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Solstice d’été

Publié le 22 juin 2009 par Memoiredeurope @echternach

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Au solstice je regarde par-dessus les murailles de Monteriggioni. Elles semblent la limite d’un jardin que défendraient des gardes armés.

La grande route vers Florence et Sienne ne résonne pas encore de la respiration des automobiles et des camions. Des oiseaux saluent déjà la vie.Ma chambre donne sur le couchant et pourtant je m’attends à ce que le soleil revienne, sous un angle un peu différent, mais non loin de là où il a disparu. Est-ce cela le solstice ?

Il faudra patienter encore une heure pour que les palombes se lèvent à leur tour et que leurs voiliers claquent un peu, avec coquetterie, en ajoutant une sorte de vibration, à la crénelure des tours.Je veux me rendormir. C’est la plus belle heure.

Je sais que je ne vais pas aller surprendre les animaux aujourd’hui. Ils savent devoir se cacher quand les rayons se logent déjà trop haut, à l’heure que dit leur corps. Ils trouvent étrange ce bleu trop intense d’une aube trop rapide.Un soleil bleu qui risque d’abîmer leurs yeux et d’aiguiser au contraire ceux de leurs ennemis diurnes. 

Deux grandes heures d’une aurore blessante vont se dissoudre sans qu’un pas résonne. Ces heures là se fondent dans le secret de mon sommeil. Elles n’engourdiront que mon corps. Pas l’imaginaire.

Lorsque je m’habille, ce sont des trilles qui s’accrochent aux tympans. Brèves, au changement de direction du vol des hirondelles. Un frou-frou ponctué d’avertissements.

Les insectes sont déjà au sol. Il fait temps de butiner et pas de chercher le suicide dans le bec des oiseaux. 

La basse grinçante des cigales est venue. Elles frisent la chaleur et appellent les papillons et les abeilles sur les lavandes des jardins, les mauves sauvages des talus et les avoines défuntes.Un tracteur surplombe des rangées jumelles en déposant une prune bleutée sur les grains d’une vigne encore tendre.

Le banc est  placé exactement là où il le faut. Adossé au mur qui fait face au nord. L’épaisseur de la maison protège devant moi le sol de pierres rondes. Plus loin la chaussée de galets luit et recuit. Le banc est logé face à l’église, dans l’absence de regard des  passants éblouis. 

Et le calme vers deux heures fait plier le poids de la sieste dans l’orage qui s’accumule au lointain.On sait que l’orage est là quand un courant balaie la ville pourtant ceinte de murailles. Un orage à se faire peur quand il monte, parsème de gris, moutonne de noir, éclaire du dedans des champignons vénéneux.

Un courant à déplacer les potiches de pétunias, de fleurs trop belles, trop artificielles, quand les sauvages plient. A creuser des rigoles profondes pour que les graines affleurent de nouveau et germent une dernière fois, avant l’épuisement sec de l’été. 

Dante s’était placé non loin, à ce qu’il paraît. Et son enfer se situait dans l’attente. 

Sa langue ne décrit pas. Elle est dans le mélange. 

Quand les mots que j’utilise sont trop crus, trop simples. 

Mais d’une simplicité qui ne retient pas de dire le bonheur de la ferme posée, au-delà des rangées de vignes, dont les rameaux cherchent encore en se déployant vainement, un support qu’ils ne rencontreront plus.. 


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