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Fatim Zahra…Un Cœur tout neuf !

Publié le 09 juillet 2009 par Caryl

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Fatim Zahra a 26 ans, un visage d’ange, un corps vif et menu, une volonté qui pétille.

Elle a décidé une fois pour toutes de s’extirper d’une condition sociale difficile. Là où tant de jeunes filles choisissent les voies de la facilité, elle a définitivement opté pour le travail acharné. Elle a misé sur la culture, la rigueur, les études.

Un choix remarquable par les temps qui courent !

C’est son sourire qui m’accroche. Je la distingue une première fois dans l’immense bureau où officient la trentaine de standardistes d’un centre d’appel. Elle est depuis plus d’un an, la secrétaire dévouée d’un patron débordé.

Souvent elle cherche son souffle. En fait personne ne se rend compte qu’elle est à bout de souffle.

Quelques mois plus tard, ayant appris que l’enseigne Zara, ce temple de la mode qui fait rêver tous les Marocains, allait ouvrir à Marrakech, elle fait un stage d’essai à Casablanca où ses qualités la font remarquer et recruter d’emblée.

Elle est folle de joie. Le travail est très physique, sur plusieurs étages, le salaire incitatif mais surtout, la progression de carrière pour ceux qui en veulent, est importante.

Fatim Zahra est l’aînée d’une fratrie de quatre enfants. Elle est ambitieuse et a à cœur d’aider ses parents à instruire les plus jeunes.

Elle ne vit que pour l’Instruction, ce trésor sur lequel elle mise tout !

Elle est dans le jargon des grands Alpinistes, ce que l’on appelle Un Premier de cordée.

Cependant, au bout de quelques jours de stage, ses forces s’épuisent…

Elle n’arrive plus à réprimer les battements de son cœur.

Elle cherche son souffle en permanence. Obligée de consulter, on diagnostique une grave atteinte cardiaque.

Elle comprend vite que si elle ne fait pas réparer ce cœur d’oiseau très fragilisé par un rhumatisme articulaire aigu, son rêve d’une carrière brillante et d’une vie normale, s’éloignera définitivement…

Alors, elle saute dans le vide.

Elle consulte… On lui indique un chirurgien en béton, brillant, qui officie dans une clinique privée formidablement équipée et c’est à lui qu’elle va confier ce cœur de battante pour qu’il le lui répare.

Ce cœur réparé lui permettra surtout de travailler avec acharnement pour rembourser la dette pharaonique de l’opération : 130.000 Dirhams !

13 millions… comme ils disent ici… 13 000 euros…

Toute la famille se mobilise désespérément, alors que l’on est déjà si endetté par les études des uns et des autres…Fatim Zahra prend un crédit…des années de dettes pour Vivre… tout simplement…

L’opération se passe bien, les suites sont très pénibles, une fatigue immense. La convalescence est cependant jugée par le chirurgien comme normale car ce cœur qui souffrait et devenait énorme, reprend un volume et un fonctionnement, lui aussi, apparemment… normal…

Personnellement émue par une si grande volonté, je l’appelle souvent de Cannes où je digère avec difficulté la mort de mon père.

Je retourne sur les traces de ce dernier à Marrakech où il a passé toute son enfance et dans cette solitude choisie je renoue les fils de mon dialogue avec lui.

Je m’enquiers de la convalescence de Fatim Zahra et la découvre quelques mois plus tard…dans un Hôpital…à Marrakech !

Elle souffre d’un mal étrange, la belle jeune fille a laissé la place à un petit squelette, son teint est dramatiquement jaune…elle claque des dents et se terre sous de grosses couvertures…

On lui dit qu’elle a « des hémorragies à l’intérieur du corps » mais on ne sait où ni pourquoi…

Elle subit des transfusions toutes les semaines. Elle n’a plus d’espoir. Sa décision folle de se faire opérer l’isole des siens qui ne savent que pleurer et prier.

Ils ne comprennent pas comment elle a pu rompre l’équilibre antérieur.

Il est vrai qu’elle ne se plaignait jamais. D’elle, ils ne voyaient que son sourire…

A l’hôpital, on lui fait sans anesthésie, avec des sondes, une batterie d’explorations… stomacales… intestinales… traumatisantes…avec les risques de perforation et d’infection que l’on imagine…

Elle est un cas intéressant pour les jeunes internistes qui défilent devant son lit…

On ne lui trouve plus de veines pour la piquer. Lorsque enfin, on lui trouve une veine, elle garde un cathéter en permanence avec la porte d’entrée inévitable aux millions de microbes…

Sans rien connaître, j’ai l’intuition forte que tous ces désordres ont un lien mystérieux avec l’opération.

Je décide d’aller voir le Chef de service, la chef en l’occurrence. Elle me fait savoir qu’ils investiguent toutes les pistes pour trouver pourquoi le sang de Fatim Zahra perd tous ses facteurs de coagulation.

Je reçois un matin un SOS par SMS… «Je sens que je suis en train de mourir »

Je me précipite… on parle d’hémolyse aigue… Un mal qui bouffe littéralement les globules rouges.

Le taux d’hémoglobine qui devrait être à 12 a chuté à 5…

Je la sens enterrée dans un bunker qui a pour nom Désespoir Absolu. Elle est en train de nous quitter. Moralement et physiquement.

Je décide de lui prendre la main et ne plus la lâcher.

On est en train de perdre un être humain, précieux comme tous les êtres humains mais plus encore peut être que beaucoup d’autres…

Je me plonge pendant des heures sur Internet, cet encéphale mondialisé et je finis par découvrir caché dans les millions d’informations de l’ordinateur, son cas : Une hémolyse aigue suite à la pose d’un anneau mitral, cet anneau que le chirurgien a posé pour redresser sa valve cardiaque défaillante.

Seule solution, d’après l’article, il faut refaire l’opération car un anneau mal adapté ou mal posé peut être responsable de ces fuites de globules…

Je fais fébrilement un lot de photocopies et j’arrose la demi douzaine de médecins concernés par son cas.

Je monte en urgence à Casablanca et demande rendez vous au « célèbre chirurgien»  qui après un long stage dans sa salle d’attente, me recevra avec courtoisie entre deux opérations.

Je m’apercevrais très vite qu’il sait de quoi souffre Fatim Zahra… Il ne jettera pas un seul regard au dossier que je lui tends…

Cependant conscient de l’urgence et de la course contre la montre qui cette fois ci, a un témoin capital en ma personne… il appelle Marrakech …il faut rapatrier Fatim Zahra d’urgence sur Casa…

Problème : Qui va payer la deuxième opération ?

A nouveau, au bas mot me dit-il, 13 millions à trouver…

13 Millions ! Pour une famille déjà écrasée financièrement et atomisée moralement par l’imminence du drame qu’elle pressent…

Je tente une sortie en lui demandant s’il n’a pas une assurance personnelle qui peut prendre en charge ce deuxième tsunami…

Il me répond fermement mais courtoisement que son geste opératoire n’est pas mis en cause et que de toutes manières, il fait ce qu’il peut et n’a pas une obligation de résultats…

Nos regards s’affrontent, je sais que cette opération coûte très cher, la prothèse, les nombreuses poches de sang et sans doute la dialyse et la réanimation qui devrait suivre pour soulager des reins qui eux aussi sont totalement débordés…

Je le quitte dépitée surtout lorsqu’il me dit avoir un congrès qu’il ne peut remettre et ne pas vouloir prendre le risque d’une opération si délicate dans l’urgence en n’étant pas là pour assumer les suites…

Rendez vous est pris pour le 20 Novembre…Mais je n’ai pas confiance. Mon radar naturel me dit que j’ai face à moi un homme d’affaire pur et dur. D’ici là, on maintiendra Fatim Zahra avec des transfusions hebdomadaires…onéreuses et toujours dangereuses…

Elle a fait ses prières et entre deux transfusions, s’est réfugiée chez une tante à Casa qui va tricoter un cocon d’affection à l’abri de l’angoisse des siens.

C’est là que mon coup de fil quotidien la rejoint pour lui insuffler des forces, mot par mot.

Des mots pour chasser les maux et lui permettre de tenir.

Hémolyse aigue ça veut dire plus de globules rouges. Or ces précieuses petites boules apportent entre autres, l’oxygène indispensable au cerveau…

Je dois lui rendre la Confiance. Confiance en elle, en son propre destin et surtout, confiance en les autres. Pour qu’elle se projette à demain, je dois surtout lui faire comprendre que ses rêves ne sont pas éteints.

Dans la solitude, ma réflexion s’aiguise. Impossible de perdre du temps à se lamenter sur la situation et le manque de cœur du chirurgien.

Demain, c’est certain, Fatim Zahra ne sera plus là.

Ma décision est prise, je dois mettre en place un système de coopération extraordinaire pour la sauver. Faire appel à de très nombreuses bonnes volontés.

Quelques jours plus tard, Fatim Zahra est en état de choc, choc à la transfusion. Y a t-il eu une erreur de manipulation entre 2 flacons ? Personne n’en sait rien et puis son corps n’en peut plus. Elle a maintenant glissé au fond d’un gouffre vertigineux.

Nous devons monter dans l’urgence une Cordée de Femmes volontaires pour aller la chercher et la remonter à l’air libre.

Il nous faut de Super Spécialistes, des Spécialistes du cœur…des personnes capables chacune de balancer une grande énergie, quelques dizaines ou centaines ou milliers d’euros ou de dirhams, et surtout des paroles et des pensées de soutien et d’encouragement.

J’envoie un SOS. La première à recevoir le message d’alerte est la directrice du Zara de Casablanca. Je lui raconte tout en détails…Nous pleurons en silence…

Le lendemain avec l’énergie du désespoir elle diffusera l’appel au secours autours d’elle.

Le message se répand à la vitesse d’un cheval au galop.

Dans le silence des consciences, chacun sent bien qu’il est interpellé au plus profond de lui-même.

Le premier de cordée, celui qui va lancer la cordée de secours et prendre toute la responsabilité de la mission sur ses épaules de battante, est une femme. Elle est la présidente humaine et volontaire d’un grand groupe économique.

Devant l’urgence, elle enchaîne solutions sur solutions. Prend tout à sa charge, décide, avance, taille et tranche sans hésitations !

Fatim Zahra est transportée en urgence à Rabat, le meilleur chirurgien dans la meilleure clinique est alerté !

Les équipes sont sur le pied de guerre, se consultent… les bilans s’enchaînent avec une méticulosité et une précision d’horloger.

Sous l’impulsion de sa Présidente, tout le groupe se mobilise ! Du directeur d’exploitation au directeur financier, de la directrice des ressources humaines jusqu’au moindre conseiller de vente, tous sont attentifs, suspendus aux bulletins médicaux.

Beaucoup oubliant leurs soucis quotidiens, font des allers retours sur leur temps de libre, entre Casa et Rabat…

Une cordée de secours de valeureux Alpinistes, les hommes les plus costauds de Zara, part donner son sang en masse à la transfusion de Rabat. Le sang, cette précieuse énergie de Vie qui a déserté le petit corps martyrisé de Fatim Zahra, est offert généreusement goutte à goutte pour la sauver…

L’opération s’avère plus compliquée que prévue. Les reins ont morflé sous le déluge des hémorragies permanentes.

Le cœur n’en peut plus. C’est une breloque qui peut s’arrêter à tout moment.

Il faut maintenant poser une véritable prothèse cardiaque avec des risques de mortalité très importants.

Tout le groupe sous l’impulsion de sa Présidente, son premier de cordée, est concentré.

Chacun minutieusement s’attache à l’autre, comprenant que le salut de la mission, repose désormais sur une coopération sans faille.

Tous se concentrent et prient.

Il faut injecter en urgence du courage et de la force.

Pour la première fois, la jeune fille qui mourrait dans l’indifférence, nous sent tous autours d’elle, vibrants d’énergie contenue, responsables de sa vie.

Lorsque le jour de l’opération arrive, c’est un ange avec un merveilleux sourire que les médecins vont opérer.

L’Amour ce sentiment grandiose a permis de maintenir en vie heure après heure, Fatim Zahra jusqu’au Jour J.

Sa vie était noire, glacée, douloureuse… elle se préparait à décrocher et à mourir.

Et soudain, tant de sollicitude, de chaleur, d’affection, et c’est le soleil qui se lève enfin sur des matins dorés.

Elle nous dit que même si elle meurt demain, elle meurt heureuse… Elle a eu accès à l’Amour Universel. Elle est entrée dans la lumière.

Centimètres par centimètres, avec une précision et une énergie sans faille, la cordée de secours dirigée par Salwa Akhannouch, a permis de remonter Fatim Zahra du gouffre profond où elle gisait, pour la déposer délicatement dans la Lumière.

Est-ce que l’on peut rater l’opération d’un ange ?

Les chirurgiens encouragés par ce réseau extraordinaire, ont trouvé et inventé pour elle des gestes salvateurs avec la main de Dieu posée sur la leur…

….

Quelques mois plus tard c’est une jolie et frêle jeune femme qui entame ses fonctions au magasin Zara de Marrakech…

…Tout le monde pleure de joie.

Fatim Zahra prend la parole pour raconter en quelques mots simples son histoire.

Elle aura ce mot magique :

« Je suis la preuve vivante que la compassion pour son prochain et l’Amour peuvent guérir et transformer la nuit la plus noire en le jour le plus radieux.

Je veux que vous sachiez que le Navire à bord duquel vous vous trouvez et qu’il nous appartient à tous de faire avancer, a un capitaine extraordinaire à la barre!… »   

Sait-on que lorsqu’on sauve un humain, on sauve tout son potentiel à faire du bien sur cette planète ? On sauve des prières qui font le tour de la terre, de la tendresse, des larmes de joie, des sourires, le parfum des roses …

Que ceux qui ont participé à cette merveilleuse expédition de sauvetage soient ici, profondément remerciés.

Que l’Amour Universel continue pour toujours d’illuminer leur Vie si précieuse.


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