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Bêtise naturelle

Publié le 10 août 2009 par Malesherbes

Lors des élections régionales de mars 2008, dans le canton de Nogent, en Haute-Marne, s’affrontaient deux candidats, M. Michel Brocard, Divers droite, et M. Richard Nehlig, Front national. La profession de foi du premier, imprimée sur du papier trop lourd, avait été refusée par la commission de contrôle et n’avait pu être diffusée. En conséquence la dépense correspondante n’a pas été portée sur ses comptes de campagne.

Au premier tour, face à un choix rappelant celui proposé aux Français le 5 mai 2002, 33,22% des 3019 inscrits du canton s’abstinrent et 9,28% des votants refusèrent de se prononcer en déposant des bulletins blancs ou nuls. M. Brocard fut ainsi élu avec 80,86% des suffrages exprimés, échouant de peu à égaler le score de 82,21% obtenu six ans plus tôt par certain Président de la République.

Comme nous l’a appris Le Canard enchaîné du 5 août, M. Brocard a déposé ses comptes de campagne, « dont le montant remboursable s’élevait royalement à 306,77 euros ». La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques lui a rappelé, en mai 2008, qu’il devait faire viser ces comptes par un expert comptable. Le conseiller général a répondu qu’il se refusait « à gaspiller l’argent public » et qu’il était « prêt à renoncer à tout remboursement pour éviter ce gaspillage ».

Dans son immense sagesse, ladite Commission a rejeté ces comptes et saisi le tribunal administratif de Châlons lequel, le 23 octobre, a annulé l’élection et déclaré M. Brocard inéligible pour un an. Celui-ci a fait appel. Le 24 juillet 2009, le Conseil d’Etat a rendu sa décision et confirmé le jugement du tribunal administratif. On va donc organiser une nouvelle élection dans le canton de Nogent.

Je sais, le nouvel élu devait présenter ses comptes de campagne visés par un expert-comptable, il ne l’a pas fait comme prescrit et, rappelé à l’ordre, s’y est refusé. Il est donc coupable, archi-coupable et mérite sa sanction. Mais si on peut pardonner à des juges d’agir stupidement, et encore, on est en droit d’attendre de conseillers d’Etat qu’ils utilisent leur intelligence, s’il en reste, pour juger, et non appliquer des règles comme le ferait une machine. S’ils ne savent agir que comme des automates, on pourrait faire l’économie de leur noble institution et la remplacer par quelques euros de circuits intégrés.

On a du mal à définir l’intelligence. Par contre, j’ai relevé une définition satisfaisante de l’intelligence artificielle : c’est le contraire de la bêtise naturelle. Et il faut bien reconnaître que certains cercles sont abondamment pourvus de cette dernière.


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