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Maintenant, ne plus attendre pour transformer le PS !

Publié le 08 juin 2009 par Ncadene

logo_ps1Le résultat des élections européennes est évidemment mauvais pour le Parti Socialiste, qui ne peut plus justifier le statu quo de son fonctionnement et de ses pratique

Le PS arrive à un résultat plus bas que prévu, tout juste en deuxième position au niveau national, talonné (c’est un euphémisme) par Europe Écologie et troisième dans deux circonscriptions, derrière cette formation.

Le Front de Gauche arrive à peu près au résultat prévu et Jean-Luc Mélenchon est élu dans le Sud Ouest, le NPA est en-deçà de ses espérances, l’UMP arrive à peu près au résultat prévu, le MoDem fait nettement moins que ce qu’il espérait et Europe Écologie (EE) fait bien plus qu’attendu.

Le film « Home » et l’empoignade entre François Bayrou et Dany Cohn-Bendit de jeudi dernier ne sont pas à sous-estimer. Cette dernière a probablement fait perdre des électeurs au leader centriste en faveur des Verts. De même, elle a mis en lumière le caractère « fort » et pour certains, attractif, de la tête de liste d’EE.

La stratégie de François Bayrou de tout centrer sur lui lors d’un scrutin européen n’a évidemment pas été favorable au MoDem.

Europe Écologie a su présenter un « casting » particulièrement attirant de personnalités diverses et qui, ensemble, réunissait aux yeux des électeurs une très large palette de milieux sociaux et culturels (Daniel Cohn-Bendit, José Bové, Eva Joly, etc.).

Si Europe Écologie est si haut, c’est notamment parce que de très nombreux sympathisants socialistes, déçus par les pratiques et les dérives du PS, ont voté pour leurs listes. Ces électeurs qui ont voulu donné un signal au PS l’ont fait en votant davantage pour les Verts que pour le Front de Gauche, ce qui confirme la stratégie que soutenait la contribution « Combattre et Proposer » au congrès socialiste de Reims d’allier radicalité (pour les Verts, c’est ici José Bové), pragmatisme (ici Daniel Cohn-Bendit) et exemplarité (ici Eva Joly).

L’UMP n’a pas fait campagne localement et a joué la stratégie du silence : les candidats, ne se positionnant pas et n’étant pas liés à la politique gouvernementale, ont sans doute gagné un certain consensualisme. Ainsi l’UMP ne s’est pas mis à dos plus d’électeurs et a confirmé sa base.

Le parti majoritaire (qui affichait d’ailleurs « majorité présidentielle » sur les bulletins de vote), au niveau national et sur les tracts, a repris des slogans classiques jouant sur les peurs primaires de tout un chacun (avec une mauvaise foi incroyable et par ailleurs inquiétante pour la vie politique française) : contre l’entrée de la Turquie en Europe, contre l’économie spéculative, lutte contre l’immigration, etc.

Le slogan général de l’UMP : « Quand l’Europe veut, l’Europe peut«  fut très justement choisi. Il suit la même logique, depuis la présidentielle, de mettre en avant le volontarisme.

Le Front de Gauche (6,3%) a su faire une bonne campagne de proximité, très présent sur le terrain (porte à porte, affichage, tractage, mobilisation des militants, etc.), ce qui lui permet de faire un score honorable. En 2004, le PCF atteignait 5,9% au niveau national.

Le NPA est apparu isolé suite à son refus de tout rapprochement avec le Front de Gauche et le refus de LO de s’allier à lui. Cependant, son score est bien supérieur à celui de LO/LCR ensemble en 2004 : 4,8% au lieu de 2,6%.

Mais soyons clairs : si le PS avait été profondément réformé, sans ambiguïté sur ses fondamentaux de gauche, avec un leadership assumé et une attractivité retrouvée, il aurait obtenu aisément les 20% escomptés.
Le PS paie en partie ses divisions internes.
Ce parti est dirigé de façon centralisatrice par une direction divisée sans leadership, face à des « baronnies » désintéressées des enjeux nationaux et européens et qui ne souhaitent recevoir aucune leçon du national.

Ses grands élus et dirigeants sont pour la plupart les mêmes depuis les années 1980. Il n’y a eu quasiment aucun renouvellement et les rares contre-exemples sont avant tout des hommes d’appareil plus que de conviction.

Ces grands élus sont souvent déconnectés des réalités sociales et de la « vie des gens » et ont trop souvent cédé aux sirènes de la pensée unique libérale (exemples au niveau européen mais également en France). Cela nous a été continuellement reproché durant la campagne. Tous les partis socialistes et sociaux-démocrates européens l’ont payé hier soir. Seuls ceux qui ne sont pas au pouvoir et qui apparaissent comme à peu près sincères et clairs sur les fondamentaux de gauches ont été soutenus.

Soyons francs : de nombreuses fédérations socialistes n’ont pas fait campagne. Cela parce qu’elles sont dirigées par de grands élus tout à fait déconnectés de ces enjeux. Des élus qui préféraient affaiblir certains candidats qui « émergeaient » et qu’ils voyaient comme de futurs concurrents car non inféodés.

Là encore, soyons clairs, au PS la compétence n’a jamais été un vrai critère dans le choix des élus. Il s’agit d’abord d’être « sous la coupe de ». Au final, des élus n’ont donc « pas fait le boulot ». Et cela aussi a été ressenti par les électeurs.

Enfin, le PS est trop souvent « mou » et a laissé trop d’espace aux Verts, au MoDem ou au Front de Gauche sur des questions où il devait maintenir une certaine pugnacité.

Le premier parti d’opposition (pour combien de temps ?) paie aussi la confusion générée par certaines de ses personnalités. Il est difficile de se proclamer « enfin de gauche » lorsque l’on continue de soutenir ou de se glorifier de personnes qui sont parfois trop au service d’une politique libérale ou proche de l’exécutif.

Au-delà du PS, on peut également regretter que les médias, une fois de plus, aient servi la stratégie électorale de l’UMP en ne parlant de la campagne à gauche qu’à travers les guerres de personnes et en ne rappelant jamais les contre-vérités de l’UMP (ce que n’a pas non plus assez fait le PS) et enfin, en associant le fond qu’à la personne de Nicolas Sarkozy et à sa présidence de l’UE soi-disant bonne (alors même qu’elle était éminemment mauvaise).

On peut même s’inquiéter d’une dérive très consensuelle voire droitière de certains médias…

L’abstention a atteint un nouveau record (59,5%). Plus de 75% des jeunes (18-34 ans) n’ont pas voté. Là encore, certains médias mais aussi la droite ont une évidente responsabilité en ayant lancé que très tardivement la campagne.

Mardi se tiendra un Conseil national du Parti Socialiste. C’est l’occasion à ne pas manquer pour changer totalement la direction du PS, la rendre efficace, peu nombreuse, représentative de la réalité du Parti et enfin ambitieuse sur le fond, avec véritablement de nouvelles « têtes ».

La rénovation de notre fonctionnement et de nos pratiques ne peut plus attendre et doit être effectif dès que possible.

Nicolas Cadène

(Membre du Secrétariat fédéral du Gard et du Conseil national)


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