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Cunégonde contre la grippe A : 4

Publié le 06 août 2009 par Porky

Scène 4

Les mêmes, l'huissier, Cunégonde, Leïla

 

L'HUISSIER (Quasiment par terre)

Que vos célestes pieds daignent ici frôler

Ce merveilleux tapis que vous fîtes poser.

Votre venue ici est un trop grand honneur :

Nous ne l'espérions pas.

LA MADONE  (Se retournant)

                                         Le summum de l'horreur !

Voilà l'autre à présent, c'est ma pire ennemie,

L'infâme Cunégonde et sa si grande amie !

CUNEGONDE (Bienveillante, à l'huissier)

Relevez-vous, très cher, et ne voyez en moi

Qu'une simple invitée, chassez donc tout émoi.

SCARLATINA (S'avançant vers elle)

Que me vaut le plaisir de vous voir en ces lieux ?

CUNEGONDE

Que cet accueil me charme, et qu'il est donc gracieux !

SCARLATINA

Une si grande dame ne peut être reçue

Que les bras grands ouverts.

LA MADONE (à part)

                                              Un coup de pied au cul !

CUNEGONDE

J'ai su votre malheur et suis venu bien vite :

Ce malaise, vraiment... C'est peut-être une cuite ?

SCARLATINA

Mais il ne boit jamais et vous le savez bien.

L'alcool en cette affaire est donc compté pour rien.

CUNEGONDE

Où est-il ?

SCARLATINA (reniflant)

                   Dans son lit. Il ne veut en sortir.

LEILA (A Cunégonde)

S'il était contagieux ? Madame, il faut partir.

CUNEGONDE

Je le croyais guéri ?

SCARLATINA

                                De son malaise oui.

Mais il n'a pas longtemps de sa santé bien joui.

Il a dû se coucher... Oh, j'ai l'impression*

D'être un magnétophone au bord des convulsions.

CUNEGONDE

Ne m'en dites pas plus, je comprends et j'espère

Que nous trouverons tous ce qui là l'exaspère

Au point de devenir cette loque effondrée

Que vos mots si touchants ont su représenter.

SCARLATINA

Ah Madame, vraiment, en une telle peine,

Il est réconfortant pour moi, si pauvre Reine,

De vous voir au Palais, d'entendre votre voix.

Vous m'aiderez, je sais, à supporter ma croix.

FIFI (à Cunégonde)

Il est fort beau, Madame, et je suis très sincère,

Que vous preniez ainsi part à notre misère.

Vous auriez pu rester indifférente à tout.

Mais je reconnais là votre plus grand atout,

La générosité, qualité sans pareille,

Qui tout autour de vous a toujours fait merveille,

Que ce soit donc sur Mars ou bien dans l'Antarctique,

Vous fûtes toujours là, et votre aide authentique

A nos maux a toujours su trouver le remède.

Soyez-en remerciée.

CUNEGONDE (Confuse)

                                  Fifi, cet intermède

A ma gloire vraiment est trop immérité.

C'était là mon devoir. Je l'ai exécuté.

LA MADONE

Et moi donc, tas de veaux ? N'ai-je pas moi aussi

Rempli un pieux devoir en me rendant ici ?

ROSIE

Tu espérais surtout que ce mal si soudain

L'avait bien emporté.

CUNEGONDE

                                  Je n'ai là que dédain

Pour cette affirmation. La Madone est atroce,

C'est un fait avéré, une louve féroce.

Mais je ne pense pas qu'elle ait un jour voulu

Voir son sacré vainqueur à ce point vermoulu.

FIFI

A cette âme si noble, il faut pourtant avouer

Qu'elle se trompe, hélas, que c'est la vérité.

La Madone elle-même a ici affirmé

Qu'elle était là surtout pour le voir dégommé.

CUNEGONDE (Tristement, la larme à l'œil)

Est-ce vrai ce qu'on dit ?

LEILA

                                       Regardez sa figure.

CUNEGONDE

Toi qui jadis me fus compagne d'aventure,

Toi qui vis mes soupirs, ma compagne d'exil, (1)

Tu ne rougis donc point de cet acte si vil ?

LA MADONE

Et pourquoi rougirais-je ? Il me semble normal

Qu'après ce qu'il m'a fait, je trouve que le pal

Soit encore une douce et gentille torture

Pour les maux infernaux que de sa part j'endure !

FIFI

Madone à l'âme basse, croix-tu que tes aveux

Répareront un jour des propos si affreux ?

SCARLATINA

Je crois, sans me tromper, que nous nous égarons.

CUNEGONDE

Nous le pensons aussi. Vous avez bien raison.

Songeons donc maintenant à conférer la paix

A ce bel organisme autrefois si parfait.

Craignez-vous un instant que ce virus affreux

Ait choisi de loger dans ce corps douloureux ?

SCARLATINA

Vous pointez là du doigt notre commune angoisse.

ROSIE

Moi, je dirais plutôt que nous avons la poisse.

Les ministres sans lui ne savent plus que faire

Et c'est la gabegie.

LA MADONE

                               Vraiment, la belle affaire !

Puisque dans ton frigo, tu as tous les vaccins,

Prends en un au hasard, trouve un bon médecin

Qui sans trembler saura bien lui piquer les fesses,

Pour qu'enfin de ce type on se désintéresse.

CUNEGONDE

L'idée est à creuser.

LA LANGOUREUSE ARIELLE (Qui s'est tenue à l'écart pendant tout le dialogue précédent)

                                 Mais n'est-ce point trop tard ?

Traiter la maladie ne souffre aucun retard.

Et le vaccin, c'est sûr, sera inefficace

Si nous le répandons dans cette carapace

Après l'apparition des tous premiers symptômes.

(Quasiment hystérique)

Le virus est sur moi ! Je sens l'affreux arôme !

ROSIE

Ce que tu sens, idiote, est l'odeur de cramé

Qui vient de la cuisine où la viande a brûlé.

LEILA

Je sais que de la cour j'ai été exilée,

Que je n'ai rien à dire et rien à proposer,

Mais je crois cependant qu'une bonne piqûre

Pourrait du moribond bien changer la figure.

CUNEGONDE

Et je le pense aussi. Prenons la décision

Et profitons-en donc, c'est la bonne occasion,

Pour tester ce vaccin, son efficacité.

LA MADONE (ironique)

Que voilà donc les mots d'une vraie charité !

SCARLATINA

De le piquer ainsi, n'est-ce pas dangereux ?

Que sait-on du vaccin ?

ROSIE

                                      Pas grand-chose ou si peu.

LA MADONE

Nous sommes arrêtés par une bagatelle.

Une telle injection n'est vraiment pas mortelle.

Tout au plus son effet sera tout à fait nul.

FIFI (scandalisé)

Mais le tester sur lui ? Vrai, quel affreux calcul !

LA MADONE

Il pourra cette fois dire à cors et à cris

Qu'il n'a pour seul amour que sa belle patrie.

CUNEGONDE

C'est décidé, allons, tentons donc notre chance.

Rosie, de ton frigo, retire la pitance

Que nous allons servir à l'odieux ennemi.

ROSIE

Je me rends de ce pas dans mon académie.

(Elle sort)

(A suivre)

(1) Voir Cunégonde à Genève


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