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Le Crotoy

Publié le 04 juillet 2009 par Corboland78

Nous partons de la maison de bonne heure comme d'habitude, pour éviter la circulation mais aussi poussés par l'impatience, car à peine réveillé je n'ai qu'une envie c'est de charger les bagages dans la voiture et filer. La route est dégagée, personne n'aurait idée de monter vers le nord si ce n'est poussé par la nécessité, nous sommes seuls sur la bande d'asphalte, le ciel est bienveillant. Première halte à Abbeville et visite de la collégiale Saint-Vulfran aux allures de cathédrale, chef d'œuvre de l'art gothique flamboyant. Les bombardements de la dernière guerre ont été cruels et le monument a terriblement souffert à l'instar des populations. Dans les travées de la cathédrale des panneaux affichent les photos des décombres et l'on mesure l'ampleur des travaux de rénovation qui ont été entrepris. A l'extérieur, le porche et la façade sont une dentelle de pierre sculptée. « Voir Saint-Vulfran avant que le soleil n'eût quitté les tours est chose pour laquelle il faut chérir le passé » disait Victor Hugo. Après avoir essuyé une grosse averse, nous poursuivons notre route vers Saint-Valéry-sur-Somme. La baie de Somme s'étale devant nous, la marée est haute, le soleil brille parfois brouillé par de beaux nuages noirs créant une lumière magique et filtrée. Les vacances commencent à prendre un goût certain qui se concrétise par un déjeuner de moules face au chenal où de petites embarcations vont et viennent sous l'œil indifférent des mouettes. Enfin notre voyage s'arrête au Crotoy, au nord de la baie, dans la petite église.jpgmaison de pêcheur que nous avons louée.

Se réveiller dans une maison que l'on ne connaît pas, étonnement rapide, la porte de la chambre n'est pas où l'on a l'habitude de la voir, la lumière ambiante n'est pas celle de chez soi. J'ouvre les volets de la chambre, face à moi la baie de Somme et la plage à quelques dizaines de mètres. A l'étage une seconde chambre que j'ai transformée en bureau, sur une table face à la fenêtre j'ai installé mon micro portable, la pile de livres que je me propose de lire pendant mon séjour, mon calepin et un stylo. Je descends l'escalier de bois, au rez-de-chaussée, la salle de bain et les WC mansardés qui obligent à n'être pas trop grand ou avoir une longue bite pour s'approcher de la cuvette, dieu merci je satisfais au moins à l'une de ces conditions, la cuisine et la salle de séjour. La pièce principale donne aussi sur la baie, alors que la cuisine a un accès direct au petit jardin à l'arrière de la maison. La maison de pêcheur L'Angélus de la mer que nous avons louée est parfaitement située. 

Première sortie, pour se familiariser avec la topographie des lieux. Par le bord de mer nous nous dirigeons vers le centre ville et le port. Le dimanche de nombreux commerces seront ouverts toute la journée, zone de tourisme oblige. Restaurants et terrasses de cafés bénéficient du beau temps, les verres de Stella luisent au soleil et les glaces s'affaissent dans leurs cornets. Aujourd'hui c'est la Fête de la Musique, sur le port une estrade est installée et dès le début de l'après-midi les groupes animent le quartier. Quand nous arrivons, un quintette met l'ambiance avec une chanson de marin avant d'enchaîner avec un morceau dédié à Jessie James qui pousse les spectateurs dans une farandole country un peu poussive mais bon enfant, pépères et mémères se trémoussent tant bien que mal en rythme, sous l'œil goguenard de ceux qui restent sagement assis sur leurs chaises installées sous les platanes de la place.

Retour tranquille vers notre maison avec de nombreuses haltes sur des bancs pour regarder les estivants sur la plage, les gamins avec leurs cerfs-volants, les chiens qui courent sur le sable et plus au loin, les silhouettes courbées de ceux qui ramassent des coques ou je ne sais quoi, se fichant complètement des panneaux disséminés un peu partout le long de la plage et qui l'interdise. Le soleil, le vent, le sable sur la peau du visage, je suis fatigué de cette première journée. Une douche et lecture.

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Nous prenons le Chemin de Fer de la Baie de Somme pour rallier le Crotoy à Saint-Valery-sur -Somme. Je reviendrai prochainement dans une autre note, sur cette « expédition ». Visite de la ville. Le canal où les bateaux de plaisance attendent prêts à appareiller, le long quai ombragé par les ormes qui mène jusqu'à la plage, la rue commerçante et ses restaurants de poissons. Nous montons ensuite vers la vieille ville médiévale par la porte qui vit passer Jeanne d'Arc et entrons dans une zone de calme absolu. Jolies petites maisons de style anglais pour certaines avec leurs jardins fleuris, la route se poursuit par un chemin pierreux vers la chapelle d'où la vue s'étend sur toute la baie de Somme, le cap Hornu et le Crotoy là-bas de l'autre côté. Nous redescendons vers la plage et retour vers le centre-ville. Installés sur un banc accueillant nous dégustons une glace en attendant le train du retour tout en regardant les bateaux et les mouettes qui passent. 

La mémoire de l'appareil photo est presque pleine, déjà ! Et nous avons oublié à la maison les cartes mémoire de secours et le câble de déchargement sur le micro ! Nous devons allez à Rue pour y trouver un photographe. A peine sortis du Crotoy nous passons devant le marais communal sur la route de Saint-Firmin, de nombreux cygnes blancs y prennent un repos bien mérité sur les plans d'eau tandis que des chevaux Henson broutent non loin de là. Des canards et d'autres petits oiseaux d'eau barbotent sur les étangs. L'occasion est trop belle de

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prendre quelques clichés supplémentaires.

La ville de Rue a un riche passé historique remontant à l'époque où c'était un port de mer fortifié. Aujourd'hui subsistent le Beffroi (à l'origine le beffroi était érigé comme signe d'autonomie communale, symbole de la liberté. Au fil des siècles, il est devenu le symbole de la puissance et de la prospérité des communes) et deux chapelles classées, l'église Saint-Wulphy et autre attraction, le musée des frères Caudron pionniers de l'aviation dont on a fêté cette année le centenaire. Promenade dans les rues, j'achète la Voix du Nord pour avoir le détail du remaniement ministériel annoncé hier soir ainsi que les informations locales, j'en profite aussi pour acheter le  gâteau battu de Picardie dont je vois des offres alléchantes dans toutes les boulangeries, une sorte de variante de la brioche en plus aéré ou plutôt du pastis Landais sans son nappage sucré. Un de ces desserts basiques que j'aime goûter quand je suis en province.  

Aujourd'hui nous consacrons notre journée à la visite du parc du Marquenterre, une des principales raisons de notre venue en vacances dans la région. Ce magnifique parc ornithologique est une merveille absolue de renommée mondiale et j'y reviendrai là encore dans une prochaine note. Le lendemain le temps orageux s'est confirmé, il a plu une partie de la nuit, très fort au petit matin ; quand je me lève il pleut encore par intermittence. Le ciel est gris, la baie à marée basse est grise aussi, ces deux non couleurs se mélangent sans que les points de jonction soient bien identifiés créant une sorte de vide qui pourrait être triste mais qui néanmoins ne l'est pas sans que je puisse pour autant l'expliquer. Les nuages semblent se dissiper en prenant le large, poussés par une lumière venant des terres, ce que je prends et espère être une éclaircie durable, un retour du beau temps. Nous tentons une sortie vers le marché qui le vendredi se tient sur la place Jeanne d'Arc, c'est-à-dire à l'entré du port et autour du monument aux morts. Jeanne d'Arc fut enfermée en 1431 par les Anglais dans le château du Crotoy dont il ne reste quasiment rien aujourd'hui. A peine partis la pluie se met à tomber puis à redoubler de violence, en quelques instants je suis trempé car mon vêtement de pluie léger n'est pas très performant, c'est à un train cadencé que nous parcourons le marché où les commerçants se recroquevillent sous leurs auvents, attendant de rares clients restés chez eux à l'abri ; quand nous rentrons tous nos vêtements sont mis à sécher sur des chaises, chaussures et chaussettes s'égouttent sur le carrelage. Je ne ressortirai plus de la journée, même quand ma femme profitant d'une légère embellie dans l'après-midi ira faire quelques courses chez Shopi. Le midi alors que j'allume la télévision pour écouter les informations nous tombons des nues en apprenant le décès de Michael Jackson !

L'orage est passé mais le ciel est toujours gris ce matin, nous allons nous promener vers le marais communal, là où nous avons vu de petits étangs avec des chevaux Henson et de nombreuses mouettes rieuses, canards, cygnes et vanneaux huppés. Quelques photos encore, puis nous poursuivons notre balade vers l'étang de pêche à la truite. Le décor est charmant, des tables de pique-nique et des bancs autour du plan d'eau ceinturé d'arbres qui le protège du vent. Le chemin du retour longe la dune qui nous cache la plage, dans les talus de nombreuses et larges entrées de terriers abritant je ne sais quels animaux ainsi que des crottes de lapins.  

Après déjeuner, direction le centre ville. Nous passons devant la maison, près du port, où vécut durant plusieurs années Jules Verne et où il aurait écrit Vingt Milles Lieux sous les Mers. Le soleil perce parfois les nuages et la mer qui monte prend des teintes irisées et quasi irréelles. Enfin le miracle se produit ; j'avais déjà évoqué dans une note ancienne, la fascination qu'exerce la mer sur moi et mon attente d'un évènement extraordinaire quand je reste des heures à la regarder danser dans les golfes pas très clairs, cet instant est enfin arrivé puisque alors que nous contemplons l'eau qui monte dans le port, un museau émerge soudain puis disparaît avant de réapparaître plus loin ; un phoque se balade devant nos yeux dans l'indifférence générale, ou presque, des vacanciers trop occupés à lire les menus des restaurants ou à regarder les chiens qui s'ébrouent sur la plage. Quand nous étions allé à la pointe du Hourdel, de l'autre côté de la baie, là où séjourne une colonie de ces gentils animaux, nous avions eu beaucoup de mal à en apercevoir un très loin de nous au large, et cette année, alors que je n'y pensais plus, en voici un qui folâtre sous mes yeux ! Une bien belle journée en vérité.

Il fait franchement beau dès le matin quand nous sortons pour une promenade vers le centre ville. On sent que la journée sera chaude, que nous sommes dimanche et que les touristes ou les habitants des résidences secondaires ne vont pas tarder à investir la ville, la plage et les restaurants comme des envahisseurs vainqueurs et sûrs de leur bon droit. Les vélos sillonnent les rues, un groupe de randonneurs emmené par un guide local profite de la marée basse pour traverser la baie à pied, les mouettes se massent autour des poches d'eau retenues par les sables pour y glaner des nourritures prisonnières, des gamins courent sur le sable chaud.

Nous achetons sur le port des crevettes, de la salicorne et des oreilles de cochon, tous produits de la mer, pour notre repas du midi. Salicorne et oreilles, plantes marines, s'ébouillantent rapidement dans de l'eau non salée, la première est délicieuse en salade alors que les autres se rapprochent des épinards en plus doux.   

L'après-midi bien que les jeux soient faits, nous tentons une sortie vers l'étang à truites, espérant y trouver un banc à l'ombre. Toutes les places sont prises bien entendu, nous faisons un tour de la pièce d'eau avant de nous attarder une fois encore devant les chevaux Henson qui pataugent dans le marais communal entourés de nuées de mouettes rieuses qui criaillent en permanence. Le centre ville est trop loin pour une glace, les forces nous manquent, nous rentrons au frais.

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Promenade sur la plage, pieds nus j'arpente le sable à peine humide et c'est comme un massage sensuel, la plante des pieds s'enfonce à peine dans le sable tiède à température humaine, comme si je marchais sur un corps vivant. Bien entendu je fais ce qu'il ne fallait pas faire, je m'aventure vers la plage découverte par la marée basse, vers ces buissons d'herbes marines, là ou le sable très humide se confond avec la vase et mes pieds nus se transforment aussitôt en deux bottillons de gadoue pas très ragoûtants. J'aurai beau les nettoyer dans le sable sec et chaud et gratter avec mes ongles, je suis obligé de rentrer pieds nus à la maison et de les passer sous la douche. La chaleur commence à se répandre comme un invisible manteau de torpeur, je n'ai plus qu'une envie, me caler dans un fauteuil, lire quelques pages de mon roman en cours et me laisser tomber dans les bras de Morphée pour une sieste sans remords.

La mer est haute maintenant, le soleil décline lentement mais ses rayons frappent la surface de la mer et explosent en une réverbération douloureuse pour les yeux. Quelques baigneurs, de l'eau jusqu'au ventre barbotent devant notre fenêtre. Trois cavaliers ont engagé leurs chevaux dans la mer et longe la plage, les bêtes ont de l'eau jusqu'au poitrail. Eté, mer, chaleur, vacances, beauté du paysage, cet instant n'a pas de prix.

Le soir nous sortons admirer la lumière rasante du soleil qui se couche, au-delà de la Baie de Somme de nouveau à marée basse, là-bas où la mer s'est retirée. « La mer est partie, si loin qu'elle ne reviendra peut-être plus jamais ? » écrivait ici même Colette dans Les Vrilles de la vigne.

Je me suis réveillé très tôt ce matin, petit-déjeuner, douche, à 7h30 je suis déjà prêt. Je sors voir la mer se retirer à nouveau. Saint-Valéry est à peine visible de l'autre côté de la Baie en raison de la brume, la zone qui s'étend entre moi et l'autre rive alterne bancs de sable, filets d'eau et nuées de mouettes blanches au sol ; le soleil se lève lentement dans mon dos et commence à dégager la vue. Il fait très bon, je me sens vivre comme rarement. Dans l'après-midi, descente en ville pour acheter le journal et j'en profite pour entrer chez le coiffeur déserté par sa clientèle. Boutique ancienne et coupe de la même époque, sans shampooing et aux ciseaux, tarif d'époque aussi, dix euros, et tous les potins sur la ville !

La chaleur devient accablante. A peine rentré je file sous la douche avant de m'effondrer dans le canapé avec mon bouquin.

Grosse brume sur la baie en ce début de matinée et il fait presque « froid » quand nous descendons au centre-ville boire un petit café sur la place Jeanne d'Arc. Peu de monde, tous les bancs sont inoccupés, c'est dire ! Lentement le soleil fera son trou et quand nous retournons à l'Angélus de la mer la chaleur a fait sa réapparition, néanmoins aujourd'hui elle sera moins accablante qu'hier.

L'après-midi nous louons des vélos bleus et guidon en corne de buffle, et en voiture Simone ! Il y a de nombreuses pistes cyclables ce qui favorise la circulation des deux roues à pédales. Nous longerons plusieurs fois de suite le marais avec ses chevaux et ses oiseaux. A chaque fois, c'est la même chose, mais à chaque fois c'est un émerveillement car il y a toujours un nouveau détail qui attire notre attention, un cygne avec ses petits, tout gris aux plumes duveteuses, des canards avec leurs canetons encore plus jeunes, gros comme un poing de petit enfant ; et ces chevaux toujours magnifiques, qui chose étrange pour des chevaux me semble-t-il, se couchent sur le flanc pour bronzer au soleil ?

La promenade est un peu gâchée car le vélo de ma tendre et chère est mal réglé et les plaquettes de freins frottent contre la jante en permanence ce qui l'oblige à redoubler d'efforts pour pédaler. Nous échangeons nos vélos. Une merveilleuse après-midi quand même.

Notre dernier jour et comme tous les derniers jours de vacances, un vrai crève-cœur. La journée s'annonce déjà chaude et lourde, des orages sont prévus pour la fin de journée. Dernier tour en ville, la place des joueurs de boules pas encore à l'œuvre, les cafetiers et restaurateurs arrosent leurs terrasses, astiquent leurs sièges et leurs tables, quelques camionnettes de livraisons stationnent en double file et créent un semblant d'agitation. Nous léchons les vitrines, puis retour vers la maison sous le cagnard qui fait déjà mal. Sur la plage les corps rouges des vacanciers tranchent avec la gamme des jaunes du sable découvert par la marée basse, les touffes vertes des salicornes, et les gris bleutés des filets d'eau où pataugent les mouettes rieuses blanches et noires.

Plus tard il faudra envisager de faire les valises...     

  

  

  

    

    


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