y a de fort probable, en tout cas, c'est que Nicolas devra aborder la question du Kicékivapayétouça. On peut se demander comment il louvoiera pour éviter, en substance, de dire qu'il va falloir cracher au bassinet, mais il va devenir très très compliqué de cacher l'éléphant dans le living-room.
Car en effet, même si l'idée flotte depuis un moment déjà, elle semble, au vu de la conjoncture, se cristalliser de plus en plus. L'article rappelle fort à propos la situation de 1993 qui avait vu un déficit de 110 milliards ... de Francs. Serait-ce à dire que l'inflation aura été de 12.5% par an pendant 16 ans ?
Quant à sa conclusion, je vous la livre ici : En réalité, l'avantage d'un grand emprunt est autant politique qu'économique. Il permet de souder les Français derrière le gouvernement.
Je suppose que fournir des chaussures en béton aux Français, les solidariser dans le ciment et envoyer tout le monde par le fond, c'est une nouvelle façon de les mettre derrière le gouvernement.
Ce pays est foutu.


Voir sur le même sujet et chez les Kiwis, Frednetik.

Notes

[1] D'ailleurs, moi, je suis pour une obligation du port du string visible. Éventuellement sur la tête.


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