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Entretien avec Monique Truchard, chanteuse de la Crevette d'Acier

Publié le 23 juin 2009 par Littlestylebox
Entretien avec Monique Truchard, chanteuse de la Crevette d'AcierEst-ce que tu peux nous présenter un peu la Crevette d’Acier ?
Nous sommes un groupe un peu hybride qui s’est formé à partir d’artistes d’univers très différents. Au total, nous sommes cinq, je viens plutôt de l’univers du théâtre, un autre avait fait pas mal de cirque. Mathias est vraiment dans la musique avec des influences jazz et funk. L’envie de départ était de mélanger toutes ces inspirations, de créer un spectacle entre musique et théâtre et à partir de là de raconter des choses, de parler de personnages...
On est vraiment un groupe de scène. On a toujours envisagé nos chansons pour qu’elles soient jouées devant un public, avec nos gueules, avec notre jeu de scène. On incarne vraiment le personnage dont on parle dans les chansons. C’est finalement autant un travail de chanteur, de musicien que de comédien.
Pourquoi avoir choisi le nom de la Crevette d’Acier ?
Au départ, on voulait trouver un nom qui nous enferme dans rien du tout et qui retranscrit l’humour et l’absurdité de notre univers. On a imaginé La Crevette d’Acier. Un jour un spectateur nous a dit que dans ce monde qui est un vrai panier de crabe une crevette d’acier s’en sortirait toujours. On a trouvé que c’était une bonne explication et on la ressort de temps en temps aux journalistes…
Comment définir le style musical de la Crevette d’Acier ?
On a abordé la musique un peu plus comme de la musique de film. On voulait que la musique s’accorde à l’univers de nos histoires. Un peu comme dans la chanson Madame Fleutio. Elle parle d’une femme qui rêve de rencontrer un bel argentin. Elle va tous les soirs au Balajo pour danser le tango et finit complètement bourrée au bar. On emporte le public dans son rêve avec un tango endiablé ! Sur d’autres chansons, cela peut être une bossa, ou du rock. La musique varie selon les thèmes que l’on veut aborder.
Où trouvez vous vos inspirations pour vos chansons ?
Nous sommes très profondément sur l’humain, sur un homme, sur une femme, face à la société, face aux rapports à l’autre. On aime se placer à l’intérieur de quelqu’un. On aime aussi beaucoup parler de la médiocrité humaine mais qui tourne souvent vers le fantastique, vers le rêve.
Il y a toujours un petit air de nostalgie dans les chansons…
On recourt souvent à la nostalgie et à l’émotion mais on aime toujours être sur le fil. On nous catalogue parmi les groupes d’humour musical, parce que c’est un spectacle qui est très drôle. Boris Vian disait que « l’humour est la politesse du désespoir ». Ce qui me fait le plus rire, ce sont les choses qui arrivent à m’émouvoir. On a toujours travaillé là-dessus, sur des personnages qui ont une fêlure et à partir de là, on trouve toujours une pirouette pour que cela devienne drôle.
Madame Fleutio c’est exactement cela. C’est une chanson qui est à la fois très émouvante parce que c’est une femme complètement perdue, et à la fois très drôle parce que le monde autour d’elle est complètement décalé par rapport à ce qu’elle imagine.
Comment s’organise le groupe ? Qui chante ?
Nous sommes trois chanteurs principalement et après tout le monde fait les chœurs. Il y a des chansons collectives, des solos, des duos, des trios, il n’y a pas un leader du groupe. Côté texte, c’est Vincent Tirilly qui les écrit tous. Pour les musiques, il y a notre guitariste Mathias Castagné et moi. Tous les arrangements sont réalisés par Mathias. Le travail scénique se fait entre nous et avec l’aide de metteurs en scène extérieurs comme Marc Margelas sur ce spectacle ou Antoine Scotto sur les précédents.
Et je veux mettre en avant le talent de notre costumière qui s’appelle Laure Perrini. Elle a vraiment réussi à donner une personnalité à nos costumes. Compte tenu du budget qu’elle avait, elle s’en est super bien sortie (rires)
Entretien avec Monique Truchard, chanteuse de la Crevette d'Acier
Est-ce que le public qui vient vous voir sait à quoi il s'attend ?
A Paris, on joue pour un public qui nous connait généralement, mais souvent ce n’est pas le cas. C’est ce que je préfère. Lorsqu’on commence un concert, le public est souvent perdu pendant 3 ou 4 chansons, puis cela prend soudainement. Quand la salle part hyper sceptique et qu’à la fin elle est au plafond, c’est la meilleure sensation qu’on peut avoir ! Dans les très bons souvenirs aussi, il y a la 1ere partie de Bénabar lors de ses dates à Bruxelles et à Strasbourg. Personne ne nous connaissait et le public était plutôt hostile. On s’est présenté le trac au ventre devant une salle de 1000 places bien tassés. A la 2e chanson, c’est parti d’un coup. On entendait les gens crier « Mais t’es qui toi ? » « C’est quoi ton nom ? » et à la fn du concert « Mais reviens reviens »… C’était un souvenir super fort. Bénabar ensuite nous avait dit « Merci les gars, le public va être bien chaud pour moi ». Cela avait été très sympa !
Pourquoi avoir décidé de réaliser ce bouquet final ?
Pour devenir un groupe mythique ! Pour le devenir, il faut s’arrêter et reprendre 10 ans après (rires)
En fait, nous avons fait notre premier concert en janvier 2000 dans un petit théatre, Le Tréteau des deux Tours à la Rochelle. Cela fait 10 ans que la Crevette d’Acier est notre projet principal. On y a mis toute notre énergie. La Crevette n’est pas un projet qui supporterait d’être à mi-temps.
Maintenant, on a envie de vouloir faire autre chose, de ne pas s’enfermer et de ne pas se répéter, de se donner l’opportunité de vivre d’autres expériences…
Quels sont les meilleurs souvenirs de ces dix dernières années ?
Avec la Crevette d’Acier, on a eu la chance de vivre des scènes complètement différentes. On peut être un jour à Paris Plage devant un millier de personnes et le lendemain dans un chalet en Suisse face à 35 personnes, mais avec une ambiance de feu de dieu. On a donc plein de souvenirs géniaux !
S’il fallait en garder un, ce serait la fête de la musique à Lomé au Togo. C’était complètement improbable. Je ne suis pas sûr que ce soit notre meilleur concert parce qu’il faisait une chaleur à crever et que des bêtes de 10 cm de diamètre nous fonçaient dessus pendant le concert. Mais on a eu la chance d’y rester une semaine et de se faire des copains. Sur les quelques tournées qu’on a fait à l’étranger, on a toujours eu de bons retours. On a notamment été en Allemagne et dans les Pays Baltes. A l’origine, on ne s’attendait pas à un grand accueil pour de la chanson française. Mais c’était intéressant de voir les spectateurs accrochés à notre jeu de scène. Même s’ils ne comprenaient pas tout, ils nous renvoyaient plein de choses.
Un jour également, on a joué pour un pensionnat catholique. On avait devant nous 120 petits garçons entre 11 et 14 ans. Le pensionnat nous avait écrit une lettre pour nous expliquer pourquoi ils nous avaient choisis, pour la pertinence du propos, pour la finesse du jeu, pour le travail musical… et pourtant c’est un spectacle avec des gros mots et où on parle de plein de choses. On a eu une discussion avec les gamins à la sortie du spectacle. On leur a demandé « à votre avis de quoi ça parle ce spectacle ? » et tous ensembles ils ont fait « de cul ! » « et sinon » « d’alcool ! ». Le tout devant leurs professeurs atterrés…
Cela fait partie des bons souvenirs : il y a eu aussi notre concert à la Cigale mais ce sont ces petits moments inattendus qui nous ont fait le plus rire.
Et quels sont tes pires souvenirs ?
Je crois que c’est la fête du goût en Auvergne. On s’est retrouvé à côté de la baraque à frites. Ils avaient installé un plancher à bal devant et devait s’attendre à ce qu’on joue de la country. Il y avait une erreur de programmation évidente. Si vous voulez danser, ne venez pas voir la Crevette d’Acier ! Le public mangeait ses saucisses et de temps en temps criaient « Mais euh, fait de la musique un peu ! ». Au pire, on s’attendait au moins à bien manger à la fête du goût et pas du tout, on nous a refilé une vieille saucisse dans une baguette…
Entretien avec Monique Truchard, chanteuse de la Crevette d'AcierPourquoi avoir choisi de faire ce bouquet final à la Maroquinerie ?
On y a joué plusieurs fois et on a toujours fait de bonnes dates parce que le contact salle-scène est super facile.
Mais aussi, La Maroquinerie est encore un des rares lieux où on peut jouer dans d’autres conditions que de la location. Toutes les belles salles à Paris se louent très chers. On ne peut plus rien faire si on n’a pas de financement. La Maroquinerie loue aussi sa salle mais quand elle a un projet à coeur, elle peut proposer autre chose. Elle a une programmation artistique comme peu de salles l’ont actuellement. Il faut savoir qu’en Province dans notre métier, les théâtres nous payent, nous invitent, nous hébergent... A Paris, c’est à l’artiste de payer pour jouer, on doit amener son matos, et on est viré à 11h du soir. C’est rare de trouver des lieux où on se sent bien.
Quels sont vos projets après cette séparation ?
Le chanteur Vincent avec le pianiste préparent un duo. Mathias va continuer à jouer dans plusieurs formations funk. Damien est plus sur le cinéma. Il va travailler sur des scénarios. Et moi je me lance en solo sous mon vrai nom de Chloé Locan. Je laisse Monique Truchard au placard. Cela sera peut être bizarre. Parfois les gens m’appellent Monique dans la rue, et je me retourne à chaque fois. Il y aura forcément des liens avec ce que j’ai fait dans la crevette d’acier. On me dit souvent que je suis le facteur émotion dans la crevette d’acier. C’est un peu le facteur émotion fait son solo !
Mais on a également prévu de se retrouver régulièrement histoire de ne pas se perdre artistiquement. On appellera cela Le petit Cabaret de la Crevette d’Acier : 3-4 fois par an, on invitera des artistes qu’on aime bien pour chanter avec nous.
Pourquoi avoir choisi le pseudo de Monique Truchard ?
Au départ, on ne se sentait pas du tout comme des chanteurs. Etre nous même sur scène, cela ne nous intéressait pas spécialement. On voulait mettre en évidence ce côté personnage alors on s’est tous donnés des pseudos. Je suis devenu Monique Truchard, Mathias est devenu Jacky Leboeuf, Vincent s’appelle Michel Martin…
Ce spectacle était conçu à l’origine avec des personnages qui se retrouvaient sur une scène et qui improvisaient un concert, avec tout ce qui peut déraper ensuite.
Quel est le style vestimentaire de Monique Truchard ?
A ses débuts, Monique Truchard avait une grande robe fendue façon Rita Hayworth qu’elle portait avec des bas résilles et des talons hauts. Le rêve de Monique est d’être une diva. Mais petit à petit, elle a changé, elle a mis des pantalons, elle est devenu un peu plus rock. Maintenant, elle est un peu plus glamour mais glamour mémère. Assez joli, assez charmant, assez chic mais qui remet sa grande culotte de temps en temps et file tout le temps ses collants !
C’est ce que j’aime chez Monique Truchard, ce côté séduisant de loin, mais lorsqu’on regarde de près, on se dit qu’il y a un truc qui ne va pas.
La Crevette d'Acier
Bouquet final à La Maroquinerie
Mercredi 24 et jeudi 25 juin 2009
La maroquinerie - 23 Rue Boyer, 75020 Paris

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