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Cunégonde contre la grippe A : 6

Publié le 10 août 2009 par Porky

Scène 7

Les mêmes plus Rosie la Terreur

 

ROSIE (Se tordant les mains, les pieds, et tout ce qu'elle peut se tordre)

Ah l'horrible attentat ! L'abominable chose !

Encore un coup c'est sûr, aux Enfers je repose !

A peine revenue de l'atroce Antarctique,

Je reprends du service et voilà la panique !

Trois fois maudite, hélas, je le suis, c'en est fait !

Je ne peux que subir un grand coup de balai !

SCARLATINA

Quelle est donc la raison de tous ces cris affreux ?

LEILA

Pourquoi ces hurlements qui sont si douloureux ?

ROSIE (Idem)

Je suis abandonnée, seule et déshonorée !

Adieu mon ministère et ma lampe dorée !

LA MADONE

La vieille est bien sonnée, elle a pris dans la tête

Un coup de casserole ou un tir d'arbalète.

FIFI

Calme-toi, ma Rosie, et dis-nous clairement

Ce qui peut justifier un tel déchaînement.

ROSIE (Sanglotant)

Le frigidaire est vide, on a tout emporté.

Je n'ai plus de vaccins, on me les a volés !

SCARLATINA

Ciel !

FIFI

         Seigneur !

LANLAN

                        Oh punaise !

LEILA

                                               Oh misère !

LA MADONE

                                                                 Oh bon dieu !

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Mais qui donc a pu faire un crime aussi odieux ?

(La porte de la chambre s'ouvre, parait Cunégonde. Elle passe dans le couloir et referme la porte.)

 

Scène 8

Les mêmes, plus Cunégonde

 

CUNEGONDE

Il repose tranquille et attend le vaccin.

Mais qu'avez-vous donc tous ? Vous sentez-vous tous bien ?

SCARLATINA (Très agitée)

Une horrible nouvelle a changé nos projets.

CUNEGONDE

De cette agitation, vrai, quel est donc l'objet ?

SCARLATINA

L'ennemi a frappé, a volé les vaccins.

ROSIE (Sanglotant)

Le frigo ne contient que l'huile de ricin.

CUNEGONDE (sonnée)

Quel odieux attentat ! Et quelle affreuse audace !

Moi qui ai convaincu son âme si pugnace

De laisser le champ libre à cette médecine,

Voilà que c'est raté, plus rien dans l'officine !

FIFI (A Rosie)

Mais est-ce bien certain que tu n'as pas changé

De place les vaccins ?

ROSIE (Sanglotant)

                                    Ils sont entreposés

Depuis des jours entiers dans mon grand frigidaire.

Je les gardais pour nous et pour les milliardaires,

Car il faut bien hélas songer que le pays

Doit être gouverné, même sous pandémie.

FIFI

Très sage précaution devenue inutile.

Les vaccins sont partis.

LA MADONE (Railleuse)

                                      On se fait de la bile ?

On craint pour sa santé et pour son ministère ?

Il est temps, je le crois, de déclarer la guerre

A ces voleurs impies.

ROSIE

                                   Vraiment, tu peux railler,

Comme nous  ma chérie, tu étais concernée.

Un vaccin salvateur était pour toi gardé

C'était là Son désir, et non par charité,

Car il disait toujours que sans opposition

On ne saurait vraiment gouverner la nation,

Que ton utilité n'était qu'une apparence

Mais servait ses desseins en toutes occurrences.

LA MADONE

Quel discours prétentieux ! Et d'une vanité !...

ROSIE

Voici  donc ses propos, mot pour mot, répétés :

« L'opposition existe et la Madone est là

Qu'elle soit inutile est un bien bel appât

Car le peuple ne peut qu'approuver mes idées

Vu qu'en face on ne peut même pas les contrer.

Il faut être un génie, un être surhumain

Pour comprendre qu'on sert en ne servant à rien.

Ce jeu est très subtil : sans ce courant contraire,

Je deviens pour le monde un tyran sanguinaire.

Mais une opposition trop forte et trop capable

Devient pour mon pouvoir un danger implacable.

De la Madone vrai, que peut-on redouter ?

Elle existe bien sûr, mais n'a pas une idée.

L'équilibre apparent est ainsi rétabli,

Gouverner à mon aise est tout à fait permis. »

FIFI (Ebloui)

Admirable politique !

SCARLATINA (Pleurant)

                                 Il est si merveilleux 

Et je tiens fort à lui, comme à mes deux beaux yeux.

LA MADONE (Méprisante)

Ce ne sont que des mots, de pauvres arguties,

De son esprit rassis vaines acrobaties.

Je méprise cela et ne retiens vraiment

Que l'idée du vaccin émise auparavant.

Il m'avait donc comptée parmi tous les élus ?

Que je sois protégée, il l'avait donc voulu ?

FIFI

Admire sa grandeur, sa générosité,

Et sur lui plus jamais ne vient là bavasser.

LA MADONE (Se précipitant vers Rosie et commençant à l'étrangler)

Mais je vais la pourfendre et la couper en deux

Cette vile araignée, ce gros monstre adipeux !

Ma vie est en danger, pourtant on la protège

Et tu viens mettre à mal un si beau privilège ?

ROSIE (Suffoquant, se débattant)

Aidez-moi, je me meurs !

LA MADONE (Idem)

                                        Pour ça, tu vas crever !

SCARLATINA (criant)

C'est un assassinat !

CUNEGONDE (Idem)

                                   Fifi, intervenez !

(Fifi et Lanlan se jettent sur la Madone et l'entraînent loin de Rosie.)

ROSIE (Suffoquant)

J'ai la gorge brisée, je ne puis plus parler !

LA MADONE (Se débattant)

Voulez-vous me lâcher ! Je voudrais l'achever.

CUNEGONDE

Quelle affreuse conduite et quel affreux combat !

(A Rosie)

Comment vous sentez-vous ?

SCARLATINA (A Rosie)

                                               Oui, quel est votre état ?

 

ROSIE

Je respire et je vois, je suis encor vivante.

 

LA MADONE

Pas pour longtemps, crois-moi !

SCARLATINA

                                                  Mais elle m'épouvante !

Une telle violence, et devant cette porte,

Cachant ce cher époux que la douleur emporte !

(A la Madone)

Vous êtes sans pitié.

CUNEGONDE (A la Madone)

                                  Et sans éducation.

Vous voyez-vous encor gouverner la nation

Avec cette fureur, un tel vocabulaire

Et ce visage odieux et si patibulaire ?

LA MADONE (Se calmant)

Je me suis énervée. Mais cette grosse idiote

A cherché les ennuis, elle est vraiment trop sotte !

Se faire ainsi voler un trésor si précieux

Mérite un châtiment des plus ignominieux !

LANLAN

Je ne cautionne pas ce qu'a fait la Madone,

Elle a pété les plombs et peut-être un neurone

Et cette violence* est tout à fait choquante,

Digne d'une hystérique et d'une délinquante.

Mais la lucidité oblige à constater

Que Rosie s'est plantée et qu'il faut la blâmer.

LEILA

La blâmer c'est un fait mais non pas l'insulter.

CUNEGONDE

Et encor moins c'est sûr, vouloir l'assassiner.

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Mais Lanlan a raison : elle fut bien légère

Celle qui négligea dans son cher ministère

Toutes les précautions qu'il fallait pourtant prendre

Pour éviter un vol et pour bien se défendre.

CUNEGONDE

Tu n'avais donc, Rosie, pas mis de policiers

Autour de ton frigo ? Pas même un officier ?

ROSIE (Pleurant)

Hélas oui, j'ai péché, par non discernement.

J'ai cru que mon frigo était suffisamment

Protégé de tout vol et de toute effraction

Après avoir plaqué cette belle inscription

Sur sa porte sacrée, sur sa sacrée poignée

« Sois maudit par le feu, toi qui me viens violer ! »

LEILA (A part)

C'est  crétin !

FIFI (A part)

                      C'est idiot !

CUNEGONDE (A part)

                                          C'est carrément stupide !

LA MADONE

Et voilà chers enfants comme l'on dilapide

Les trésors de l'Etat et du peuple en entier 

Que pour son instruction, il faudrait là convier !

(Rosie sanglote encore plus fort. Un léger silence.)

 

ROSIE (A Cunégonde, tombant à genoux)

Ah laissez moi, Madame, au plus profond d'un puits

Cacher mon désespoir car je n'ai plus d'appui.

LA LANGOUREUSE ARIELLE  (Emue)

Il et bien inhumain de la laisser ainsi

Pleurer et tant vouloir attenter à sa vie.

CUNEGONDE

La faute est certes grave et réclame justice,

Et pourtant dans mon sein, légère et subreptice,

Je sens que la pitié se répand tout à coup

Et ne me permet plus d'exhaler mon courroux.

Relève-toi, Rosie, et que ton imprudence

Nous serve de leçon et devienne évidence.

Notre rang nous oblige à la modération,

Nos devoirs nous invitent à la précaution,

Si glorieux soyons-nous, gardons-nous de l'orgueil

Car ce défaut, hélas, devient bien vite écueil.

SCARLATINA

Vous parlez sagement et je rends là hommage

A votre intelligence et à votre courage.

Mais n'est-il pas grand temps de penser à celui

Qui dort tout à côté alors que le jour luit ?

Je n'entends plus sa toux, encor moins ses soupirs ;

J'ai grand peine pour lui : on le laisse croupir.

LEILA (A Cunégonde)

Ne faut-il pas Madame à ce cher Président

Dire la vérité ?

CUNEGONDE

                        En effet, mais comment ?

SCARLATINA (A Cunégonde)

Il saura supporter avec cet héroïsme

Qui vient d'un naturel porté au stoïcisme,

L'annonce de ce vol et de la nullité

De vos propositions si bien intentionnées.

Je m'en vais sur le champ lui en faire l'aveu,

Accompagnez mes pas de vos sincères vœux.

(Elle rentre dans la chambre à droite.)

(A suivre)


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