Comment je me suis retrouvé dans une chic soirée médocaine à l'insu de mon plein gré...

Par Eric Bernardin

J'ai évoqué l'autre jour ma rencontre avec Laure Colombo à Vinexpo. Celle-ci m'a invité à une soirée sympa avec quelques professionnels du vin. Intrigué et ne pouvant rien lui refuser, j'ai accepté l'invitation, sans trop savoir ce qui m'attendait...

19h30 : j'arrive pile à l'heure au Château de Villegeorge, avec l'impression d'être très en avance. Au nombre de verres à l'entrée de la grande salle, je me dis que ce ne sera pas vraiment une soirée "intime". Mais dans le Médoc, tout est relatif. Comparé à la fête des fleurs à Issan (1.500 personnes), cette soirée relève du goûter d'anniversaire ;o)

Pour me faire patienter, Laure me fait goûter le rosé paternel, les Pins couchés 2008. C'est fruité, intense, équilibré, avec une finale épicée. Y a bon ! Je ne sais si ce sont ses arômes de fruits rouges qui attirent les nouveaux venus, mais la terrasse se remplit de plus en plus ; ça en devient presque opressant. Surtout, je ne vois arriver que des femmes en jolie robe et des hommes en costume, alors que j'ai une tenue décontractée, on va dire. Il faut dire que je ne m'attendais pas vraiment à ça. Il y a quelques années, je crois que j'aurais eu la honte de ma vie. Maintenant, même plus peur. Je crois que je suis passé pour pas mal de monde pour le photographe officiel de la soirée...

Laure a aussi invité mon ami Toon, déjà évoqué sur le blog. Du coup, je me sens moins seul. Je discute également avec le sommelier d'un palace monégasque qui m'épate par la variété de rosés qu'il présente à sa carte (il m'aurait parlé des champagnes que ça m'eût moins étonné). Des serveurs se faufilent entre les convives avec des plateaux en ardoise recouverts de mises en bouches élégantes et colorées. Elles sont l'oeuvre, comme le repas à venir, de Gaëlle Benoiste Pilloire, qui a officié autrefois au Ritz et est aujourd'hui traiteur  "officier de bouche" à Margaux.

Certaines m'ont donné des idées intéressantes...

21h00 : Jean Luc Colombo invite les convives à rejoindre leur place. Ils sont guidés afin que chacun trouve la table qui lui est destinée.


Nous sommes dix par table, mais le bruit ambiant ne permet de vraiment profiter de la conversation de vos plus proches voisins (à gauche Toon, à droite , le responsable export Amériques Nord et Sud des vins Colombo). Juste en face de moi, il y avait Etienne Montes, du Château La Casenove. Nous n'avons pu échanger que quelques mots durant toute la soirée, et je le regrette bien.

Un petit coup d'oeil au menu :

Ca m'a l'air bon !

Nos maîtres de cérémonie font tinter leur verre pour avoir le silence. Ils nous annoncent qu'il y aura un petit concours ce soir, permettant de gagner un repas et une nuit pour deux personnes dans un palace parisien. Pour cela, il faudra répondre à un petit questionnaire concernant des vins goûtés ce soir, mais aussi sur les deux domaines qui organisent la soirée.

Voici l'entrée : des fleurs de courgette à la brousse, tapenade et pesto de roquette. C'est très fin, léger, et méditerranéen en diable. Avec celle-ci deux vins. Un blanc et un rouge. Le blanc, il faut choisir la bonne solution entre trois propositions : Condrieu, Côtes du Rhône ou Chablis. La première et la troisième ne me semble pas bonnes du tout. Je mise donc sur la deuxième. Le rouge, nous savons que c'est un Château de Villegeorge mais nous n'avons pas le millésime. Il y a le choix entre 1990, 1987 et 1979. La première solution me paraît improbable : le vin fait plus évolué. La deuxième aussi : le vin est trop réussi. Reste 79 que j'adopte et qui me semble correspondre. Une très belle année bien évoluée, tout en finesse.


L'épaule d'agneau confite "grande caravane" et son croustillant de celeri aux fruits secs nous est servie. Avec là aussi deux vins : le Cornas "les Ruchets" 2004 de JL Colombo dont j'ai déjà parlé ICI, et qui se goûte beaucoup mieux. Le mariage avec l'agneau n'y est pas pour rien, je pense. Et puis de nouveau un château de Villegeorge d'un millésime inconnu (au choix 1989, 1985, et 1983). Il est vraiment très très bon, finement truffé, à la bouche intense d'une grande élégance. Il me semble plus évolué qu'un 1989. J'hésite entre 83 et 85. Toon me dit que les notes de truffe sont typiques de 85. Allez, mettons 85!

Puis bien le fromage de chèvre avec une figue rôtie, accompagné d'un Condrieu "Amour de Dieu" 2007 ... de JL Colombo ! Ce vin est vraiment très beau, à la fois fruité, miellé, gras, et doté d'une belle nervosité. Et surtout, il se marie très bien avec le chèvre. Dans le deuxième verre, un Château Tour de Bessan 2005, propriété de Marie Laure Lurton. Son défaut principal, c'est que c'est un 2005, et que ce n'est pas prêt à boire, surtout après les deux autres qui étaient "à point".
Tout le monde a rendu sa copie : les résultats sont donnés. Le premier vin était bien un Côtes du Rhône (Youpi!). Le deuxième un 1979 (re-Youpi!!) et le troisième un 1985 (re-re-Youpi!!!). Pour les autres questions, j'ai une erreur sur 5. L'erreur de trop : adieu le palace ! Laure est ravie parce que c'est l'un de ses jeunes amis qui travaille à Haut-Brion qui a gagné. Bravo à lui !

Allez, le dessert pour destresser : c'est sensé être des fraises,mais ça ressemble plus à des framboises et à des mûres. Au dessus, une glace à la violette qui fond, parce que je suis allé chercher une bouteille en coulisse que j'ai amenée. Une Madame 2001 de Tirecul la Gravière (on ne se refait pas) ! J'en distribue à ma tablée et puis aussi à Monsieur Colombo, à Madame Colombo, et à leur fille (qui se trouvent à trois tables différentes). Je vous raconte pas la curiosité des autres, les verres qui circulent... Et les commentaires élogieux sur le vin. On fait ça à Monbazillac??? (je rappelle qu'on est dans le Médoc). Je n'en ai pas servi à Marie Laure Lurton. Pas par goujaterie. Tout simplement parce que la bouteille était vide !!!

Si l'on suit le menu, il y avait ensuite des mignardises, mais je n'en ai pas vu la couleur. En effet, il était déjà minuit. Il fallait que je parte, parce qu'avec mes deux heures de route... je ne serai à la maison qu'à 2 heures du mat'. J'ai donc fait mes adieux aux uns et aux autres et suis reparti, encore étonné de la soirée inattendue que je venais de passer !

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