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La burqa, l’ennui de F.Amara

Publié le 23 juin 2009 par Vogelsong @Vogelsong

F.Amara s’ennuie. Terriblement. Issue du casting d’ouverture, elle est devenue un fantôme dans le dispositif gouvernemental. Pour justifier sa charge, telle une Marianne au secours de la république, elle monte au front pour éradiquer ce fléau qui défigure la France éternelle : la burqa. À l’UMP, on ne se lasse pas des marronniers. À intervalle régulier, on ressort les thématiques bien “clivantes”, bien discriminantes. Drapée de vertus, la droite racle large, mais surtout profond, dans un cloaque de bas instincts. À l’étal, xénophobie, sexisme et république, pour le bonheur de tous.

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Le cortège d’une soixantaine de députés, dont une grande majorité issue du binôme UMP/nouveau centre, s’est lancé dans la croisade anti-burqa. En tête de gondole, l’ineffable sarkozyste F.Amara, supposée forte en gueule dont le parlé “cash”, forme accomplie de la nouvelle langue de bois, fait merveille dans les médias croupions hexagonaux. Plus à une vacuité près, elle se prononce pour l’interdiction dans les lieux publics du port de la burqa. Un accoutrement issu d’une interprétation maximaliste des préceptes du Coran. L’application vestimentaire du joug masculin et religieux sur les femmes. Le phénomène en France est très marginal. Personne ne peut assurer que le port du voile est une violence, ni en dénombrer les cas. Mais qu’importe, les symboles sont si tentants.
Dans la modernité globalisée, et dans un pays où l’on se croit affranchi, la femme doit être “indépendante”. L’État, de son propre chef, décide de régenter les consciences. De conformer la citoyenne à la mode “casual” de l’industrie textile occidentale pour se convaincre qu’elle est libre.
Pour F.Amara et ses apôtres, il faut infliger cette liberté. Libérer en légiférant, en interdisant. Proscrire ces femmes des lieux publics, ce n’est plus les cloîtrer sous un voile, mais les enfermer chez elles. Remplacer un moindre mal par le pire sous prétexte d’émancipation. Mais peut-être que l’objectif est tout autre : le paysage fantasmé, promis par B.Hortefeux, clarifié des “fauteurs de culture”.
F.Amara, comme beaucoup, fait un complexe, celui du récent converti. En l’occurrence au sarkozysme. Dans ce domaine, il faut être plus blanc que blanc. Pousser le zèle. Et dans ce cadre, il est bien plus aisé de stigmatiser la banlieue, ses femmes, ses hommes. Dans la lignée d’E.Besson, M.Hirsch, elle apprend parfaitement les us de son camp d’allégeance : être fort avec le faible.
Quand légiférera-t-on drastiquement pour briser les chaînes de l’emprise économique qui confine les femmes ? Quand va-t-on définitivement proscrire le “porno chic” prôné par les multinationales de la mode qui mêle dans des réclames femmes lascives et animaux, par exemple ? Où sont les censeurs ? Prompts à se jeter sur les femmes de Barbès ou de Vaulx-en-Velin, mais qui ne pipent mot devant l’univers constant et lourd qui les entoure. Celui de l’Homme mondialisé.
Dans sa campagne d’éradication de la femme en burqa, le gouvernement entraîne avec lui une cohorte de bons à tout faire. Mais surtout de bons à rien, qui flinguent les proies faciles. Du militant féministe blasé à l’”islamophobe” primaire, la Sainte-Alliance de la France libre et laïque trouve son combat juste. L’affaire du voile à l’école avait été un avant goût, aujourd’hui on pousse encore plus loin. Les banlieues françaises sont en surchauffe. Le plan Marshall promis par le président N.Sarkozy, “marketé” par F.Amara s’avère être un tissu de balivernes. La situation de ses zones perdues de la république n’est ni due à l’hijab, ni au Coran, ni à aucun autre signe d’extériorité à la France. Mais F.Amara s’ennuie. Les députés godillots s’ennuient, eux aussi. L’opposition progressiste est éparpillée, anéantie, mais les problèmes demeurent. La burqa est un hochet, un comble du cynisme, pour nigauds. Les hiérarques le remuent et sidèrent les foules. C’est le symptôme d’un pouvoir stérile, qui ne peut rien à rien et qui se réfugie dans des problématiques (d’) accessoires.

Donner le cadre d’une émancipation librement consentie est le rôle de la puissance publique par le biais de l’éducation libre et gratuite pour tous. Parallèlement en France, la violence est pénalement réprimée. L’Etat aujourd’hui se borne à allumer des brasiers dans des zones explosives où vit une population qui n’a pas besoin de ça. Accréditer encore la thèse des sauvages venus d’ailleurs par la stigmatisation de comportements non conformistes n’est pas sérieux. Pénaliser toutes les femmes qui portent un habillement particulier sachant que l’on ne sait réellement pas combien sont forcées n’est pas sérieux. Mais le sérieux n’est pas l’apanage des politiciens du marché.

Vogelsong – 22 juin 2009 – Paris


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