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Battre les Blacks, oui c'est possible. (suite)

Publié le 05 octobre 2007 par Pierre Salviac

Nouvelle Zélande-France 8-22 (1er test)
Christchurch le 26 juin 1994

Pour la première fois dans l’histoire des matches entre les deux nations, ce premier test est joué un dimanche. Ce changement d’habitudes est provoqué par la présence sur le territoire néo-zélandais des Springboks dont tous les matches de week-end sont programmés le samedi. Invoquant des convictions religieuses les joueurs sud-africains refusent de jouer le dimanche. Ce premier test contre une équipe de France, dépréciée par une défaite historique contre le Canada trois semaines plus tôt, passe au second plan face à l’évènement que constitue ce retour des Springboks au pays des All Blacks après des années de boycott pour cause d’Apartheid. Dans l’équipe de Nouvelle Zélande débute Lomu au poste d’ailier. Un phénomène de 19 ans, qui pèse 112 kilos, court le 100 mètres en 10"5, et qui n’a joué que cinq matches de haut niveau à l’aile lui qui a une formation de troisième ligne. Ce jour-là Kirwan, qui redevient titulaire à l’autre aile des Blacks, bat le record de sélections pour un joueur néo-zélandais dix ans après avoir fait ses débuts internationaux au Lancaster Park. Deux débutants dans l’équipe de France : le pilier Califano et le demi de mêlée Accoceberry. Mais surtout un événement : la 100 ème cap de Sella qui vient d’être blanchi par l’IRB après avoir été expulsé injustement contre le Canada le test-match précédent.

Lorsque Berbizier distribue les maillots il ne dit rien. Sella reçoit son maillot de la même manière que Lacroix. Pas de commentaires conformément au voeu du récipendaire. Rien de spécial non plus à l’entrée sur le terrain. C’est derrière son capitaine que le "centenaire" apparaît. Remarquablement préparés par Berbizier les français n’ont qu’un mot d’ordre : "Etre plus Blacks que les Blacks" Un plan anti-Lomu est en place : Ntamak ne s’occupe que de l’extérieur. Sella se charge de l’intérieur.

C’est une équipe néo-zélandaise en pleine confiance qui aborde ce match. Après un quart d’heure de jeu les français sont menés, 0/3. Ils viennent d’encaisser trois points de pénalité marqués par Cooper qui ne connaît pas encore le mal dont il souffre : un cancer qui va bientôt lui prendre la vie.

La défense des tricolores est au point. Les bleus ont du courage à revendre à l’exemple de Deylaud qui n’hésite pas à se mettre en travers de la route de Lomu auquel il rend presque quarante kilos. Grâce à l’efficace jeu au pied de Deylaud les français occupent bien le terrain. En défense les barbelés sont posés. Les Blacks ne passent pas. Deux drops de Deylaud et Sadourny, une pénalité de Lacroix et l’équipe de France qui mène 9/3 à la mi-temps. Incroyable mais vrai ! Juste après la pause Deylaud de tous les coups passe un drop, 12/3.

Mais c’est à l’heure de jeu qu’arrive l’exploit français. Il part d’une relance de Sadourny avec Cabanes en relais. Lacroix décroise son coup de pied pour saint-André qui appelle la balle là-bas dans le coin gauche. Il résiste au placage de Bunce et Kirwan le capitaine de l’équipe de France et passe à Benetton lancé à plein régime dans le couloir. Essai de Benetton transformé par Lacroix, 3/19. Un nouveau but de Lacroix et l’équipe de France qui mène maintenant, 3/22. En regardant l’immense tableau d’affichage qui lui fait face à cet instant, Sella n’en croit pas ses yeux. La victoire assurée les Bleus se relâchent. Les Blacks en profitent pour marquer un essai par Bunce qui atténue l’humilation. Pour la première fois à Christchurch la Nouvelle Zélande perd devant la France. Jamais les Blacks n’ont perdu à domicile devant les français par un tel écart. Les joueurs du XV de France finissent ce match plus bleus que jamais. Zébré de partout, le maillot déchiré témoin de l’âpre combat qui vient de s’achever. Dans les vestiaires Sella reçoit des Blacks une immense bouteille de champagne pour fêter sa centième sélection. Mais les vainqueurs du jour ne chantent pas. Les grandes victoires parfois sont muettes.

On se souvient alors des propos d’avant match de Sella : "Ma 100 ème sélection nesera belle que si il y a une victoire au bout d’un grand match." C’est le cas. Maintenant Sella savoure et ça se voit. Berbizier a déjà la tête au deuxième test et son plan en tête pour réussir l’exploit hoistorique de gagner la série en Nouvelle Zélande. Il reste une semaine à attendre !

L’équipe de France :

J.L. Sadourny - E. Ntamak, P. Sella, T. Lacroix, P. Saint-André (cap) - (o) C. Deylaud, (m) G. Accoceberry - L. Cabannes, P. Benetton, A. Benazzi - O. Roumat, O. Merle - C. Califano, J.M. Gonzales, L. Benezech.

Extrait de mon livre : "Mondialdurugby.com" aux éditions du Readers Digest.


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