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Contes de l'ordi sacré : la mobylette maudite 6

Publié le 22 juin 2009 par Porky

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EPISODE 6 : Où l'Apocalypse, à côté de ce qui se passe dans cet épisode, c'est vraiment du gâteau...

 « Alors, grosse andouille, on va où ? » interrogea Gudule après quelques mètres d'une course assez zigzagante. Le Servile Séide, vert de peur, essaya d'ouvrir le plan-guide de Marseille et faillit, à cause d'une manœuvre un peu violente de la conductrice, le laisser choir dans la rue. « Qu'est-ce qu'ils foutent tout dehors à cette heure ? grogna Gudule qui avait abaissé sur ses yeux ses grosses lunettes de pilote de rallye. Ils ont intérêt à nous laisser la chaussée ! Attends, je vais t'en viander quelques uns, ça va faire de la place ! Vivent le veuvage et l'infanticide ! » Et pendant que le Servile Séide se tenait d'une main au guidon et de l'autre essayait de trouver la bonne page, la mobylette maudite se mettait en devoir de faire le ménage dans le quartier du Panier.

« Tirez-vous, bandes de cons ! hurlait Gudule. Ca va saigner ! » Des enfants se mirent à piailler : « La mobylette folle ! Elle est revenue ! » Gudule fit voler en éclats la devanture d'une épicerie, écrasa les oranges et les bananes, flanqua une crise cardiaque au propriétaire et s'en fut, une grosse pomme férocement plantée dans ses canines. « Alors, on passe où ? » dit-elle en levant haut une jambe et en giflant le Séide de son pied droit. « Là, là, bégaya le malheureux. Tourne à droite, ma douce amie » et Gudule, qui n'était pas latéralisée, tourna à gauche. Un escalier. Le Servile Séide hurla de peur, puis de douleur, tandis que Gudule l'insultait. « Tu m'as dit à gauche, sale cloporte ! » tempêtait-elle et la mobylette hurlante dévalait à une vitesse de plus en plus élevée la pente. « J'ai dit à droite, râla le Servile Séide. Ouille, ouille, ouille, mes couilles ! » « Tu vas voir ce que je vais en faire, de tes misérables machins, gronda Gudule. Des pommes de terre sautées, oui ! »

La même boucherie que celle précédemment visitée par la mobylette lors de son passage matinal ouvrait grand ses portes ; adonc, Gudule, qui prenait ses habitudes, entra en trombe, ramassa à nouveau la vieille radoteuse, eut le temps d'entendre « té, rev'là la folle à la mobylette » puis « ééééé ! Madame Labouse est partie sans payer ! » et ressortit une fois de plus par la porte de service. Le bolide pétaradant se dirigeait droit vers le port. Le Servile Séide n'arrivait même plus à faire ses prières car il se voyait déjà expédié dans la Belle Bleue. « Ma douce, ma mie, tourne à gauche », supplia-t-il et pour une fois, il fut obéi. Le virage fut si acrobatique que la vieille, qui se tenait mal, fut expédiée en trois mouvements dans une laverie et termina sa journée dans le lave-linge.

La traversée du Vieux Port posa peu de problèmes. L'engin fumant et crissant ne renversa que quatre piétons, écrasa une poussette -vide-, éjecta un fauteuil roulant sur le pont d'un petit bateau, précipita un quarteron de vieilles Marseillaises dans la mer et l'on atteignit enfin la Canebière. Là, les choses ses gâtèrent nettement.

On circulait beaucoup, sur la canebière, automobiles comme piétons. Voitures, voitures, bus, camions, camionnettes, motos, promeneurs, promeneuses, glandus, pétasses, cagoles, et policiers. Les yeux de Gudule s'exorbitèrent. « Des flics ! Je vais me les payer, depuis le temps que j'attends ça ! » hurla-t-elle en s'engouffrant sur l'avenue la plus connue du monde méditerranéen. « Non ! cria le Servile Séide qui avait largement dépassé le stade de l'épouvante. C'est sens interdit ! » « M'en fous ! riposta Gudule. Accroche ton lard à tes os, on va leur fondre dessus ! » Et elle se pencha sur le guidon, ne distinguant que très vaguement ce qui se passait devant elle. « Décris-moi les obstacles, gros inutile ! » ordonna-t-elle. « Attention, feu rouge devant, voitures à droite, zigzague ! »

Gudule zigzagua. Elle se montra même si adroite et si compétente dans le zigzag qu'elle fit faire un saut périlleux arrière à deux poufiasses qui traversaient la Canebière, le portable à l'oreille, lequel se retrouva, comme par magie, dans leur bouche. Les « vroum, vroum, vroum », les plus extravagants, les plus malsonnants, les plus infâmes résonnaient sur la Canebière comme les trompettes de l'Apocalypse. La rumeur se répandit comme une traînée de poudre : « La Mobylette Maudite est revenue ! » et tout Marseille poussa un cri d'horreur et courut se cacher. En un instant, ce fut la pagaille la plus complète : voitures abandonnées, foules paniquées, hurlantes et hystériques, bus renversés, policiers débordés. « Ils sont où, ces gros tas ? » lançait Gudule, ouvrant plein gaz les manettes, et déversant sur cette pauvre avenue un pastis particulièrement réussi de dioxyde de carbone, de soufre et d'ozone. Elle entraperçut un uniforme surplombé d'un képi qui courait comme un fou sur le trottoir. « Je vais me le farcir ! » et elle fonça sur le malheureux, le chopa par derrière lui fit faire un envol si prodigieux qu'il atterrit sur le toit d'un immeuble. (Dans quel état, ça, la chronique de la peur ne le dit pas.) La poignée de l'accélérateur ne pouvait pas être plus tournée que ne l'avait tournée Gudule. Adonc, ce qui devait arriver arriva : elle se coinça et la mobylette folle se dirigea, impavide, vers la Bonne Mère qui regardait tout ce bordel avec un sourire inextinguible aux lèvres.

(Episode mouvementé, n'est-ce pas, chers lecteurs ? Donc, Gudule va-t-elle continuer longtemps son cirque de démente ? Rien ne pourra donc arrêter la mobylette folle ? Et nos héros, que font-ils pendant que la sorcière du château d'Onyx Noir se charge de remplir la colonne des faits divers des journaux locaux ?... Tout vient à point à qui sait attendre...)


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