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L’écologie est-elle une science qui sert à quelque chose?

Publié le 21 juillet 2009 par Timothée Poisot
Scientists by Craig Anderson.

crédit photo : Craig Anderson

Avec les compères de Plume!, nous avons lancé une opération qui consiste, en gros, à watching the watchmen; autrement dit, si ceux qui vivent en dehors des labos nous observent et se forgent une image de nous, il est important qu’on aille à leur rencontre pour savoir ce que c’est, vraiment, cette image. Pour y arriver, il nous a suffi de descendre du Tram montpelliérain station Saint-Roch, et d’aller interviewer les gens qui attendaient leur train.

Vu que ce travail est un travail de groupe, je ne vais rien divulguer d’intéressant, seulement rebondir sur une chose qu’on m’a dit qui m’a un peu fait tiquer. Une des personnes avec qui je discutais m’a dit qu’elle irait bien voir des événements scientifiques si seulement on y parlait de recherche utile, qui sert vraiment à quelque chose.

D’ou le dialogue suivant:

– Comme quoi? – Ben comme l’écologie par exemple!

Je suis heureux de voir que ma discipline est de la recherche utile qui sert à quelque chose ! Ou plutôt, je serais heureux si ça n’était pas révélateur d’un manque de compréhension assez important, dont les médias et les politiques sont très largement responsables.

L’écologie, telle que définie par Haeckel en 1866, est la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence. Autrement dit, l’écologue (the ecologist) s’intéresse aux relations entre l’habitat et ses occupants. Celui qui parle de recyclage, c’est l’écologiste (the environmentalist). La traduction en anglais est assez importante pour comprendre l’origine de l’incompréhension, et surtout ses conséquences.

Quand je dis que je fais de l’écologie, et qu’on me répond Ah oui comme GreenPeace, j’ai du mal à réprimer un soupir. Non, pas comme greenpeace. Je suis un scientifique, pas un fanatique quasi-religieux. Par des écarts de langage assez irresponsables, les médias et nos politiques ont fini par faire passer l’idée que l’écologie, c’est l’environnementalisme. On a même un ministère de l’écologie.

Si ça ne vous choque pas, alors pourquoi ne pas avoir un ministère de l’immunologie fondamentale, des mathématiques appliquées, et de la chimie organique ?

L’écologie en tant que science est confondue avec les technologies vertes, le développement durable, qui appartiennent au courant environnementaliste. Aucun journaliste ne fait la différence, et c’est franchement consternant. D’une part, ça n’aide pas à crédibiliser l’écologie en tant que science – et ça donne des écologues une image de hippies qui mangent des racines et utilisent du savon bio (ce qui, soit dit en passant, est le cas pour une vaste majorité).

Les écologues étant aussi des écologistes, et les journalistes étant incapables d’ouvrir un dictionnaire, le grand public associe l’écologie avec le courant vert, eco-friendly, plutôt qu’avec ce qu’elle est vraiment : une discipline scientifique, un corpus de théories, et une masse de données incroyable.

D’où la question – non, pas provoc’ pour un rond – qui sert de titre à cette note. Est-ce que pour le grand public, c’est l’écologie qui est une science qui sert à quelque chose (est-ce que la société aura l’impression que les écologues ont fait un truc utile si le débat Neutral versus niche prend fin?), ou est-ce que les technologies vertes sont perçues comme utiles ? Vous imaginez bien que c’est la deuxième réponse qui prévaut. Et il y a donc un travail de vulgarisation important à faire sur deux points : (i) faire passer le message que l’écologie est une science et pas un système de valeurs qui place l’environnement au sommet, et (ii) parler de science, pour faire comprendre que c’est très différent de la technologie. On pourrait penser à en parler aux journalistes et aux politiques, aussi…


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