Anthologie permanente : Jacques Prévert

Par Florence Trocmé

Le bouquet

Pour toi pour moi
loin de moi près de toi
avec toi contre moi
chaque battement de mon cœur
est une fleur arrosée par ton sang
Chaque battement c’est le tien
chaque battement c’est le mien
par tous les temps tout le temps
La vie est une fleuriste
la mort un jardinier
Mais la fleuriste n’est pas triste
le jardinier n’est pas méchant
le bouquet est trop rouge
et le sang trop vivant
la fleuriste sourit
le jardinier attend
et dit Vous avez le temps !
Chaque battement de nos cœurs
est une fleur arrosée par le sang
par le tien par le mien
par le même en même temps.

Jacques Prévert, Choses et autres, Gallimard, 1972, p. 221-222.

Place du Carrousel

Place du Carrousel
vers la fin d’un beau jour d’été
le sang d’un cheval
accidenté et dételé
ruisselait sur le pavé
Et le cheval était là
debout
immobile
sur trois pieds
Et l’autre pied blessé
blessé et arraché
pendait
Tout à côté
debout
immobile
il y avait aussi le cocher
et puis la voiture aussi immobile
inutile comme une horloge cassée
Et le cheval se taisait
le cheval ne se plaignait pas
le cheval ne hennissait pas
il était là
il attendait
et il était si beau si triste si simple
et si raisonnable
qu’il n’était pas possible de retenir ses larmes

Oh
jardins perdus
fontaines oubliées
prairies ensoleillées
oh douleur
splendeur et mystère de l’adversité
sang et lueurs
beauté frappée
Fraternité.

Jacques Prévert, Paroles, Gallimard, 1946, p. 271-272, Œuvres complètes, tome I, p. 147

Une contribution de Tristan Hordé

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