Magazine Humeur

"Pourquoi je démissionne des Verts"

Publié le 09 juillet 2009 par Gchocteau

Ce n'est pas moi qui démissionne, mais Martine Billard, députée des Verts, passée au Front de Gauche.

Ce n'est pas une nouvelle qui tombe et surprend tout le monde chez les Verts. Elle l'avait déjà dit en interne et le positionnement d'Europe Ecologie, avant, pendant et surtout après les européennes. Bon, après, on peut se demander réellement si elle ne devrait pas rendre son mandat et repasser par les urnes, car elle a été élue sur une programme Verts, et donc, ses électeurs seraient en droit de demander à revoter... Bon, on sait que cela ne marche pas comme cela, tant pis.

Les raisons de son départ sont exposées dans un courrier. Reprenons les, car je m'y retrouve quand même beaucoup...

J'ai décidé de démissionner aujourd'hui d'une organisation dont le projet n'a plus que de lointains rapports avec celui auquel j'avais adhéré il y a 16 ans. A cela, il y a 3 raisons majeures :

16 ans ! J'en suis à 7 et je me pose les mêmes questions. Comme quoi...

1/ l'incompréhension des réalités du monde du travail
Du fait de leur composition sociale (très peu de salariés du secteur privé en dehors des secteurs de la communication et de l'informatique) et de leur vision restreinte de l'écologie, les Verts se préoccupent peu des questions sociales et encore moins du travail, en dehors de déclarations généralistes. A l'exception du champ environnemental, ce sont toujours les mêmes militants, ceux qu'on appelle la « gauche des Verts », qui sont présents depuis des années sans réel soutien du parti Verts et souvent même en opposition avec d'autres militants pour qui il est incongru de perdre son temps avec le social lorsqu'on est écologiste. Les Verts apposent leur signature sur beaucoup d'appels à mobilisations ou de déclarations de soutien mais, concrètement, sont très peu impliqués dans les collectifs et réseaux associatifs non-environnementaux et encore moins syndicaux.

Même si ma région a tendance à contrarier l'argument, il est vrai que, pour ma part, je suis entré chez les Verts sur des considérations environnementales, certes, mais aussi et surtout, pour des considérations sociétales très progressites : les positions sur le partage du travail, l'homosexualité, la défense des droits de l'homme, l'alternative économique, ... Or, peu à peu, je m'aperçois que seuls les considérations environnementales sont le prisme par lequel tout peut (doit ?) exister dans le discours des Verts. Quitte à plier et déformer ! C'est ce que j'exprimais dans mon ressenti sur les européennes... Jadot est probablement (certainement) un homme très bien, mais que pense t il de la laïcité ou de la pression fiscale ? Quant à l'immersion des Verts dans le milieu associatif, on s'aperçoit rapidement que seule l'économie solidaire trouve grâce à leurs yeux, et surtout les associations liées à l'environnement. Et pour les luttes, je croise peu de Verts dans les syndicats (Même si il y en a, bien entendu), et de toute façon, c'est toujours les mêmes.

2/ un parti de plus en plus institutionnel
J'ai rejoint les Verts en 1993 pour l'écologie, le féminisme et la politique autrement. C'était un parti bouillonnant, parfois imprévisible mais toujours vivant. Ce n'est plus le cas aujourd'hui où tout débat véritable est étouffé au profit d'un seul objectif, obtenir le plus d'élus possibles. Certains appellent cela du pragmatisme, malheureusement cela tourne souvent à l'opportunisme.

Le choix clairement pris a été de prendre des responsabilités dans les exécutifs. Devons nous le regretter ? Les Verts ont clairement fait le choix d'être un parti de gouvernement. Et cela impose bien entendu des droits et obligations, qui canalisent les fougues de la jeunesse ou les extrêmismes de tout poil (Le NPA ne veut pas entrer dans les exécutifs pour ne pas avoir à gérer la réalité !). Mais là où je suis d'accord, c'est que les Verts ont subi (? ?) une poussée forte en 20 ans, et que des militants ont pu être élus plus facilement que si ils avaient choisis le PS ou le PC. Le parti s'est donc retrouvé aussi à gérer des élus, surtout territoriaux, sans pour cela décupler ses adhérents. On dit souvent que les Verts sont un parti d'élus (Qui a dit "notables" ?). Ajouté à une base assez peu ouvrière, on peut comprendre ce que veut dire Martine Billard.

La politique autrement a aussi été rejetée au rang des vieilleries à jeter au rebut : le cumul des mandats s'étend et se revendique (la moitié des parlementaires nationaux, bon nombre de conseillers régionaux). La course aux postes est constante et manifestement déjà relancée par le récent succès d'Europe Ecologie. La démocratie interne s'est réduite à une peau de chagrin et le fonctionnement clanique imprègne beaucoup de décisions : la transparence est en net recul et nombre de demandes d'éclaircissements y compris au sein des instances de délibération des Verts (Conseil national interrégional) restent lettre morte.

Pas grand chose à dire. Elle a raison, et pour cause, elle en était un rouage. Ce que je peux en voir, lire et comprendre, correspond assez à ce que dit Martine. C'est un fonctionnement de parti politique, comme les autres, avec ses stratégies, ses défauts et ses qualités. L'idée de faire de la politique autrement s'est heurté à une certaine réalité du pouvoir. Le Parti de Gauche sera t il différent pour gérer ses contradictions internes ?

3/ l'effacement du clivage droite/gauche
J'ai toujours été une femme de gauche et je le reste. Je sais que certains considèrent cela comme dépassé, archaïque, ringard. C'est vrai que les partis de gauche sont souvent désespérants et incapables de comprendre les enjeux du 21ème siècle. Mais, à droite, Nicolas Sarkozy est porteur d'un projet libéral-autoritaire pleinement assumé et il faudrait avoir honte d'être de gauche ? Lorsque la gauche se délite, comme dernièrement en Italie, c'est la droite dure et populiste qui occupe l'espace politique, et non le centre ou l'écologie.

Clap clap clap clap ! Totalement, j'adhère... Oui, il y a une différence entre la droite et la gauche, oui Sarkozy est un danger réel et sérieux, y compris en 2012, oui, être de gauche signifie quelque chose ! Or, à maintes reprises, mon affichage de gauche chez les Verts a été source de railleries par certains. "Nous ne sommes pas de gauche, nous sommes écologistes, avec un projet d'écologie politique", "être de gauche, c'est être comme le PC, productiviste et nucléairocrate ?"... Réponses absurdes et caricaturales pour un vrai soucis de positionnement.

J'ai été élue députée en 2002 sur la base d'une candidature écologiste soutenue par le Parti socialiste au premier tour et par l'ensemble des forces de gauche au second tour. J'ai été réélue en 2007 dans une configuration similaire (Verts-PS-PRG, au premier tour et toute la gauche au second).

Je ne peux donc me réjouir de la crise de la gauche alors qu'aucune force de gauche n'est encore prête à prendre le relais pour proposer un nouveau projet politique de transformation sociale, écologique et démocratique à la hauteur des réponses à apporter à la crise globale du système à l'échelle de la planète.

Oui, là encore, elle a malheureusement raison...

Mes convictions écologistes n'ont pas changé, elles se sont même renforcées. Mais justement, parce que l'urgence est de plus en plus grande, je ne peux me résoudre à une simple gestion environnementale du système, toute positive qu'elle soit, sans que cela ne s'articule à un projet global clair. Pour affronter la crise actuelle - économique, sociale, démocratique et écologique -, il faut apporter des réponses qui ne se contentent pas de changements à la marge. Les Verts n'ont plus cette audace : d'un parti pour la transformation de la société, ils sont devenus un parti d'accompagnement.

Oui, sauf pour la question du parti d'accompagnement, je trouve que c'est un peu fort... Mais bon, elle n'allait pas jeter des fleurs...

Les résultats des européennes constituent certes une bonne nouvelle pour l'écologie mais je suis en désaccord avec le projet politique d'Europe-Ecologie, tel que confirmé ces derniers jours par ses animateurs. En effet, je ne peux me retrouver dans un rassemblement qui entretient la confusion quant au clivage droite/gauche, au point, pour certains, de prôner un élargissement du rassemblement jusqu'à des environnementalistes membres du gouvernement UMP ou participant à des exécutifs municipaux de droite.

100% d'accord avec toi...

J'ai donc décidé de faire le pari de construire ailleurs la synthèse entre le social et l'écologie pour laquelle je me suis battue pendant 16 ans chez les Verts. C'est pourquoi, avec Paul Ariès, objecteur de croissance et directeur du journal Le Sarkophage, nous lançons un appel aux écologistes de gauche afin d'oeuvrer à l'évolution du Parti de Gauche en ce sens, en participant à la préparation de son congrès programmatique de fin d'année..

Son appel me tente, le croirez vous ?

Face à l'hégémonie de la droite en Europe, c'est une force de gauche et écologiste qui est nécessaire, et non une force centriste.

Oui. Je le dis assez à longueur de pages sur mon blog... Mais le risque réel est que le Parti de Gauche accepte ce courant de pensée comme courant et ne fasse comme le PS avec son courant écologiste (Ancien des Verts d'ailleurs), c'est à dire, un appendice caution environnemental !

Je vais aller creuser la question... Je vais contacter Martine Billard...

A suivre (Forcément !)

tag : Politique, Coups de coeur, Sociétal, Coup de gueule, Sarkozy, Les Verts, Elections européennes, Europe écologie, Parti de gauche, Martine Billard, Jean Luc Mélenchon

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