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Emprunt d'été et vacance d'état

Publié le 30 juin 2009 par H16

Je crois qu'on peut le dire maintenant : le mois de juin ne passera pas la nuit, c'est plié. On peut s'en attrister ... ou noter qu'il fut tout de même bien rempli. Il termine même en fanfare : la politique française de ces dernières heures de juin nous offre une symphonie politicienne comparable au Grand Orchestre Philharmonique de Port Crouesty, célèbre sur toute la planète pour son inclusion astucieuse d'un bagad complet qui donne une brillance si particulière aux œuvres de Dvorak.

Et alors que les retombées radio-actives du dernier remaniement présidentiel se font lourdement entendre, la vie continue pour le reste de la République.
Et cette vie passe par de bien douloureuses constatations, en constant décalage avec le train de vie de nos élus que la crise semble avoir épargné : même le remaniement ministériel n'en aura finalement laissé sur le carreau qu'un petit nombre qui auront largement de quoi survivre et ne pointeront pas tout de suite au chômage.
Au passage, on pourra demander à Dati pourquoi elle a choisi, sachant qu'elle était débarquée, de rester à Paris au lieu d'assister à la séance d'ouverture de la nouvelle législature du Parlement Européen où elle a maintenant un siège. C'était l'une des très rares absentes du jour...
Pendant ce temps, la dette publique continue son voyage sous-marin abyssal et vient grattouiller le menton de Cerbère ; les fosses des Mariannes, dépassées depuis longtemps, ressemblent à des montagnes dans l'arrière plan fuligineux que Woerth explore à tâtons, ses petits yeux ronds comme des soucoupes s'écarquillant à mesure que la descente se fait plus rapide.
Le rythme frénétique d'enfoncement nous approche en effet d'une dette à 77% du PIB à la fin 2009 (88% du PIB en 2012), soit 11 points de plus que la prévision fantaisiste des clowns de Bercy, jamais en retard d'une blague un peu lourde. Lourdeur qui nous propulse à plus de 1.400 milliards d'euros. Devant de tels montants, on se croirait au Zimbabwe. Notons le calme serein qui entoure ces annonces, tant du côté des autres ministres, que de l'Elysée, ou de la presse en général dont la placidité pourraient laisser croire que tout ceci est, finalement, parfaitement normal.
Comme je le disais en introduction, Juillet et ses vacances approchent à toute vitesse et les pigistes encore en poste sont probablement plus préoccupés à rassembler leurs petits jouets de plage qu'à réellement analyser l'ampleur de la vague bouillonnante qui se profile à l'horizon et qui risque, il faut bien le dire, de tout casser leur joli château de sable.
D'ailleurs, en parlant pâtés et constructions friables, une autre chute, celle des permis de construire, n'émeut semble-t-il que les professionnels. Le nombre de permis de construire de logements neufs en France a reculé de 32,2% entre mars et mai 2009, comparé à la même période un an plus tôt. Un tiers, boum, comme ça.
Or, à la différence des autres secteurs, l'immobilier est un marqueur puissant de la tendance de fond en terme de consommation : si l'on a besoin d'un nouveau logement, on a tendance (eh oui) à restreindre un peu le reste de ses dépenses. Et lorsque les prix chutent (et même si on fait tout pour le cacher), puisque chaque % représente tout de suite plusieurs milliers d'euros d'économie, une tendance lourde à l'attentisme s'installe. Attentisme qui se traduit justement par cet écroulement des demandes de constructions, et qui fait normalement pointer l'économie vers une bonne grosse déflation des familles, chose complètement impensable dans la rhétorique gouvernementale et qu'on préfèrera masquer ...
... en parlant abondamment d'un emprunt citoyen, festif et bien sûr obligatoire. C'est surprenant à quel point ça ne l'est pas (surprenant) et pour continuer dans l'analogie musicale de mon introduction, le déroulement de cette affaire de gros sous semble écrit sur du papier à musique : tout se déroule comme prévu et l'emprunt dont on ne connaît ni le montant total souhaité, ni le taux, ni la durée, défraie la chronique et titille le législateur au kiki déjà tout dur à l'idée de "harponner" le contribuable pendant ses vacances d'été.

Emprunt d'été et vacance d'état

De l'action, de l'aventure, de l'emprunt !
Quant à l'affectation de ce fabuleux Trésor Pirate que nous concocte Sarkozy, on se perd en conjecture ; vu que, de nos jours, quelques milliards d'euro font une somme ridicule pour qui veut relancer l'économie, et qu'on voit mal l'emprunt dégager, subito nihilo, plusieurs centaines de milliards d'un coup, on se demande dans quels cathéters de grands cancéreux en phase terminale notre gouvernement va choisir de dilapider l'épargne des Français. Il pourrait par exemple choisir de renflouer, discrètement, les banques dont le bilan n'est toujours pas assaini, comme le chuchote discrètement la Bank for International Settlement (la Banque des Banques Centrales, en gros), dont le silence jusqu'ici compact laissait planer un doute sur l'existence même.
Il pourrait aussi en affecter une modeste partie au montage d'une garde prétorienne qui lui assurera une certaine sécurité lorsque le temps des troubles sera venu. Eh oui : avec l'arrivée de l'été, les hormones des jeunes bouillonnent plus facilement dans leur veines et des réactions chimico-politiques violentes ne tardent pas. Au train où vont les choses, on ne peut pas tout miser sur un remplacement ultra-rapide des équipements ludiques des ZAUA (zones d'activités urbaines alternatives).
Au bilan, on peut donc en conclure que tout ne va pas mieux, mais qu'en tout cas, nos zélées élites font absolument tout pour le faire croire. Shadocks pompant de peur qu'en arrêtant il se passe des choses encore pire que celles qu'ils observent pourtant déjà, tout le gouvernement, imitant l'Elysée, continue donc à pomper tant et plus.
Et maintenant, la question à deux euros : combien de temps encore ?


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