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Entretien avec Sophie Chiasson Les CHOI de Sophie

Publié le 04 août 2009 par Raymond Viger

Victime d’un animateur de radio, l’ancienne présentatrice météo Sophie Chiasson renaît. Après une bataille juridique qui l’a menée au bord de l’épuisement, elle prépare son retour à la vie professionnelle. Reflet de Société l’a rencontrée pour faire le point sur l’impact du harcèlement dont elle a été victime.

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Sophie Chiasson n’aime guère revenir sur son affrontement contre la défunte station de radio de Québec CHOI FM et son animateur Jean-François Fillion. Pendant 6 ans, elle n’a existé dans l’opinion publique qu’en tant que victime de ce média. Elle veut désormais être reconnue pour ce qu’elle est et ce qu’elle fait.

Son début de carrière à la télévision avait bien commencé. Diplômée de l’Université Laval en relations publiques, le hasard l’amène à entamer une carrière de présentatrice à Météomédia et à TVA en 1999. Dès le début, elle est prise à partie par CHOI FM et Jeff Fillion. Les commentaires portent sur son intelligence et son physique. On dénigre ses faits et gestes vus à la télévision. «S’ils avaient divagué sur quelqu’un qui a 25 ans de carrière, qui est inébranlable, peut-être. Mais moi, je commençais, j’étais jeune. C’était la première fois qu’on parlait de moi. Et voilà que je me retrouvais sur la sellette de cette façon là.»

Sophie Chiasson tente de régler elle-même le problème. D’abord, en acceptant d’accorder une entrevue à son bourreau pour lui faire comprendre la gratuité de ses propos. Rien n’y change. Pendant trois ans, le cirque continue. «On est dans l’acharnement, le mensonge, la diffamation, l’attaque personnelle, le sexisme», explique-t-elle. Originaire de Québec, la jeune femme n’a plus le choix. Sa famille et ses proches sont affectés par les propos outranciers et mensongers qui se répandent dans leur ville. En 2002, elle entame une poursuite contre les gens qui la calomnient.

Trois autres années passent. La jeune animatrice doit faire la navette entre Montréal et Québec pour préparer le procès. «J’avais peur. Plus ça allait, plus j’étouffais. Je vivais beaucoup d’anxiété. J’étais écoeurée de porter ce fardeau. En plus, je devais tout oublier pour travailler. Pour bien animer, j’avais besoin de mon assurance et de mon estime. Il fallait que je redouble de vigilance. J’ai une émission le soir, qu’est-ce qui va être dit le lendemain?»

Un procès médiatisé

En arrivant au Palais de justice, Sophie Chiasson vit d’un espoir: mettre un terme à ces six dernières années d’enfer. «Moi, j’allais régler ma petite affaire. Mais c’était devenu un débat social, politique et psychologique. Mon espoir d’une conclusion s’est vite transformé en désillusion parce que ça continuait.» Faisant fi de l’ordonnance du juge, CHOI FM commente le procès et poursuit son travail de sape au nom de la liberté d’expression. À l’ouverture du procès, le 28 février 2005, CHOI FM est numéro un dans les cotes d’écoutes de Québec. La radio gagne en crédibilité auprès de ses fidèles.

«J’étais effrayée parce que ça n’arrêtait pas, c’était partout! Ça faisait les manchettes alors même que le pape était sur le point de mourir. J’étais allée en cour pour reprendre le contrôle, mais c’est l’inverse qui se produisait. On faisait des émissions spéciales à la télé et à la radio sur le sujet», raconte celle qui affirme avoir maigri d’une vingtaine de livres durant les deux premières semaines du procès.

Pendant tout le processus judiciaire, elle reçoit des propositions importantes pour régler hors cour. «Certains m’ont suggéré d’accepter, mais pour moi, il était trop tard. Ils étaient allés trop loin. J’étais peut-être fatiguée, mais je voulais y mettre un point final. Moi, la petite fille de 30 ans, sans argent, je mettais un stop là où personne d’autre n’avait osé le faire», dit-elle sans prétention.

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Élevée à la dure

Sophie Chiasson tire sa force de caractère de son enfance. Élevée dans la Basse-Ville de Québec, dans un environnement défavorisé, elle a appris tôt à faire sa place. «Mes parents ne l’ont pas eu facile. Tu retrouves chez ces gens beaucoup de fierté. Tu ne peux pas les acheter facilement. Ils m’ont montré qu’il n’y avait pas de prix pour avoir le courage de ses convictions», explique la jeune femme qui se rappelle une anecdote qui en dit long sur les valeurs transmises par sa famille. «J’avais 6 ans, je rentre en pleurant parce que j’ai été intimidée par deux jeunes. Mon père me dit: “C’est quoi ça?” en parlant de mes pleurs. “Va te défendre, va te battre.” Il m’a sortie de la maison et a verrouillé la porte pour que je ne revienne pas», dit-elle en se souvenant du garçon manqué qu’elle était.

Sophie Chiasson sort épuisée du procès. Le 11 avril 2005, elle peut enfin savourer sa victoire. La Cour supérieure du Québec, en plus de lui octroyer un montant record pour ce genre de cause, blanchit sa réputation. «Les propos visant Mme Chiasson sont sexistes, haineux, malicieux, non fondés, blessants et injurieux. Ils portent atteinte à la dignité, à l’honneur et à l’intégrité de l’être humain en général et de Mme Chiasson en particulier», peut-on lire dans la décision du juge. La jeune femme est aux anges. Elle se sent libérée. «Je l’ai tellement relu, le jugement! Il est venu apaiser une partie des souffrances de ces années-là», dit-elle avec un soulagement renouvelé.

La bataille n’est pas encore terminée. La cause est portée en appel, avec le même résultat. Sophie Chiasson doit attendre jusqu’en juin 2006 pour être certaine que la station ne porte pas la cause devant la Cour suprême. «J’ai donné toute l’énergie dont je disposais. Il a fallu que je m’en aille. Je n’avais pas la force de répondre aux demandes d’entrevues. Il fallait que je me repose, que je change d’air.»

Il lui faudra deux ans de travail sur elle-même pour se retrouver. «Est-ce possible que cette histoire m’ait enlevé les forces que j’avais? Je me suis posé la question. Deux ans, c’est long. C’est deux hivers, deux étés… Aujourd’hui, je me trouve pas mal complète, grâce à cette histoire.»

Maintenant qu’elle va bien, elle n’a pas peur de l’avouer: elle a extrêmement souffert. «Encore plus au moment d’en sortir. Le temps de me ramasser, ce fut le plus dur. Mais aujourd’hui, je me sens tellement bien! Je suis contente d’avoir vécu ça pour savourer mon bonheur!»

Sophie Chiasson a tourné la page. Elle est prête pour un nouveau départ. La tête pleine d’idées, elle aimerait retourner à la télévision et écrire. Elle s’engage auprès d’Opération Enfant Soleil et donne de son temps pour les personnes âgées. Bientôt, elle retournera au Mali pour y travailler sur l’émancipation de la femme.

Encadré

Une radio controversée

La station CHOI FM, aussi appelée Radio X, en référence à la génération à laquelle elle s’adresse, a acquis une notoriété pan-québécoise au début des années 2000 en raison des opinions de son animateur vedette Jeff Fillion.

Par de la  diffamation et des propos jugés offensants, l’animateur a soulevé l’ire du Conseil de la radiodiffusion et des  télécommunications canadiennes (CRTC) qui a menacé à deux reprises de ne pas renouveler le permis de la station. Le 13 juillet 2004, excédé, le CRTC tranche: CHOI devra fermer le 1er septembre suivant. Cette décision provoquera la sortie dans les rues de Québec de 50 000 personnes venues appuyer la station au nom de la liberté d’expression. Un mois après la décision du CRTC, 8 000 sympathisants se rassemblaient à Ottawa pour manifester leur appui à la station et remettre une pétition de 210 000 noms. Ils scandaient le désormais fameux Liberté! Je crie ton nom partout.

Les tribunaux ont donné raison au CRTC qui, plutôt que de fermer CHOI FM, transférait le permis d’émettre de la station à un autre propriétaire. Jeff Fillion doit toujours se défendre, avec l’ancien propriétaire Patrice Demers, dans une cause de diffamation à l’endroit d’un journaliste de TVA de Québec.

Reflet de Société, Vol. 17, No. 4, Juin/Juillet 2009, p. 26-27


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