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Des fonds propres

Publié le 28 juin 2009 par Malesherbes

Parcourant quelques vieux numéros du Monde, j’ai l’œil attiré par un intertitre d’une chronique de Frédéric Lemaître en date du 28 février intitulée Les hommes du président : « Le jour où je mets des fonds propres, alors je nomme les patrons ». Stupéfié par cette affirmation, j’ai tenté de trouver où elle avait été prononcée. Je n’y suis point parvenu. Il me semble que cette chronique ait trouvé sa source dans un article de Daniel Fortin paru dans Les Echos du 12 février et intitulé Comment Sarkozy prépare la relève des patrons. On peut y lire ceci : « La doctrine du président est simple, dit l’un de ses plus proches conseillers : Si je ne mets pas directement d’argent dedans, je ne m’en mêle pas. Mais si un jour je mets des fonds propres, alors je nomme les patrons ».

Il n’est donc pas possible d’être absolument formel sur l’authenticité de cette phrase mais reconnaissez qu’elle cadre plutôt bien avec la personnalité de notre Président et tout autant avec sa pratique des nominations dans les entreprises liées à l’Etat. Encouragé par le fait que les auteurs de ces articles n’ont, à ma connaissance, pas encouru de foudres présidentielles, je me risque à mon tour à considérer la phrase en question comme exacte. Ce qui me conduit à m’étonner de l’absence de réactions devant un propos aussi scandaleux.

Lorsque notre Président parle de ses fonds propres, il est bien évident qu’il pense à l’argent de l’Etat, car, même si elle se développe vraisemblablement harmonieusement, il est peu probable que sa fortune lui permette de telles libéralités. Or cet argent, c’est celui qui est produit par le travail des Français et prélevé sur leurs biens et revenus grâce aux impôts et taxes diverses auxquels ils sont assujettis. Nicolas Sarkozy s’abuse, et surtout nous dépouille, quand il s’en prétend propriétaire. Et c’est donc aux Français, par l’intermédiaire de leurs représentants élus, d’en contrôler la bonne utilisation. Et tant que nous serons en démocratie, tous ces mandataires ne sauraient s’effacer devant la volonté d’un seul, fut-il le premier des Français. Seul un seul monarque avait osé s’arroger ce privilège, Louis XIV, qui déclarait orgueilleusement « L’Etat, c’est moi ! ». Ces temps sont heureusement révolus et notre Révolution s’est employée à y mettre bon ordre, même si maintenant on voit sourdre çà et là des résurgences de la royauté.

Mais, si c’était encore possible, il y a pis. Cette qualification des fonds publics comme des fonds personnels laisse supposer que notre Président n’est guère en mesure de faire la distinction entre ce qui est à lui et ce qui est au pays. On veille scrupuleusement (enfin, pas toujours hélas !) à ce que le chef d’une entreprise dont il n’est pas le propriétaire sache distinguer ses biens de ceux de l’entreprise qu’il gère. Au vu d’un certain nombre d’épisodes qui gagneraient à être clarifiés, n’y aura-t-il personne pour rappeler ce principe élémentaire à celui qui entend diriger la France comme une entreprise ?


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